Jean Metellus est né le 30 avril
1937 à Jacmel en Haïti. Jean Metellus est neurologue
et docteur en linguistique, mais c’est en sa qualité d’écrivain
et de poète qu’il marque le plus souvent son attachement à son
pays natal. A l’occasion du 15e salon du livre de la Guadeloupe
en Avril 2004, qui avait pour thème la paix et la guerre,
il nous confiait ses impressions.
Que pensez-vous de la place d’invité d’honneur
faite à Haiti dans le cadre du 15e salon du livre de la Guadeloupe ?
Jean Metellus : Cette année
représente une année très forte pour Haïti.
En effet, c’est cette année, où l’on
devait commémorer le 200e anniversaire de l’indépendance
de Haïti, mais c’est aussi cette année que nous
avions choisi, afin de rappeler la mort de Toussaint Louverture
au fort de Joux, juste un an avant l’indépendance
du pays. Il ne faut pas oublier que c’est lui l’initiateur
de l’indépendance d’Haïti, qui a d’ailleurs été concrétisée
après par ses soldats. En définitive, la place d’Haïti
est tout à fait justifiée et je suis honoré d’être
un des haïtiens qui sera là pour représenter
son pays.
Quel est votre sentiment sur l’art haïtien ?
Jean Metellus : Malgré toutes
les péripéties que nous avons connues et que
tout le monde connaît, l’art haïtien a toujours
continué à se manifester avec rigueur, vivacité et
rythme.
La poésie haïtienne a-t-elle une caractéristique
qui lui permet de se démarquer des autres poésies
du monde ?
Jean Metellus : Cette question
rejoint d’autres grandes questions d’ordre anthropologique.
La véritable poésie n’a pas de couleurs. On
retrouve ses origines d’abord dans l’individu, qui
est, lui, situé dans l’histoire, il a une identité propre.
Parler de l’identité de quelqu’un, revient à parler
de son histoire. Pour exemple, si j’ai été en
mesure d’écrire le poème intitulé l’espoir,
c’est parce que je suis depuis toujours travaillé par
l’espoir, par l’espérance. Si la poésie
haïtienne a une caractéristique, c’est qu’elle
est toujours génératrice d’espoir, elle est
le témoignage du fait que nous ne baissons jamais les bras
quoiqu’il advienne.
Que pensez-vous de la poésie créole ?
Jean Metellus : La poésie
créole est très connue en Haïti. On y
compte de nombreux poèmes admirables qui ont été écrits
en créole. Des poèmes que j’aurais voulu écrire
moi même, que je n’ai pas écrit et que
je n’écrirais jamais, car j’ai choisi
de traiter l’histoire, un choix s’est donc imposé.
Ceux qui ont écrit en créole ont eu leurs raisons
et ils ont eu raison de le faire. Il y a des choses de toute
beauté. C’est l’utilisation de la langue
qui fait que les sentiments sont exprimés, les rythmes,
les séquences s’orchestrent magnifiquement.
Le thème du salon du livre de la Guadeloupe
tournera autour de la paix et de la guerre dans le monde,
quels sens donnez vous aux mots paix et guerre ?
Jean Metellus : Notre soeur patrie
Haïti a toujours été victime de la guerre dans
le monde et, à bien regarder nous n’avons jamais eu
de périodes de paix. Nous sommes restés les perpétuelles
victimes des désastres du monde entier. Depuis le début,
ces désastres ont des répercutions sur le pays. L’histoire
physique, géographique de Haïti, témoigne des
catastrophes et des méfaits de la guerre dans le monde.
Notre pays a été ravagé, victime d’un
découpage, à cause de ce qui se passait en Europe.
Nous avons beaucoup enduré à cause des guerres entre
la France, l’Espagne l’Angleterre. Pour toutes ces
raisons, le problème de la paix m’intéresse
particulièrement.
Dans votre livre " Haïti, une nation pathétique " vous
manifestez votre déception face au nouveau régime
politique, pouvez-vous nous expliquer votre point de vue ?
Jean Metellus: Nous pensions tous,
nous les haïtiens, qu’après le départ
des Duvalier il y aurait la mise en place d’un gouvernement
tout à fait honnête, pacifique. C’est pour cela
que moi même, j’avais appelé à voter
Aristide en 1995. Je l’avais même comparé au
Christ dans une interview donnée à un magazine d’actualité haïtien.
J’ai du déchanter parce que j’ai vu que cet
homme, un an après son arrivée au pouvoir avait beaucoup
changé. Il avait rejoint les méthodes de Duvalier
par l’intolérance qui l’a caractérisé et
qui a caractérisé tout son régime, ainsi que
par des crimes, des assassinats, qu’il a commis ou fait commettre.
Quand il a présenté son programme en 1989, c’était
un autre homme, un homme qui jurait au nom de Charlemagne Péralte,
le héros qui a combattu les américains en Haïti
au moment de l’occupation en 1915. Il signait tous ses documents
Charlemagne Peralte. C’était sa marque et puis, il
est retourné dans les bagages des américains et a
changé du tout au tout.
Qu’avez-vous pensé de la façon
dont les médias français ont parlé de
la crise haïtienne ?
Jean Metellus : Tout d’abord
avec beaucoup d’énergie, dès les premiers événements,
mais une fois Aristide parti, il n’est pas resté grand
chose. Depuis l’arrêt des morts et des assassinats,
la fougue des médias est tombée. Il est dommage qu’il
faille qu’un pays soit dans le malheur pour que l’on
s’y intéresse.
Selon vous que faudrait il faire pour sortir le pays
de l’impasse dans lequel il se trouve ?
Jean Metellus : Il faudrait que
les haïtiens s’occupent de leur pays eux mêmes
et il faut leur donner les moyens de le faire. Aucune tutelle n’arrangera
quoique se soit. Il y a des aides importantes qui doivent être
offertes et qui ne doivent pas être considérées
comme de simples cadeaux. Ces aides pourraient faire parti d’un
devoir exceptionnel du monde entier envers Haïti. Si nous
demandons de l’argent, ce n’est pas en mendiant mais
parce que nous considérons que ce sont des sommes dues,
que le monde entier doit nous verser pour que nous puissions redémarrer
et parce que le pillage du pays commencé depuis longtemps
a été institué par le monde entier.
En vous entendant parler, on peut noter votre fort
attachement à votre pays, les autres écrivains
haïtiens vous suivent t-ils tous dans cette dynamique ?
Jean Metellus : Oui, tous les écrivains
haïtiens sont dans la même dynamique que moi, et aiment
tous leur pays et ils voudraient qu’Haïti soit reconnue
dans le monde entier.
Comment faites-vous pour concilier la polyvalence
dont vous faites preuve dans le domaine cartésien
et le domaine littéraire ?
Jean Metellus : Je le fais
avec cœur, mes journées sont assez longues. Toutes
mes heures sont très chargées, je fais de la neurologie
de 8 heures du matin à 19 heures et le reste du temps,
je le consacre à la culture et aux loisirs.
Johann Nertomb, le 9 février 2005 |