Les Fausses confidences de Marivaux

Texte de Joseph Llapasset: I. Racines et ruptures - II. Dubois délégué de Marivaux.

Les motifs de Dubois

Ses désirs, ses sentiments, bref les éléments affectifs qui le poussent à l'action:

*Ce n'est pas l'argent, ce qui donne à sa personnalité une qualité exceptionnelle car une personnalité se définit d'abord par le rapport à l'argent;
*ce n'est pas le dévouement à son ancien maître car ses protestation de dévouement sonnent creux.
*C'est peut-être un amour caché pour Araminte qu'il réaliserait par l'intermédiaire de Dorante.
*C'est une volonté de s'affirmer d'exercer un pouvoir, une puissance d'autant plus enivrante qu'elle se teinte de détachement et peut-être de sympathie

Le motif est une raison d'agir d'ordre intellectuel.
* Il balance (hésite?) entre la contemplation (observation d'autrui) et l'action qui n'est qu'une expérimentation, une épreuve de ce qu'il a pensé.

II. Dubois délégué de Marivaux.

C'est avant tout, sur la scène, un délégué de Marivaux: c'est l'auteur, le créateur, qui regarde ses personnages, qui commente l'action, qui interprète: voilà pourquoi Dubois voit dans les cœurs parce qu'il est aussi l'auteur qui les a créés.
- A défaut de comprendre autrui dans la réalité qu'il n'a pas créée, Marivaux-Dubois réalise dans l'art ce désir d'une compréhension parfaite d'autrui, ce que la réalité lui refuse. Tel un Dieu Dubois peut voir les cœurs puisqu'il leur impose des sentiments

mais,

c'est au prix d'une illusion théâtrale, de l'artifice d'une représentation. Parce qu'il n'est pas un Dieu Marivaux se met en scène et s'entoure de marionnettes.

Comprenons que Marivaux, tel un chef d'orchestre qui finirait par croire qu'il est l'orchestre et que l'orchestre reste pourtant lui même, s'enchante des jeux du désir et de l'illusion: autant dire que le désir se prend pour l'amour et que refusant le mystère d'autrui il ne reste plus que Narcisse sublimé.

A l'horizon pointent toutes les utopies politiques qui voudront faire du valet un maître comme si la dialectique du maître du maître et de l'esclave pouvait avoir une fin.

Marivaux et la contestation sociale