Marivaux (1688-1763)

Biographie

Pierre Carlet de Chamberlain de Marivaux naquit à Paris. Il étudia le droit mais fit une carrière littéraire:
Il fut journaliste: Il collabora à divers périodiques littéraires: Le Spectateur français, L'Indigent Philosophe, Le Cabinet du Philosophe, Le Mercure.
Il fut romancier: La Vie de Marianne et le Paysan Parvenu. On le trouve dans les salons mesdames de Lambert, de Tencin, du Deffand et Geoffrin. Grâce à ses relations il est élu à l'Académie française.
Il fut auteur dramatique: 27 comédies en prose dont les plus célèbres sont Le Jeu de l'Amour et du Hasard (1730) et Les Fausses Confidences (1737)

Le théatre au XVIIIe

Ce siècle mondain, adora le théatre. Les oeuvres furent nombreuses, le public enthousiaste et les auteurs célèbres:

Au XVIIème siècle Molière avait inventé la comédie en France et son héritage fut immense:

  1. La farce: (héritée de la Comedia del Arte ( comme "Le médecin malgré lui")
  2. La comédie d'intrigue: jeux de mots + situations burlesques + coups de théatre (comme "L'école des femmes")
  3. La comédie de moeurs: témoignage des moeurs de l'époque -ces pièces font le portrait d'une catégorie sociale (comme "Le mysantrope")
  4. La comédie de caractères: étude de personnages, de leurs défauts et de leurs qualités, qui mène souvent à la création d'un type (comme "Tartuffe" et "L'avare").

Marivaux et la comédie psychologique amoureuse

Chez Marivaux la comédie devient une peinture de l'amour, délicate et légèrement ironique. Ce n'est ni le grand rire de la farce, ni les larmes de la comédie larmoyante, attendrissante et moralisante. C'est une analyse minutieuse et spirituelle de la subtilité, de la fantaisie et de la sincérité du jeux amoureux.
 
L'intrigue de ses pièces est toujours basée sur "la surprise de l'amour" = la conquète des coeurs par l'amour.
 
"J'ai guetté dans le coeur humain toutes les niches différentes où peut se cacher l'amour lorsqu'il craint de se montrer, et chacune de mes comédies a pour objet de le faire sortir d'une de ces niches... Dans mes pièces, c'est tantôt un amour ignoré des deux amants; tantôt un amour qu'ils sentent et qu'ils veulent se cacher l'un à l'autre; tantôt un amour timide qui n'ose se déclarer; tantôt enfin un amour incertain et comme indécis, un amour à demi-né, pour ainsi dire, dont ils se doutent sans en être bien sûrs et qu'ils épient au dedans d'eux-mêmes avant de lui laisser prendre l'essor."
 
 
L'obstacle à l'amour chez Marivaux, n'est pas extérieur (comme les pères de Molière) mais réside dans l'amour propre des personnages. Par suite d'un préjugé, d'un quiproquo, d'un malentendu, de déceptions antérieures, les jeunes héros ne veulent pas reconnaître qu'ils sont amoureux. Mais comme il s'agit d'un jeu, après les détours imposés par l'amour-propre, le dénouement toujours heureux est inévitablement le triomphe de l'amour. On retrouve ici l' écho des méandres de La préciosité du XVIIème.
 
Il ne s'agit pas d'une analyse de caractères et les personnages n'ont ni vices ni passions. Ils sont exlusivement préocupés par les charmes de la tendresse et raisonnent selon la logique passionnelle.
 
Il ne s'agit pas de comédies de moeurs mais de divertissement de salons dont il émane une poésie délicate de "fête galante" semblable à l'atmosphère des toiles de Watteau.
 
Le marivaudage = finesse d'analyse psychologique + subtilité de language + sensibilité rafinée.
Ce language de salons que seuls les maîtres par leur élégance naturelle et leur bonne éducation savent pratiquer, devient préciosité ridicule chez les valets car il n'est alors qu'affectation.

 
Voltaire qui n'aimait pas Marivaux, lui reprochait "de peser des oeufs de mouche dans des balances de toiles d'araignée"
Les héritiers de Marivaux seront Musset au XIXème, Giraudoux et Anouilh au XXème.
 
 

Le Jeu de l'Amour et du Hasard (1730)

Article

Les personnages
Les maitres = la noblesse
  • monsieur Orgon, père de Silvia
  • Mario, fils de monsieur Orgon et frère de Silvia
  • Dorante, futur fiançé de Silvia se déguise en Bourguignon
  • Silvia, futur fiançée de Dorante se déguise en Lizette
Les valets = le peuple
  • Arlequin prend la place de son maitre Dorante
  • Lisette, femme de chambre de Silvia, prend la place de Silvia

Les thèmes:
 L'amour et
 
L'amour-propre
  1. Le coup de foudre ouvre la porte au bonheur car il n'est pas perçu comme une fatalité.
    Il donne naissance au badinage.
  2. La tendresse
  3. Le sentiment
  4. La coquetterie
Le mariage
  1. Le mariage est arrangé depuis le moyen âge pour empêcher les mésalliances (donc l'amour courtois est adultère)
  2. Au XVIIe l'amour est soumis à l'autorité paternelle = c'est le thème du mariage forcé de Molière.
  3. Le mariage d'inclination nait avec Marivaux,
  4. mais tout au long du XVIIIe et XIXe le mariage d'intérêt prévaut.
  5. Ce n'est qu'au XXe que le mariage d'amour triomphe.
 La condition sociale
  • Le clivage social = maîtres (vaniteux) et valets (ambitieux)
  • Les gens de qualité = naissance + éducation
  • Le language
  • L'honnêté
  • L'humanité
  • La raison

 

La méchanceté de la nature humaine

 

  • La cruauté
  • Le mensonge amène à la vérité
  • La rancune
Caractéristiques rococo.
  • Le jeu
  • le théatre
  • le monde de l'illusion
  • le déguisement (l'invraissanblance du quadruple travestissement)

Résumé de la pièce:
Acte I
M. Orgon, désire marier sa fille Silvia à Dorante, le fils d'un de ses vieux amis. Silvia évoque ce mariage avec Lisette, sa femme de chambre, et lui confie les craintes qu'elle a d'épouser ce jeune homme qu'elle ne connaît pas. Orgon, en père libéral, accepte que sa fille change de rôle avec Lisette, afin qu'elle puisse ainsi mieux observer son futur mari. Silvia et Lisette échangent donc leurs vêtements et leurs identités
M. Orgon amusé, indique à son fils Mario, que Dorante a eu la même idée et qu'il va se présenter chez eux déguisé en serviteur. Dorante s'est rebaptisé Bourguignon, tandis que son valet, Arlequin, se fait passer pour Dorante.
Monsieur Orgon et son fils, Mario, qui seuls connaissent le stratagème des quatre jeunes gens, se taisent et décident de laisser ses chances au jeu de l’amour et du hasard .
Silvia, bien décidée à sonder son futur prétendant, est rapidement troublée par Bourguignon. Elle trouve que ce valet a une belle prestance et beaucoup de distinction. De même le jeune noble est impressionné par le charme et par la noblesse de caractère de celle qu'il croit être une domestique.

Acte II
Les entrevues entre maîtres et valets déguisés sont autant de quiproquos. Silvia et Dorante s’étonnent d’être sensibles aux charmes de personnes de rang social inférieur. De leur côté Lisette et Arlequin profitent de leur nouveau statut pour séduire celui ou celle qu’ils prennent pour un maître ou une maîtresse. Lisette avoue même à Orgon, le père de Silvia, qu'Arlequin qu'elle prend pour Dorante, n'est pas insensible à ses avances. Avec beaucoup d'esprit, Orgon autorise Lisette à se faire aimer d'Arlequin. Ce jeu de rôles ne serait qu'un simple divertissement s'il ne touchait les protagonistes dans leur amour propre. Silvia et Dorante sont en effet troublés d'éprouver un tendre attachement pour des valets. En plus lorsque Silvia réalise que sa servante gagne les faveurs d'Arlequin/Dorante, elle se sent atteinte dans sa fierté.
Lorsque Silvia apprend enfin de Dorante, qui n'en peut plus, sa véritable identité, elle éprouve un vif soulagement. Triomphante, elle décide toutefois, de ne pas se dévoiler, et de poursuivre le jeu à sa guise.

Acte III
Silvia, son père et son frère vont maintenant agir tous les trois de concert. Dorante , lui est perturbé. Il autorise son valet à épouser celle qu'il croit encore être Silvia. La vraie Silvia, elle, profite de la situation pour essayer d'obtenir de Dorante la preuve de son amour. Elle voudrait qu'il aille jusqu'à  demander en mariage celle qu’il croit encore être une femme de chambre. Aidée de son frère Mario qui excite la jalousie de Dorante, Silvia triomphe finalement de celui-ci. Jaloux, désespéré, il est prêt à s'enfuir. C'est ce qui pousse Silvia à lui avouer enfin son amour et sa véritable identité. Après les jeux de masques et du hasard, tout rentre dans l'ordre : Arlequin et Lisette, démasqués se jurent, malgré leur désillusion, un amour éternel. Tout se termine dans la joie par une dernière pitrerie d'Arlequin