French 230: Professor Nicole Vaget
Texte pour accompagner le DVD et
le texte interactif
Haiti, perle des Antilles
Rêve d’exotisme et de beautés
tropicales
Rêve de richesse et de prospérité
Rêve de revolution et d’utopies politiques
Jean Métellus, poète de la diaspora Haitienne, raconte et souffre
avec toi
Extraits du poème de Jean Metellus: Au Pipirite chantanteme à apprendre)
Au pipirite chantant le paysan haïtien a foulé le seuil du jour *
et dessine dans l'air, sur les pas du soleil, une image d'homme en croix étreignant
la vie *
Au pipirite chantant pèse la menace d'un retour des larmes *
Au pipirite chantant les heures sont suspendues aux lèvres des plantations
*
Si revient hier que ferons-nous? *
Et le paysan haïtien enjambe chaque matin la langue de l'aurore pour tuer
le venin de ses nuits et rompre les épines de ses cauchemars
Et dans le souffle du jour tous les loas sont nommé *
Au pipirite chantant le paysan haïtien, debout, aspire la clarté,
le parfum des racines, la flèche des palmiers, la frondaison de l'aube
*
Il déboute la misère de tous les pores de son corps et plonge dans
la glèbe ses doigts magiques *
Le paysan haïtien sait se lever matin pour aller ensevelir un songe, un
souhait
Sur des terrasses vêtues de pourpre il est happé par la vie, par
les yeux des caféiers, par la chevelure du maïs se nourrissant des
feux du ciel *
Le paysan haïtien au pipirite chantant lève le talon contre la nuit
et va conter à la terre ses misères dans l'animation d'une chandelle.
Dans le roucoulement de l'aube *
Sa femme endiablée, sonore de malaise, pressait les pas de la grâce
*
Debout avant le jour dans les éclats d'un songe *
Cheveux dénoués, narines inquiètes tâtant les miettes
de la vie
Les yeux affamés de signe
Saoulée, sans sourire et sans sexe, sans loisirs, sans désirs,
elle s'attaquait aux vapeurs de la peur, aux serrures de la solitude, aux peines
qui fleurissaient dans l'aube *
Elle murmurait, repassait, débrouillait un cauchemar
Avant la pointe du jour cette mère méditait
Sur sa matrice plus féconde que la terre *
Sur les pousses et les gousses de son corps *
Sur le sang noir de chaque lunaison
Sur les volcans qu'animent ses hanches *
L'enfer dans son foyer jappait *
Et qui peut accomplir les desseins de l'enfer
si ce n'est le démon
lui-même
Le diable tonnait
L' héritière de l'enfer chantait
Elle brassait sa raison poivrée dans la fanfare des funérailles
Le diable l'a purifiée et elle s'est endiablée *
Au pipirite chantant chaque goutte de rosée, chaque branche frémissante
le vent caressant les tonnelles, sont messagers des esprits *
Au pipirite chantant la tristesse peint le cœur *
L'espoir lui-même est sulfureux
La campagne avive ses mystères *
Elle traque déjà ses morts *
Son ventre est gros de portées de soucis
Les morts grandissent sous les vivants *
Et la plaine d'Haïti a reçu son brin d'eau *
L'eau de la source amenée par les canaux
L'eau du ciel comme un toit de rosée
L'eau des yeux d'un enfant sans pain
Le sang d'une mère happée par le délire
O dieux d'Afrique, amateurs de très grandes excursions *, vos larmes
ont humecté tous les horizons *,exhaussé jusqu'aux portes du
firmament les plus aigres des souffles *, et depuis s'est déchaînée
sur toute la terre l'amère salive de la douleur *, la mousse douloureuse
des guerres et des discordes *
O dieux brûlés par les crépitements de l'alcool
O dieux immunisés par la terreur et la faim
Où trouver le chemin libre qui vous honore, la voie sûre qui vous
libère *
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