Notes extraites de “CHODERLOS DE LACLOS "Les LIAISONS DANGEREUSES, 1782 <http://www.site-magister.com/laclos.htm>


1ère PARTIE: I à L (lettres 1 à 50)

Résumé:
Voulant se venger d'avoir été quittée par Gercourt, la marquise de Merteuil entreprend de déshonorer avant son mariage la jeune Cécile de Volanges qu'il doit épouser. Elle en charge le vicomte de Valmont, qui se récuse, préférant séduire la vertueuse Présidente de Tourvel. Devenue la confidente de Cécile, Mme de Merteuil l'encourage à aimer son maître de musique, Danceny, et accepte d'être une récompense pour Valmont si celui-ci lui apporte la preuve écrite de la chute de Mme de Tourvel. Cependant celle-ci, encouragée par Mme de Volanges, résiste à Valmont et finit par obtenir de lui qu'il rentre à Paris. Instruit du rôle joué ici par Mme de Volanges, Valmont décide d'aider la marquise et de séduire Cécile, qui rompt avec Danceny.


Portraits: Comme il n’y a pas de narrateur on a une variété de formes et de tons. Chaque personnage a un style particulier
• Cécile : ses lettres manifestent sa spontanéité (lettres 1, 27), sa puérilité. Elle est l'ingénue que ses troubles (lettre 3) désignent par avance comme victime.
• Mme de Tourvel : elle parle le langage de la vertu (26I). Son style est posé et moralisateur (lettres 37, 41), mais on y perçoit l'effort, le débat intérieur.
• Mme de Merteuil : elle joue le rôle d'un "guide" (lettre 29). Elle se moque avec méchanceté (lettres 5, 10). Ses lettres reflètent la froideur, le calcul perfide, la cruauté cynique (lettre 5). Son despotisme est souligné par Valmont (lettre 4). L 'étude de la lettre 33, met en valeur sa volonté de puissance et l'ordre rigoureux de sa syntaxe et de son argumentation montre une froide détermination
• Valmont : Mme de Volanges en fait le portrait (lettres 9, 32). Cynique et calculateur (lettre 21), il est toujours à l'unisson avec Mme de Merteuil. Il est le type même du libertin, pour lequel la conquête amoureuse est une chasse (lettres 4, 23). Il est plus lyrique et fougueux que Mme de Merteuil (lettres 4, 6, 15), et donc moins inébranlable.


2ème PARTIE: LI à LXXXVII (lettres 51 à 87)

Résumé:
La marquise de Merteuil organise entre Cécile et Danceny un dernier entretien dont elle attend beaucoup. Valmont est chargé de faire la leçon à Danceny. Quant à Cécile, elle est vite revenue des bonnes dispositions où l'avait mise son confesseur. Désespérant de la mollesse de Danceny, Mme de Merteuil, voulant stimuler son ardeur par l'épreuve, révèle toute l'intrigue à Mme de Volanges, qui ferme sa porte à Danceny et emmène Cécile chez Mme de Rosemonde. C'est une occasion pour Valmont de les suivre et de devenir l'intermédiaire entre les deux amoureux. Occasion aussi de retrouver Mme de Tourvel, qui ne peut s'empêcher de lui écrire pour se justifier ou s'accrocher désespérément à son devoir. Cependant, irritée des conseils de prudence que lui prodigue Valmont à l'égard du libertin Prévan qui a parié de la séduire, Mme de Merteuil manigance une aventure dont ce dernier sort déshonoré. La marquise triomphe d'autant plus de ces affaires qu'elle tient le sort de tous dans ses mains, tout en jouissant de la confiance de la bonne compagnie.Le libertin et ses masques "Grand seigneur méchant homme" disait Molière. Le libertin est volontaire, hypocrite, criminel, orgeuilleux, cynique, machiavélique, il détruit la réputation, l’honneur et la vie des femmes. C’est un comédien et un metteur en scène.


• Valmont simule la charité (lettre 21), et fait semblant d’être un amoureux timide" (lettre 57), il simule “le déraisonnement de l'amour" (lettre 70).
• Madame de Merteuil trahit Cécile (lettre 63)
Le libertin et la volonté de puissance. Doué d’une force de caractère supérieure il jouit en corrompant et en trompant. Son hypocrisie est une jouissance en soi. Par leur culte du moi, leur orgueil et leur mépris, madame de Merteuil et Valmont se placent au-dessus du commun des hommes. Ils cherchent à assujettir les faibles (ainsi les visées de Mme de Merteuil sur Cécile (lettre 54) et ne valorisent que le jeu intellectuel d'un cynisme affranchi de toute valeur morale (lettre 99)
• La marquise, consciente de son statut de femme, veut assurer son pouvoir sur Valmont qu'elle rabaisse. Chez elle, le libertinage prend la forme d'un véritable féminisme (lettre 81). Elle se venge de Prévan qui a osé “la parier” = “la posséder” (lettres 74 et 81). La séduction est une guerre :
• Mme de Merteuil et Valmont sont complices par la nature de leur intelligence. Ils jouissent de façon cérébrale par leur machiavélisme et leur voyeurisme, mais il s'agit toujours d’un "érotisme de tête". Les Liaisons dangereuses sont un roman de l'intelligence qui consacre la suprématie de l'esprit sur la passion considérée comme un "déraisonnement" (lettre 70).

 

3ème PARTIE: LXXXVIII à CXXIV (lettres 88 à 124)

Résumé:
Valmont a fini par obtenir de Cécile la clef qui lui ouvre sa chambre. De fait, il la séduit dans la nuit qui suit. Prise par le remords, Cécile se confie à Mme de Merteuil qui la console en lui représentant les avantages de sa liaison avec Valmont. Dans le même temps, la marquise dissuade Mme de Volanges d'annuler le mariage de Cécile et de Gercourt. Cependant Mme de Tourvel, près de succomber, choisit la fuite, laissant Valmont désemparé. Il la fait épier par son chasseur Azolan qui lui révèle les tourments de la jeune femme et ses efforts pour ne pas lire les lettres que Valmont lui écrit. Celui-ci cultive alors le rôle d'un pieux personnage et sollicite de Mme de Tourvel une entrevue par l'intermédiaire de son confesseur. Cependant la marquise de Merteuil, lassée de son amant Belleroche, choisit son successeur en la personne de Danceny, union que Valmont réprouve et essaye de contrarier en rapprochant Cécile du jeune homme.
La lutte entre Valmont et la marquise a donc pour enjeu orgueilleux la maîtrise de soi, la victoire sur la passion et sur la jouissance. Dès la lettre 125 Valmont s'enorgueillit d'être resté maître de soi malgré le charme inconnu qui le possède.


Les faibles: pourquoi sont-ils victimes?
• Ils sont naïfs et il est facile de les duper: Danceny oblige Cécile à donner à Valmont la clef qui la perdra (lettre 93) et croit à l'amitié de Mme de Merteuil (lettre 126); Cécile accorde la même confiance à Valmont (lettre 127) et Mme de Tourvel est piégée par ses tartufferies (lettre 124).

• Ils sont victimes de leur incertitude, hésitent toujours et demandent des conseils a directeurs de conscience. Mme de Tourvel auprès de Mme de Rosemonde (lettres 103, 108), Danceny auprès de Valmont (lettre 92), Cécile auprès de Mme de Merteuil (lettre 97). Leurs maîtres libertins étant pédagogues par nature, la marquise sait communiquer à Cécile son aversion pour le mariage (lettre 105) et Valmont apprend la débauche à Cécile (lettres 110 et 117).
• Ils sont victimes de leur éducation religieuse : Cécile de Volanges et Mme de Tourvel sont paralysées par les remords, la crainte du péché, les menaces que fait peser sur elles un ordre social qu'elles n'ont pas la force de transgresser. Mme de Tourvel livre un combat pathétique à sa passion (lettre 90).

• Ils sont victimes de leurs sens : Cécile (candeur ) et Mme de Tourvel (sens du devoir) sont sensuelles. Cécile est une ingénue libertine (lettre 105). Mme de Tourvel est une héroine de tragédie racinienne. Elle lutte mais elle sera fatalement vaincue par sa passion.

4ème PARTIE: CXXV à CLXXV (lettres 125 à 175)

Résumé:
Valmont envoie enfin à Mme de Merteuil le bulletin de victoire qui annonce la chute de Mme de Tourvel. Mais, loin d'être convaincue de l'indifférence de Valmont à l'égard de celle-ci et humiliée de ce qu'il lui rappelle sa promesse, la marquise le met au défi de rompre. Par orgueil, celui-ci s'exécute : il s'affiche avec la courtisane Émilie, renoue avec Cécile, envoie enfin à Mme de Tourvel une lettre de rupture inspirée par Mme de Merteuil qui triomphe d'avoir manœuvré la vanité de Valmont. Ulcéré de se voir préférer Danceny, valmont envoie à Mme de Merteuil un ultimatum auquel elle répond par une déclaration de guerre. Le mécanisme tragique se met alors en branle: Valmont raccommode Cécile et Danceny; Mme de Merteuil réplique en montrant à celui-ci les lettres de Valmont; Danceny tue Valmont en duel pendant que Mme de Tourvel agonise; Cécile entre au couvent. Démasquée par la révélation de ses lettres, huée au théâtre, défigurée par la petite vérole, la marquise de Merteuil s'exile en Hollande


Les liaisons dangereuses sont un chef d’oeuvre d’ironie:
Il n’y a pas de narrateur et le lecteur a le choix de penser ce qu’il veut. Sensible à l'ironie, il peut être enclin à se trouver complice des deux scélérats, ce qui atténue l'intention moralisatrice affichée dans la préface.
dans Les liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos comme dans le Dom Juan de Molière les valeurs morales admises sont incarnées par des imbéciles: madame de Volange, Danceny, Gercourt sont des personnages ridicules ou falots, à côté desquels brillent les héros de la corruption parés de toutes les séductions de l'intelligence: Don Juan, Merteuil, Valmont.
Le lecteur, vrai souverain de la narration parce qu'il en connaît tous les fils, devine les sous-entendus, dépasse la compréhension que la plupart des autres témoins peuvent avoir des événements: (par exemple, les tourments de Mme de Tourvel que Mme de Volanges évoque sans en connaître la cause (lettre 147).
C’est aux témoins de l’intrigue (Mme de Rosemonde, Mme de Volanges) qu'est laissé le dernier mot, symbole du retour à l'ordre. Ainsi un glissement s'est opéré: après avoir été tout le temps du roman l'égal de Merteuil, le lecteur se met à la place de Mme de Rosemonde, qui reçoit toutes les lettres, ou de Mme de Volanges qui tire la leçon morale(Qui pourrait ne pas frémir en songeant aux malheurs que peut causer une seule relation dangereuse?, lettre 175).