La Fausse Suivante

La Fausse Suivante chez Wikipedia

Résumé
Pour mieux juger de la fidélité de Lélio qu'elle doit épouser, mais qui ne la connaît pas, une jeune et riche Parisienne se présente à lui déguisée en faux chevalier. Elle découvre alors qu'il doit se marier avec une comtesse envers qui il a contracté des dettes. Pour éviter à Lélio d'avoir à rompre ce mariage et payer dix mille livres de dédit, le faux chevalier courtise la comtesse, puis la vérité sur son sexe se trouve révélée : le faux chevalier se fait finalement passer pour la suivante de la comtesse.

Texte en ligne de La Fausse Suivante

" Je suis fille, assez jolie, comme vous voyez... Et par dessus le marché, presque aussi méchante que vous.'
'La Fausse Suivante' raconte l'histoire d'une équipée sauvage, celle du Chevalier, fille travestie en garçon, qui voyage de l'autre côté du miroir où se trouve le Monde vrai, un monde toujours caché aux femmes = Guerre des sexes ?)
(voir pour reference)

1) Commentaire:
« La Fausse Suivante » de Marivaux = pièce moderne
À l’occasion de l’entrée de la pièce au répertoire, Bernard Dort écrivait, en 1991, dans la revue de la Comédie-Française : « Comme toujours chez Marivaux, la Fausse Suivante est une éducation : une éducation par l’amour, mais, cette fois, il s’agit d’une éducation sauvage, presque brute, où le désir compte plus que les sentiments. »
Le Chevalier, à l’abri sous son travesti, est « l’une des plus singulières parmi les héroïnes de Marivaux : sa liberté entre les deux sexes est éblouissante ; elle est aussi féroce. Elle vise tout le monde, hommes et femmes, valets et maîtres. C’est celle, momentanée, d’un Ange exterminateur. Une fois sa mission accomplie, il, redevenu elle, rentrera dans le rang. Son “éducation amoureuse n’a point fait de quartier” ».

Est-ce ce dénouement sans joie, cette lumière crue jetée sur les rapports d’argent, de sexe et de pouvoir qui, entre autres raisons, éloigna pour deux cents ans la pièce de la scène ? C’est en tout cas cette « modernité » qui la fit renaître à partir du milieu du xxe siècle. Ce sont quelques-unes des étapes marquantes de cette renaissance qui sont ici retracées, depuis la création de la pièce par les Comédiens-Italiens jusqu’à son entrée au répertoire de la Comédie-Française.

Ainsi que l’écrit Michel Gilot (l’Esthétique de Marivaux, 1998), ce que nous retiendrons de ce parcours, c’est ce que Marivaux a puisé dans la tradition des Italiens : « La manifestation toujours renouvelée d’un allant et d’une rage de vivre omniprésents chez ses personnages, même dans celles de ses pièces qu’on pourrait définir comme une commedia dell’arte des profondeurs du cœur. »
(Voir pour reference)

2)
Commentaire
dans Lemagazine.info ( JC Poizat, le 26 janvier 2007)
Mélange détonnant de poker menteur, de bal costumé tragi-comique et de thriller sentimental, La Fausse suivante de Marivaux, dans la mise en scène d’Elisabeth Chailloux, se révèle d’une incroyable modernité. Dans cette pièce de 1724, Marivaux se fait visionnaire en décrivant un monde qui se délite et se décompose… un monde curieusement proche du nôtre !

La Fausse suivante raconte l’histoire du « Chevalier », une femme aristocrate qui s’est déguisée en homme pour tenter de mieux connaître les intentions de Lélio, un noble arriviste auquel elle doit se marier. Elle découvrira bien vite que ce dernier, Don Juan sans panache, est déjà engagé auprès d’une comtesse avec laquelle il a signé un dédit, sorte d’avenant à leur promesse de mariage selon lequel le premier qui trahit l’autre doit lui verser en dédommagement une rente de plusieurs milliers de livres. Ainsi, c’est en suivant les complots ourdis par une femme travestie que nous découvrirons peu à peu les noires intentions de l’âme masculine, l’égoïsme froid et calculateur d’un homme pour qui une Comtesse "vaut" moins qu’un Chevalier.

Le jeu dangereux des apparences
Bien loin d’un « marivaudage » convenu, la Fausse Suivante reprend les thèmes essentiels du théâtre de Marivaux et rappelle que le dangereux jeu des apparences apparaît quelquefois comme le plus sûr moyen de démasquer la vérité des sentiments. Par delà l’interprétation très maîtrisée des comédiens, cette pièce enlevée et subtile invite à suivre une seconde intrigue, plus abstraite, où les idées dansent toutes ensemble, en un véritable ballet philosophique, et où la vérité donne la réplique au mensonge, l’être au paraître, l’amour à l’égoïsme.

Par ses choix de mise en scène (des costumes intemporels, un décor vidéo), Elisabeth Chailloux a d’abord voulu souligner l’actualité de la pièce, tandis que le jeu des acteurs rend au texte de Marivaux sa première jeunesse. Adel Hakim, notamment, campe un Trivelin gouailleur qui ressemble à s’y méprendre à nos SDF contemporains, et dont la diction flirte parfois avec la rythmique du slam - sans jamais dénaturer le texte original. Il faut dire que le monde que dépeint la pièce de Marivaux n’est pas dénué de ressemblances avec le nôtre, et du culte de l’apparence qui le caractérise... Que deviendrait une société entièrement vouée au cynisme et à l’hypocrisie, dont le vernis social craquerait de toutes parts et qui laisserait libre cours à l’expression des égoïsmes individuels, au mépris de toute bienséance et de toute humanité ? Voilà la question que Marivaux semble poser. Aucun personnage de la pièce n’est véritablement sympathique ou rassurant, qu’il s’agisse des valets, Trivelin, Frontin ou Arlequin, pleins de vices et de débauche, ou bien des maîtres, le Chevalier, la Comtesse ou Lélio, en proie à la confusion des sexes, des sentiments et des valeurs. Le personnage central, en particulier, cette fameuse « fausse suivante », se révèle être une sorte d’ange de l’apocalypse, provoquant la crise et l’hystérie chez tous ceux qui croisent son chemin. Lorsqu’elle lance à Lélio : « je suis fille assez jolie, comme vous voyez, et par-dessus le marché, presque aussi méchante que vous », on comprend que toute cette histoire finira bien mal pour tout ce petit monde. = déclaration de guerre des sexes. JC Poizat, le 26 janvier 2007

La fausse suivante (ou le fourbe puni) de Marivaux, production Théâtre des quartiers d’Ivry, mise en scène Elisabeth Chailloux, direction musicale Bernard Gabay, avec Valérie Crunchant, David Gouhier, Bernard Gabay, Adel Hakim, Natalie Royer, Charlie Windelschmidt, Emmanuel Benito, Elise Chatauret, Paul-Victor Vettes. Jusqu’4 février 2007. Réservations au : 01 43 90 11 11.

3)
Commentaire sur le film. Avec Isabelle Huppert, Sandrine Kiberlain, Pierre Arditi, Mathieu Amalric, Alexandre Soulié, Philippe Vieux.

Une pièce de théâtre peut-elle faire un bon film ? Assurément oui, si on en juge par la qualité de La Fausse Suivante, le dernier film de Benoît Jacquot. Mais qu'on ne se méprenne pas sur l'adaptation proposée : le cinéaste aurait pu choisir de reconstituer une époque en décors naturels, ou de transposer l'intrigue dans notre monde contemporain. Au lieu de cela, il met en scène la pièce au théâtre, dans un théâtre, en en investissant la scène mais aussi la salle (vide) et les coulisses, étendant ainsi l'espace scénique au lieu tout entier. Ce procédé est un rappel constant de la caractéristique du théâtre : ce que nous contemplons est du domaine de l'artifice et de l'illusion. La mise en abîme est d'autant plus efficace que la trame même de cette comédie d'intrigue repose sur la tromperie et la mascarade.
Une demoiselle de bonne famille est promise en mariage à Lélio. Elle ne le connaît pas et afin de sonder son caractère, se travestit en chevalier et se lie d'amitié avec lui. Le jeune homme croit avoir affaire à un homme et ouvre son coeur : il dévoile qu'il veut rompre avec sa maîtresse, une comtesse capricieuse, mais moins fortunée que la jeune fille qu'on lui propose d'épouser. Il demande alors à son "ami" de séduire la comtesse et d'ainsi l'en débarrasser ...
Chacun y va de sa petite intrigue, de ses pièges et les masques tombent peu à peu, révélant ainsi les désirs véritables de chacun des personnages :
Trivelin, le nouveau valet du chevalier, sarcastique et philosophe, tombe sous le charme de son 'maître', mais montre aussi son avidité.
L'appât du gain prédomine aussi chez le valet de Lélio, Arlequin, dont les mimiques et la gestuelle nous rappellent qu'il est issu de la comédie italienne.
L'attrait de l'argent vaut aussi chez les maîtres : Lélio se retrouve dupe (en amour et en argent) en voulant duper la comtesse, qui est perçue comme volage, et son inconstance la perdra, malgré le raffinement de ses sentiments. Le chevalier, pivot des intrigues, est obstiné et rusé, et n'aura de cesse que de démasquer Lélio, qui brille davantage par sa fourberie (même envers les valets) que par la beauté de ses sentiments.

Le jeu des acteurs est rythmé, vif, et jamais une scène ne s'étiole, et la sensation d'être avec eux dans ce théâtre est renforcée par les nombreux gros plans fixes sur les visages. On l'aura compris, le décor, excepté ce théâtre, est inexistant et le réalisateur préfère mettre en valeur le texte et les mécanismes des sentiments. Sous le langage fleuri et précieux, affleure un ton résolument moderne : les femmes ne souhaitent pas faire de mariages sans amour et la jeune fille est prête à tout pour connaître son mari, même changer (temporairement) de sexe ; les différences sociales, qui ne disparaissent jamais complètement (nous sommes sous l'Ancien Régime, ne l'oublions pas), ont néanmoins tendance à s'estomper sous l'effet des multiples métamorphoses du personnage central : chevalier, jeune fille riche, servante, selon le personnage qui lui donne la réplique.
Mais contrairement aux comédies d'amour de Marivaux, les masques qui tombent révèlent une réalité peu plaisante et glaçante, une réalité qui se reflète magnifiquement sur le visage défait de la comtesse : la farce a ses limites et l'illusion ne peut durer que le temps d'un jeu subtil mais cruel.
B.Longre (voir pour reference)


4) Commentaire sur film
La fausse suivante (2000) de Benoît Jacquot, fut vraiment pour moi une bonne surprise car je dois bien avouer que je ne m’attendais pas à tant aimer cette transcription au cinéma d’une pièce de Marivaux, filmée dans un théâtre vide. La forme est originale puisque Benoît Jacquot utilise aussi bien la scène de ce théâtre vide que les coulisses et même la salle. Sandrine Kimberlain est parfaitement charmante et interprète à merveille ce rôle de jeune fille déguisée en homme. Les autres acteurs semblent tout autant pénétrés par leur personnage même si Isabelle Huppert paraît un peu en retrait, assez distante. Le texte de Marivaux est splendide et pétillant. Du pur plaisir.
(voir pour reference)