Ressources Don Juan

BRUNEL  , Dictionnaire de Don Juan
This dictionary compiles a catalogue of all Don Juan's "reincarnations" in music, painting and literature. The Don Juan character of Molière, Mozart, Byron, Pushkin, Kierkegaard, etc. is of course included. Summary articles retrace this character's career through history and the works based on this figure.

Film de francis Ford Coppola, Don Juan de Marco
Adventures of Don Juan avec Errol Flynn, warner bros

Eugène Delacroix

Don juan Videos by  the Atlantic Ballet Theatre of Canada
http://www.atlanticballet.ca/en/donjuan/video/cafe-adagio_rouge.php
programe des representations
http://www.atlanticballet.ca/en/performances/2007-08/

article wiki[edia.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Dom_Juan_ou_le_Festin_de_pierre#Personnages.fr

comparaison de DJ de Tirso de Molina ( sensuel), Moliere (cynique, pervers, athee et hypocrite) et le Don Juan romantique du 19eme
http://agora.qc.ca/mot.nsf/Dossiers/Don_Juan

Canada comedie musicale DJ “clip du plaisir” +interview )Seville flamenco)
http://donjuan-lesite.artistes.universalmusic.fr/

Annalysde de scenes
http://www.philagora.net/ph-prepa/mesure-demesure/dom_juan_et_elvire.htm

resume de ebook
Dom Juan est un incorrigible séducteur. Plus que la conquête amoureuse, c’est le plaisir de voir les autres se soumettre à sa volonté qui donne un sens à sa vie. Après l’avoir enlevée du couvent, il a abandonné son épouse Done Elvire, et prépare déjà de nouvelles conquêtes, sans se soucier d’aucune morale. Incrédule et cynique, il scandalise son valet Sganarelle, qui tente sans succès de lui prouver l’existence de Dieu. Accompagné de ce bouffon souffre-douleur, Dom Juan joue les imposteurs, refuse de se repentir, défie la volonté divine qui finit par s’accomplir. Convié au « festin de pierre », Dom Juan l’orgueilleux disparaît dans les entrailles de la terre, laissant Sganarelle désemparé pleurant après ses gages. Dom Juan reste ainsi, malgré un dénouement terrible, une pièce éminemment comique, l’une des plus belles réussites de Molière.

Liste des auteurs qui ont traite de Don Juan (Musset, Sand, Laclos letter 6)
http://www.weblettres.net/spip/article.php3?id_article=470

Il s’agissait de trouver un texte complétant un groupement de textes sur les visages de Don Juan après Molière.
Synthèse mise en ligne par Catherine Briat.

    -  BALZAC (d) H., Le Père Goriot
    Les conseils de Mme de Beauséant à Rastignac

    -  BARBEY D’AUREVILLY J., Le plus bel amour de Dom Juan
    Collection des éditions complexes Dom Juan, textes réunis et présentés par Jean Massin.

    -  BRASSENS G., Don Juan (écrite en 1976)
    Evidemment, c’est un peu leste et assez macho quand il s’agit de Don Juan, mais, on ne peut nier que cela soit une approche nouvelle du mythe pour les élèves...

    -  CAMUS A., extrait du Mythe de Sisyphe, « Le Donjuanisme : un Don Juan, homme absurde ».
    "Je vois Don Juan dans une cellule de ces monastères espagnols perdus sur une colline [...], agenouillé devant le vide [...],logique aboutissement d’une vie tout entière pénétrée d’absurde...".
    Les quatre derniers paragraphes pourraient faire un texte « présentable ».

    -  COHEN A., Belle du seigneur
    Version dégradée de Solal avec les danses de la séduction où il dénonce la passion que réclament les femmes et le rôle ainsi imposé aux hommes.

    -  CRÉBILLON (fils), Les Egarements du coeur et de l’esprit (1736-1738)
    Le regard cynique du héros sur sa jeunesse.

    -  FRISCH M., Don Juan ou l’amour de la géométrie (1969).

    -  GHELDERODE (de) M., Don Juan (théâtre).
    Paru dans le tome IV du Théâtre de Ghelderode chez Gallimard.

    -  GOLDONI C., Don Giovanni Tenorio ossia il dissoluto (1736).

    -  GOURMONT (de) R., Le Secret de Don Juan
    Disponible sur le site des Amateurs de Remy de Gourmont.

    -  HOFFMANN E., Contes (Folio 1151).

    -  LACLOS (de) C., la lettre 6 des Liaisons dangereuses.

    -  LENAU N., Don Juan (édition Aubier, collection bilingue).
    Lenau est un romantique allemand.
    Cette oeuvre étrangère permettrait d’étudier les réécritures du mythe dans sa dimension européenne ; c’est un poème dramatique.

    -  MAUPASSANT (d) G., Bel-Ami (la scène de séduction de Mme Walter).

    -  MERIMEE P., Les Ames du purgatoire. (réf : Garnier-Flammarion , n°263, 1973, pp 93-94)
    Il « imite » d’abord puis se repent.
    Voir ce site

    -  MONTHERLANT (de) H., Don Juan ou la Mort qui fait le trottoir (1958). Don Juan a plus de 60 ans.

    -  MOZART W. A., Don Giovanni ( 1787).
    Vous trouverez des extraits du texte chez Magnard (Textes et contextes) ainsi que dans l’ouvrage de Axel PREISS, Le mythe de Don Juan, Bordas, coll. Les thèmes littéraires.
    -  MUSSET (de) A., Une Matinée de Don Juan, (1833).

    -  MUSSET (de) A., La Quête de la « perle » Namouna, chant II in Premières Poésies et Poésies nouvelles (Galllimard, " Poésie" pp193-194, études proposées dans L’Ecole des Lettres II n° 3, 1994-1995).

    -  POUCHKINE A., Le Convive de pierre (1830).

    -  QUEEN E., La Mort de Don Juan (policier, éd. Librio 228).

    -  RÉMY P.J., Don Juan
    Textes téléchargeables sur le site de Françoise Chatelain : (littérature belge, lectures, pédagogie).

    -  ROSTAND E., La Dernière Nuit de Don Juan (1921)
    Don Juan revient sur terre après sa mort.

    -  SAND G., le chapitre LXII de Lélia présente Don Juan vu par les femmes.

    -  SCHMIDT E.E., La Nuit de Valognes (Théâtre. Albin Michel).
    Un Dom Juan face à d’anciennes conquêtes...

    -  SHADWELL, The Libertine.
    Un don John, libertin anglais qui a lu le Léviathan de HOBBES.

    Texte à télécharger sur le site Don Juan

    -  VAILLAND R., Monsieur Jean (1959) (transposition à l’époque contemporaine ; libertinage et liberté).

Tirso de Molina, L'Abuseur de Séville et l’Invité de pierre - 1630 -

TISBEA (pêcheuse) sur la plage de Taragonne (acte I)
" Au feu, au feu, je brûle et ma cabane est embrasée ! Sonnez au feu, amis, car mes yeux versent bien des larmes.
Ma pauvre maison est une autre Troie dans les flammes, car depuis que Troie n’est plus, l'amour veut brûler des cabanes. Si l'amour embrase des rochers, avec une colère et une rage terrible, l'humble chaume ne saura se protéger de sa violence.
Au feu, bergers, de l’eau, de l'eau ! Amour, clémence ! Mon cœur est embrasé !
Ah ! chaumière, vil instrument de mon déshonneur et de mon infamie ! Grotte sauvage de brigands qui protégea mon outrage ! Que les rayons des ardentes étoiles tombent sur toi, et que dans tes cheveux mal peignés par le vent, ils sèment l'incendie ! Ah ! hôte indigne qui abandonne une femme bafouée ! Nuée surgie de la mer pour noyer mes entrailles.
Au feu, au feu, bergers, de l'eau, de l'eau ! Amour, clémence ! Mon cœur est embrasé !
Oui, je suis celle qui se riait tant des hommes, et toujours celles qui se moquent finissent, à leur tour, par être objets de moqueries. Un gentilhomme m’a trompée en me donnant sa foi et sa parole de mari, et il a profané ma couche et ma vertu. Enfin, il m’a possédée et j'ai fourni moi-même à sa rigueur des ailes, avec les deux juments que j'avais élevées, et grâce auxquelles il s’est enfui, après m'avoir dupée. Poursuivez-le tous, poursuivez-le ! Mais peu importe qu'il s'en aille : devant la personne du roi, je dois aller demander vengeance !
Au feu, au feu, bergers, de l'eau, de l'eau ! Amour, clémence ! Mon cœur est embrasé !

 

Molière, Dom Juan ou le Festin de Pierre - 1665 -

DONE ELVIRE (Acte I, Scène 3)
[…]
                        Oui, je vois bien que vous ne m'y attendiez pas ; et vous êtes surpris, à la vérité, mais tout autrement que je ne l'espérais ; et la manière dont vous le paraissez me persuade pleinement ce que je refusais de croire. J'admire ma simplicité et la faiblesse de mon cœur à douter d'une trahison que tant d'apparences me confirmaient. J'ai été assez bonne, je le confesse, ou plutôt assez sotte pour me vouloir tromper moi-même, et travailler à démentir mes yeux et mon jugement. J'ai cherché des raisons pour excuser à ma tendresse le relâchement d'amitié qu'elle voyait en vous ; et je me suis forgé exprès cent sujets légitimes d'un départ si précipité, pour vous justifier du crime dont ma raison vous accusait. Mes justes soupçons chaque jour avaient beau me parler ; j'en rejetais la voix qui vous rendait criminel à mes yeux, et j'écoutais avec plaisir mille chimères ridicules qui vous peignaient innocent à mon cœur. Mais enfin cet abord ne me permet plus de douter, et le coup d'œil qui m'a reçue m'apprend bien plus de choses que je ne voudrais en savoir. Je serai bien aise pourtant d'ouïr de votre bouche les raisons de votre départ. Parlez, Dom Juan, je vous prie, et voyons de quel air vous saurez vous justifier.
                        […]
                        Ah ! que vous savez mal vous défendre pour un homme de cour, et qui doit être accoutumé à ces sortes de choses ! J'ai pitié de vous voir la confusion que vous avez. Que ne vous armez-vous le front d'une noble effronterie ? Que ne me jurez-vous que vous êtes toujours dans les mêmes sentiments pour moi, que vous m'aimez toujours avec une ardeur sans égale, et que rien n'est capable de vous détacher de moi que la mort ? Que ne me dites-vous que des affaires de la dernière conséquence vous ont obligé à partir sans m'en donner avis ; qu'il faut que, malgré vous, vous demeuriez ici quelque temps, et que je n'ai qu'à m'en retourner d'où je viens, assurée que vous suivrez mes pas le plus tôt qu'il vous sera possible ; qu'il est certain que vous brûlez de me rejoindre, et qu'éloigné de moi, vous souffrez ce que souffre un corps qui est séparé de son âme ? Voilà comme il faut vous défendre, et non pas être interdit comme vous êtes.
[…]
                        Ah ! scélérat, c'est maintenant que je te connais tout entier ; et pour mon malheur, je te connais lorsqu'il n'en est plus temps, et qu'une telle connaissance ne peut plus me servir qu'à me désespérer. Mais sache que ton crime ne demeurera pas impuni, et que le même Ciel dont tu te joues me saura venger de ta perfidie.
[…]
Il suffit. Je n'en veux pas ouïr davantage, et je m'accuse même d'en avoir trop entendu. C'est une lâcheté que de se faire expliquer trop sa honte ; et, sur de tels sujets, un noble cœur, au premier mot, doit prendre son parti. N'attends pas que j'éclate ici en reproches et en injures : non, non, je n'ai point un courroux à exhaler en paroles vaines, et toute sa chaleur se réserve pour sa vengeance. Je te le dis encore, le Ciel te punira, perfide, de l'outrage que tu me fais ; et si le Ciel n'a rien que tu puisses appréhender, appréhende du moins la colère d'une femme offensée



G. Sand, Lélia, 1833-1839, chap. LXII.

“Que voulais-tu donc, ô Don Juan ! que voulais-tu de ces femmes éplorées ? Est-ce le bonheur que tu demandais à leurs bras ? Espérais-tu faire une halte après ce laborieux pèlerinage ? Croyais-tu que Dieu t'enverrait enfin, pour fixer tes inconstantes amours, une femme supérieure à toutes celles que tu avais trahies ? Mais pourquoi les trahissais-tu ? Est-ce qu'en les quittant tu sentais au dedans de toi-même le dépit et le découragement d'une illusion perdue ? Est-ce que leur amour n'atteignait pas à la hauteur de tes rêves ? Avais-tu dit dans ton orgueil solitaire et monstrueux : “Elles me doivent une félicité infinie que je ne puis leur donner : leurs soupirs et leurs gémissements sont une douce musique à mon oreille ; les tortures et les angoisses de mes premières étreintes réjouissent mes yeux. Esclaves soumises et dévouées, j'aime à les voir s'embellir d'une joie menteuse pour ne pas troubler mon plaisir ; mais je leur défends de planter leur espérance sur le seuil de ma pensée, je leur défends d'attendre la fidélité en échange du sacrifice !”

“Est-ce que tu tressaillais de colère chaque fois que tu devinais au fond de leur âme l'inconstance qui les faisait égales à toi, et qui peut-être allait te gagner de vitesse ? Étais-tu honteux et humilié quand leurs serments, te menaçaient d'un amour opiniâtre et acharné qui aurait enchaîné ton égoïsme et ta gloire ? Avais-tu lu quelque part dans les conseils de Dieu que la femme est une chose faite pour le plaisir de l'homme, incapable de résistance ou de changement ? Pensais-tu que cette perfection idéale de renoncement existait pour toi seul sur la terre et devait assurer l'inépuisable renouvellement de tes joies ? Croyais-tu qu'un jour le délire arracherait aux lèvres de ta victime une promesse impie, et qu'elle s'écrierait : “Je t'aime parce que je souffre, je t'aime parce que tu goûtes un plaisir sans partage, je t'aime parce que je sens à tes transports qui se ralentissent, à tes bras qui s'ouvrent et m'abandonnent, que tu seras bientôt las de moi et que tu m'oublieras. Je me dévoue parce que tu me repousses, je me souviendrai parce que tu m'effaceras de ta mémoire. Je t'élèverai dans mon cœur un sanctuaire inviolable, parce que tu vas inscrire mon nom dans les archives de ton mépris !”

“Si tu as nourri un seul instant cette absurde espérance, tu n'étais qu'un fou, ô don Juan ! Si tu as cru un seul instant que la femme peut donner à l'homme qu'elle aime autre chose que sa beauté, son amour et sa confiance, tu n'étais qu'un sot ; si tu as cru qu'elle ne s'indignerait pas lorsque ta main la repousserait comme un vêtement inutile, tu n'étais qu'un aveugle. Va ! tu n'étais qu'un libertin sans cœur, une âme de courtisan effronté dans le corps d'un rustre !”

http://www.poeme-amour.org/de-musset/13_39_2122.html

 

Alfred de Musset Poèmes d'amour: Namouna - Chant deuxième

Qu'est-ce que l'amour? L'échange de deux fantaisies et le contact de deux épidermes.

Chamfort.

 

I

Eh bien! en vérité, les sots auront beau dire,

Quand on n'a pas d'argent, c'est amusant d'écrire.

Si c'est un passe-temps pour se désennuyer,

Il vaut bien la bouillotte; et, si c'est un métier,

Peut-être qu'après tout ce n'en est pas un pire

Que fille entretenue, avocat ou portier.

II

J'aime surtout les vers, cette langue immortelle.

C'est peut-être un blasphème, et je le dis tout bas;

Mais je l'aime à la rage. Elle a cela pour elle

Que les sots d'aucun temps n'en ont pu faire cas,

Qu'elle nous vient de Dieu, - qu'elle est limpide et belle,

Que le monde l'entend, et ne la parle pas.

III

Eh bien! sachez-le donc, vous qui voulez sans cesse

Mettre votre scalpel dans un couteau de bois;

Vous qui cherchez l'auteur à de certains endroits,

Comme un amant heureux cherche, dans son ivresse,

Sur un billet d'amour les pleurs de sa maîtresse,

Et rêve, en le lisant, au doux son de sa voix;

IV

Sachez-le, - c'est le coeur qui parle et qui soupire

Lorsque la main écrit, - c'est le coeur qui se fond;

C'est le coeur qui s'étend, se découvre et respire

Comme un gai pèlerin sur le sommet d'un mont.

Et puissiez-vous trouver, quand vous en voudrez rire,

A dépecer nos vers le plaisir qu'ils nous font!

V

Qu'importe leur valeur? La muse est toujours belle,

Même pour l'insensé, même pour l'impuissant;

Car sa beauté pour nous, c'est notre amour pour elle.

Mordez et croassez, corbeaux, battez de l'aile;

Le poète est au ciel, et lorsqu'en vous poussant

Il vous y fait monter, c'est qu'il en redescend.

VI

Allez, - exercez-vous, - débrouillez la quenouille,

Essoufflez-vous à faire un boeuf d'une grenouille.

Avant de lire un livre, et de dire: "J'y crois!"

Analysez la plaie, et fourrez-y les doigts;

Il faudra de tout temps que l'incrédule y fouille,

Pour savoir si son Christ est monté sur la croix.

VII

Eh! depuis quand un livre est-il donc autre chose

Que le rêve d'un jour qu'on raconte un instant;

Un oiseau qui gazouille et s'envole; - une rose

Qu'on respire et qu'on jette, et qui meurt en tombant; -

Un ami qu'on aborde, avec lequel on cause,

Moitié lui répondant, et moitié l'écoutant?

VIII

Aujourd'hui, par exemple, il plaît à ma cervelle

De rimer en sixains le conte que voici.

Va-t-on le maltraiter et lui chercher querelle?

Est-ce sa faute, à lui, si je l'écris ainsi?

"Byron, me direz-vous, m'a servi de modèle."

Vous ne savez donc pas qu'il imitait Pulci?

IX

Lisez les Italiens, vous verrez s'il les vole.

Rien n'appartient à rien, tout appartient à tous.

Il faut être ignorant comme un maître d'école

Pour se flatter de dire une seule parole

Que personne ici-bas n'ait pu dire avant vous.

C'est imiter quelqu'un que de planter des choux.

X

Ah! pauvre Laforêt, qui ne savais pas lire,

Quels vigoureux soufflets ton nom seul a donnés

Au peuple travailleur des discuteurs damnés!

Molière t'écoutait lorsqu'il venait d'écrire.

Quel mépris des humains dans le simple et gros rire

Dont tu lui baptisais ses hardis nouveau-nés!

XI

Il ne te lisait pas, dit-on, les vers d'Alceste;

Si je les avais faits, je te les aurais lus.

L'esprit et les bons mots auraient été perdus;

Mais les meilleurs accords de l'instrument céleste

Seraient allés au coeur comme ils en sont venus.

J'aurais dit aux bavards du siècle: "A vous le reste."

XII

Pourquoi donc les amants veillent-ils nuit et jour?

Pourquoi donc le poète aime-t-il sa souffrance?

Que demandent-ils donc tous les deux en retour?

Une larme, ô mon Dieu, voilà leur récompense;

Voilà pour eux le ciel, la gloire et l'éloquence,

Et par là le génie est semblable à l'amour.

XIII

Mon premier chant est fait. - Je viens de le relire.

J'ai bien mal expliqué ce que je voulais dire;

Je n'ai pas dit un mot de ce que j'aurais dit

Si j'avais fait un plan une heure avant d'écrire;

Je crève de dégoût, de rage et de dépit.

Je crois en vérité que j'ai fait de l'esprit.

XIV

Deux sortes de roués existent sur la terre:

L'un, beau comme Satan, froid comme la vipère,

Hautain, audacieux, plein d'imitation,

Ne laissant palpiter sur son coeur solitaire

Que l'écorce d'un homme et de la passion;

Faisant un manteau d'or à son ambition;

XV

Corrompant sans plaisir, amoureux de lui-même,

Et, pour s'aimer toujours, voulant toujours qu'on l'aime;

Regardant au soleil son ombre se mouvoir;

Dès qu'une source est pure, et que l'on peut s'y voir,

Venant comme Narcisse y pencher son front blême,

Et chercher la douleur pour s'en faire un miroir.

XVI

Son idéal, c'est lui. - Quoi qu'il dise ou qu'il fasse,

Il se regarde vivre, et s'écoute parler.

Car il faut que demain on dise, quand il passe:

"Cet homme que voilà, c'est Robert Lovelace."

Autour de ce mot-là le monde peut rouler;

Il est l'axe du monde, et lui permet d'aller.

XVII

Avec lui ni procès, ni crainte, ni scandale.

Il jette un drap mouillé sur son père qui râle;

Il rôde, en chuchotant, sur la pointe du pied.

Un amant plus sincère, à la main plus loyale,

Peut serrer une main trop fort, et l'effrayer;

Mais lui, n'ayez pas peur de lui, c'est son métier.

XVIII

Qui pourrait se vanter d'avoir surpris son âme?

L'étude de sa vie est d'en cacher le fond...

On en parle, - on en pleure, - on en rit, - qu'en voit-on?

Quelques duels oubliés, quelques soupirs de femme,

Quelque joyau de prix sur une épaule infâme,

Quelque croix de bois noir sur un tombeau sans nom.

XIX

Mais comme tout se tait dès qu'il vient à paraître!

Clarisse l'aperçoit, et commence à souffrir.

Comme il est beau! brillant! comme il s'annonce en maître!

Si Clarisse s'indigne et tarde à consentir,

Il dira qu'il se tue, - il se tuera peut-être; -

Mais Clarisse aime mieux le sauver, et mourir.

XX

C'est le roué sans coeur, le spectre à double face,

A la patte de tigre, aux serres de vautour,

Le roué sérieux qui n'eut jamais d'amour;

Méprisant la douleur comme la populace;

Disant au genre humain de lui laisser son jour -

Et qui serait César, s'il n'était Lovelace.

XXI

Ne lui demandez pas s'il est heureux ou non;

Il n'en sait rien lui-même, il est ce qu'il doit être.

Il meurt silencieux, tel que Dieu l'a fait naître.

L'antilope aux yeux bleus est plus tendre peut-être

Que le roi des forêts; mais le lion répond

Qu'il n'est pas antilope, et qu'il a nom: lion.

XXII

Voilà l'homme d'un siècle, et l'étoile polaire

Sur qui les écoliers fixent leurs yeux ardents,

L'homme dont Richardson fera le commentaire,

Qui donnera sa vie à lire à nos enfants.

Ses crimes noirciront un large bréviaire,

Qui brûlera les mains et les coeurs de vingt ans.

XXIII

Quant au roué Français, au don Juan ordinaire,

Ivre, riche, joyeux, raillant l'homme de pierre,

Ne demandant partout qu'à trouver le vin bon,

Bernant monsieur Dimanche, et disant à son père

Qu'il serait mieux assis pour lui faire un sermon,

C'est l'ombre d'un roué qui ne vaut pas Valmont.

XXIV

Il en est un plus grand, plus beau, plus poétique,

Que personne n'a fait, que Mozart a rêvé,

Qu'Hoffmann a vu passer, au son de la musique,

Sous un éclair divin de sa nuit fantastique,

Admirable portrait qu'il n'a point achevé,

Et que de notre temps Shakespeare aurait trouvé.

XXV

Un jeune homme est assis au bord d'une prairie,

Pensif comme l'amour, beau comme le génie;

Sa maîtresse enivrée est prête à s'endormir.

Il vient d'avoir vingt ans, son coeur vient de s'ouvrir;

Rameau tremblant encor de l'arbre de la vie,

Tombé, comme le Christ, pour aimer et souffrir.

XXVI

Le voilà se noyant dans des larmes de femme,

Devant cette nature aussi belle que lui;

Pressant le monde entier sur son coeur qui se pâme,

Faible, et, comme le lierre, ayant besoin d'autrui;

Et ne le cachant pas, et suspendant son âme,

Comme un luth éolien, aux lèvres de la Nuit.

XXVII

Le voilà demandant pourquoi son coeur soupire,

Jurant, les yeux en pleurs, qu'il ne désire rien;

Caressant sa maîtresse, et des sons de sa lyre

Egayant son sommeil comme un ange gardien;

Tendant sa coupe d'or à ceux qu'il voit sourire,

Voulant voir leur bonheur pour y chercher le sien.

XXVIII

Le voilà, jeune et beau, sous le ciel de la France,

Déjà riche à vingt ans comme un enfouisseur;

Portant sur la nature un coeur plein d'espérance,

Aimant, aimé de tous, ouvert comme une fleur;

Si candide et si frais que l'ange d'innocence

Baiserait sur son front la beauté de son coeur.

XXIX

Le voilà, regardez, devinez-lui sa vie.

Quel sort peut-on prédire à cet enfant du ciel?

L'amour en l'approchant jure d'être éternel;

Le hasard pense à lui, - la sainte poésie

Retourne en souriant sa coupe d'ambroisie

Sur ses cheveux plus doux et plus blonds que le miel.

XXX

Ce palais, c'est le sien; - le cerf et la campagne

Sont à lui; - la forêt, le fleuve et la montagne

Ont retenu son nom en écoutant l'écho.

C'est à lui le village, et le pâle troupeau

Des moines. - Quand il passe et traverse un hameau,

Le bon ange du lieu se lève et l'accompagne.

XXXI

Quatre filles de prince ont demandé sa main.

Sachez que s'il voulait la reine pour maîtresse,

Et trois palais de plus, il les aurait demain;

Qu'un juif deviendrait chauve à compter sa richesse,

Et qu'il pourrait jeter, sans que rien en paraisse,

Les blés de ses moissons aux oiseaux du chemin.

XXXII

Eh bien! cet homme-là vivra dans les tavernes

Entre deux charbonniers autour d'un poêle assis;

La poudre noircira sa barbe et ses sourcils;

Vous le verrez un jour, tremblant et les yeux ternes,

Venir dans son manteau dormir sous les lanternes,

La face ensanglantée et les coudes noircis.

XXXIII

Vous le verrez sauter sur l'échelle dorée,

Pour courir dans un bouge au sortir d'un boudoir

Portant sa lèvre ardente à la prostituée,

Avant qu'à son balcon done Elvire éplorée,

Dans la profonde nuit croyant encor le voir,

Ait cessé d'agiter sa lampe et son mouchoir.

XXXIV

Vous le verrez, laquais pour une chambrière,

Cachant sous ses habits son valet grelottant;

Vous le verrez, tranquille et froid comme une pierre,

Pousser dans les ruisseaux le cadavre d'un père,

Et laisser le vieillard traîner ses mains de sang

Sur des murs chauds encor du viol de son enfant.

XXXV

Que direz-vous alors? Ah! vous croirez peut-être

Que le monde a blessé ce coeur vaste et hautain,

Que c'est quelque Lara qui se sent méconnaître,

Que l'homme a mal jugé, qui sait ce qu'il peut être,

Et qui, s'apercevant qu'il le serait en vain,

Rend haine contre haine et dédain pour dédain.

XXXVI

Eh bien! vous vous trompez. - Jamais personne au monde

N'a pensé moins que lui qu'il était oublié.

Jamais il n'a frappé sans qu'on ne lui réponde;

Jamais il n'a senti l'inconstance de l'onde,

Et jamais il n'a vu se dresser sous son pié

Le vivace serpent de la fausse amitié.

XXXVII

Que dis-je? tel qu'il est, le monde l'aime encore;

Il n'a perdu chez lui ni ses biens ni son rang.

Devant Dieu, devant tous, il s'assoit à son banc.

Ce qu'il a fait de mal, personne ne l'ignore;

On connaît son génie, on l'admire, on l'honore. -

Seulement, voyez-vous, cet homme, c'est don Juan.

XXXVIII

Oui, don Juan. Le voilà, ce nom que tout répète,

Ce nom mystérieux que tout l'univers prend,

Dont chacun vient parler, et que nul ne comprend;

Si vaste et si puissant qu'il n'est pas de poète

Qui ne l'ait soulevé dans son coeur et sa tête,

Et pour l'avoir tenté ne soit resté plus grand.

XXXIX

Insensé que je suis! que fais-je ici moi-même?

Etait-ce donc mon tour de leur parler de toi,

Grande ombre, et d'où viens-tu pour tomber jusqu'à moi?

C'est qu'avec leurs horreurs, leur doute et leur blasphème,

Pas un d'eux ne t'aimait, don Juan; et moi, je t'aime

Comme le vieux Blondel aimait son pauvre roi.

XL

Oh! qui me jettera sur ton coursier rapide!

Oh! qui me prêtera le manteau voyageur,

Pour te suivre en pleurant, candide corrupteur!

Qui me déroulera cette liste homicide,

Cette liste d'amour si remplie et si vide,

Et que ta main peuplait des oublis de ton coeur!

XLI

Trois mille noms charmants! trois mille noms de femme!

Pas un qu'avec des pleurs tu n'aies balbutié!

Et ce foyer d'amour qui dévorait ton âme,

Qui, lorsque tu mourus, de tes veines de flamme

Remonta dans le ciel comme un ange oublié,

De ces trois mille amours pas un qui l'ait noyé!

XLII

Elles t'aimaient pourtant, ces filles insensées

Que sur ton coeur de fer tu pressas tour à tour;

Le vent qui t'emportait les avait traversées;

Elles t'aimaient, don Juan, ces pauvres délaissées

Qui couvraient de baisers l'ombre de ton amour,

Qui te donnaient leur vie, et qui n'avaient qu'un jour!

XLIII

Mais toi, spectre énervé, toi, que faisais-tu d'elles?

Ah! massacre et malheur! tu les aimais aussi,

Toi! croyant toujours voir sur tes amours nouvelles

Se lever le soleil de tes nuits éternelles,

Te disant chaque soir: "Peut-être le voici",

Et l'attendant toujours, et vieillissant ainsi!

Demandant aux forêts, à la mer, à la plaine,

Aux brises du matin, à toute heure, à tout lieu,

La femme de ton âme et de ton premier voeu!

Prenant pour fiancée un rêve, une ombre vaine,

Et fouillant dans le coeur d'une hécatombe humaine,

Prêtre désespéré, pour y chercher ton Dieu.

XLV

Et que voulais-tu donc? - Voilà ce que le monde

Au bout de trois cents ans demande encor tout bas.

Le sphinx aux yeux perçants attend qu'on lui réponde.

Ils savent compter l'heure, et que leur terre est ronde,

Ils marchent dans leur ciel sur le bout d'un compas,

Mais ce que tu voulais, ils ne le savent pas.

XLVI

"Quelle est donc, disent-ils, cette femme inconnue,

Qui seule eût mis la main au frein de son coursier?

Qu'il appelait toujours et qui n'est pas venue?

Où l'avait-il trouvée? où l'avait-il perdue?

Et quel noeud si puissant avait su les lier,

Que, n'ayant pu venir, il n'ait pu l'oublier?

XLVII

N'en était-il pas une, ou plus noble, ou plus belle,

Parmi tant de beautés, qui, de loin ou de près,

De son vague idéal eût du moins quelques traits?

Que ne la gardait-il! qu'on nous dise laquelle."

Toutes lui ressemblaient, - ce n'était jamais elle;

Toutes lui ressemblaient, don Juan, et tu marchais!

XLVIII

Tu ne t'es pas lassé de parcourir la terre!

Ce vain fantôme, à qui Dieu t'avait envoyé,

Tu n'en as pas brisé la forme sous ton pié!

Tu n'es pas remonté, comme l'aigle à son aire

Sans avoir sa pâture, ou comme le tonnerre

Dans sa nue aux flancs d'or, sans avoir foudroyé!

XLIX

Tu n'as jamais medit de ce monde stupide

Qui te dévisageait d'un regard hébété;

Tu l'as vu, tel qu'il est, dans sa difformité;

Et tu montais toujours cette montagne aride,

Et tu suçais toujours, plus jeune et plus avide,

Les mamelles d'airain de la Réalité.

L

Et la vierge aux yeux bleus, sur la souple ottomane,

Dans ses bras parfumés te berçait mollement;

De la fille de roi jusqu'à la paysanne

Tu ne méprisais rien, même la courtisane,

A qui tu disputais son misérable amant;

Mineur, qui dans un puits cherchais un diamant.

LI

Tu parcourais Madrid, Paris, Naple et Florence;

Grand seigneur aux palais, voleur aux carrefours;

Ne comptant ni l'argent, ni les nuits, ni les jours;

Apprenant du passant à chanter sa romance;

Ne demandant à Dieu, pour aimer l'existence,

Que ton large horizon et tes larges amours.

LII

Tu retrouvais partout la vérité hideuse,

Jamais ce qu'ici-bas cherchaient tes voeux ardents,

Partout l'hydre éternel qui te montrait les dents;

Et poursuivant toujours ta vie aventureuse,

Regardant sous tes pieds cette mer orageuse,

Tu te disais tout bas: "Ma perle est là dedans."

LIII

Tu mourus plein d'espoir dans ta route infinie,

Et te souciant peu de laisser ici-bas

Des larmes et du sang aux traces de tes pas.

Plus vaste que le ciel et plus grand que la vie,

Tu perdis ta beauté, ta gloire et ton génie

Pour un être impossible, et qui n'existait pas.

LIV

Et le jour que parut le convive de pierre,

Tu vins à sa rencontre, et lui tendis la main;

Tu tombas foudroyé sur ton dernier festin:

Symbole merveilleux de l'homme sur la terre,

Cherchant de ta main gauche à soulever ton verre,

Abandonnant ta droite à celle du Destin!

LV

Maintenant, c'est à toi, lecteur, de reconnaître

Dans quel gouffre sans fond peut descendre ici-bas

Le rêveur insensé qui voudrait d'un tel maître.

Je ne dirai qu'un mot, et tu le comprendras:

Ce que don Juan aimait, Hassan l'aimait peut-être;

Ce que don Juan cherchait, Hassan n'y croyait pas.



     

 

Letter 6 des Liaisons Dangereuses

http://abu.cnam.fr/cgi-bin/go?liaisons3,141,160

http://renardbiblio.canalblog.com/archives/2007/01/30/384732

Vous voulez connaître la suite de Dom Juan ? Baudelaire l’a imaginée, rien que pour vous !

« Don Juan aux Enfers »
Quand Don Juan descendit vers l'onde souterraine
Et lorsqu'il eut donné son obole à Charon,
Un sombre mendiant, l'oeil fier comme Antisthène,
D'un bras vengeur et fort saisit chaque aviron.

Montrant leurs seins pendants et leurs robes ouvertes,
Des femmes se tordaient sous le noir firmament,
Et, comme un grand troupeau de victimes offertes,
Derrière lui traînaient un long mugissement.

Sganarelle en riant lui réclamait ses gages,
Tandis que Don Luis avec un doigt tremblant
Montrait à tous les morts errant sur les rivages
Le fils audacieux qui railla son front blanc.

Frissonnant sous son deuil, la chaste et maigre Elvire,
Près de l'époux perfide et qui fut son amant,
Semblait lui réclamer un suprême sourire
Où brillât la douceur de son premier serment.

Tout droit dans son armure, un grand homme de pierre
Se tenait à la barre et coupait le flot noir,
Mais le calme héros, courbé sur sa rapière,
Regardait le sillage et ne daignait rien voir.

Don Juan: musique, cinema, peinture
http://users.skynet.be/litterature/donjuan/arts.htm

tableau de fragonard “la diagonale”
http://mucri.univ-paris1.fr/mucri10/article.php3?id_article=34

Musee critique de la Sorbonne
http://mucri.univ-paris1.fr/mucri10/tableaux_images.php3