Les caprices de Marianne


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Résumé, contexte de l'oeuvre, réception et personages principaux
Pub pour la pièce au théatre des Cinq Diamants

 

Résumé 1
Octave, bohème et liberti
(
débauché, toujours au bord de la vulgarité, ivre en permanence) plaide auprès de Marianne
(une jeune bigote aux sens en éveil, déchirée, écartelée entre une dévotion fervente et le feu du désir) sa cousine par alliance, la cause de son ami, le timide Coelio.
Mais au lieu de l'interesser à Coelio, Octave attire l’amour de la jeune femme sur lui.
Elle lui offre un rendez-vous, et il s’efface pour en faire bénéficier son ami. mais il le fait ainsi tomber dans le guet-apens tendu par Claudio, le mari jaloux.
Le badinage s’assombrit et la comédie vire au tragique.

Résumé 2
Marianne, à peine sortie du couvent, épouse Claudio, un juge austère. Elle passe sa vie entre sa maison et l'église.


Coelio, un jeune homme romantique, sensible,timide, romanesque et fragile croise son chemin et tombe éperduement amoureux d'elle.
Toutes ses tentatives de l'aborder n'aboutissant qu'a des échecs. Il demande l'aide de son meilleur ami, Octave.

Octave, bohème et libertin, a soif de femmes, d'alcools et de fêtes. Il accepte d'aider son ami et de parler à la belle Marianne, sa cousine par alliance, la cause de son ami.
Mais il n'obtient d'autre résultat que d'intéresser la jeune femme en sa propre faveur. Par "caprice", elle lui offre un rendez-vous.

Octave alors s'efface au profit de Coelio, mais il le fait ainsi tomber dans le guet-apens tendu par Claudio, le mari jaloux.

Coelio meurt en maudissant Octave.

 

Analyse
Il s’agit d’une pure tragédie: dès le début les trois personnages vont à leur perte. Dès la première scène Coelio a le pressentiment qu’Octave va le tromper. Quant à Claudio, dès ses premières paroles, il avoue sa jalousie et son intention de tuer. Il y a donc le destin qui se met en mouvement d’entrée de jeu.

Ces trois jeunes gens sont l’incarnation de ce qu’était la jeunesse de cette époque, une jeunesse désillusionnée, sans idéal, sans Dieu ni foi, dans un siècle qui ne leur offrait aucune perspective.

Musset dans la Confession d’un enfant du siècle, Musset explique que
les générations de leurs pères et grands-pères ont fait la Révolution, se sont exaltés pour l’Empire, alors qu’eux voient se restaurer la monarchie, accompagnée désormais d’un capitalisme d’affaires des plus immoral.

Ces jeunes gens ne savent même plus ce qu’aimer veut dire. Ils sont en cela très proches des adolescents d’aujourd’hui, déboussolés, sans repères et incapables d’imaginer ce que peut leur réserver l’avenir.

De plus, quand il écrit Les Caprices de Marianne, Musset a 23 ans, il vient de perdre son père, et des épidémies de choléra déciment une partie de la France.

 Dans cette petite pièce Musset se livre à travers le dédoublement de personnalité que représentent les deux personnages de Coelio et Octave.

Octave incarne la partie de lui-meme qui aime la débauche, la terre, le feu... Coelio incarne la partie de lui-meme qui a soif d’idéal, de ciel, d’eau…

Le romantisme des Caprices de Marianne est comme une façon de vivre plus que comme un courant littéraire: désespéré, sauvage, brutal, totalement perdu, et nourri d’amour et de mort.

 

Drame de l'amitié autant que drame de l'amour, les Caprices de Marianne sont surtout le drame de l'identité perdue :
Coelio est le double d'Octave ;
Octave est "une autre Marianne", et
Marianne, en définitive, n'est pas la "mince poupée" que l'on croyait au début.
Le chassé-croisé des personnages, divaguant comme Octave toujours ivre, errant comme Coelio définitivement perdu dans ses rêves, ou trottant comme Marianne allant et venant de chez elle à l'église au rythme des heures canoniales, fait du caprice la figure même d'un destin cruel et absurde. D'une ironie toute tragique, cette "comédie" conclut à l'impossibilité d'aimer et de vivre.

   

 

Octave

Figure-toi un danseur de corde, en brodequins d'argent, le balancier au poing, suspendu entre le ciel et la terre ; à droite et à gauche, de vieilles petites figures racornies, de maigres et pâles fantômes, des créanciers agiles, des parents et des courtisans ; toute une légion de monstres se suspendent à son manteau et le tiraillent de tous côtés pour lui faire perdre l'équilibre ; des phrases redondantes, de grands mots enchâssés cavalcadent autour de lui ; une nuée de prédictions sinistres l'aveugle de ses ailes noires. il continue sa course légère de l'orient à l'occident. S'il regarde en bas, la tête lui tourne ; s'il regarde en haut, le pied lui manque. Il va plus vite que le vent, et toutes les mains tendues autour de lui ne lui feront pas renverser une goutte de la coupe joyeuse qu'il porte à la sienne, voilà ma vie, mon cher ami ; c'est ma fidèle image que tu vois.

moi, mon caractère est d'être ivre ; ma façon de penser est de me laisser faire, et je parlerais au roi en ce moment, comme je vais parler à ta belle.

Je suis comme un homme qui tient la banque d'un pharaon pour le compte d'un autre, et qui a la veine contre lui ; il noierait plutôt son meilleur ami que de céder, et la colère de perdre avec l'argent d'autrui l'enflamme cent fois plus que ne le ferait sa propre ruine.

 

Amoureux plus que jamais du vin de Chypre

Marianne est une bégueule ; je ne sais trop ce qu'elle m'a dit ce matin, je suis resté comme une brute sans pouvoir lui répondre. Allons ! n'y pense plus, voilà qui est convenu et que le ciel m'écrase si je lui adresse jamais la parole ! Du courage, Coelio, n'y pense plus.

Citations pour comprendre mariane, Octave et Coelio

MARIANE


L'indifférence. Vous ne pouvez aimer ni haïr, et vous êtes comme les roses du Bengale, Marianne, sans épines et sans parfum (Octave)

(sur la réputation)
Est-ce que vous ne plaignez pas le sort des femmes? voyez un peu ce qui m'arrive : il est décrété par le sort que Coelio m'aime, ou qu'il croit m'aimer, lequel Coelio le dit à ses amis, lesquels amis décrètent à leur tour que, sous peine de mort, je serai sa maîtresse. La jeunesse napolitaine daigne m'envoyer en votre personne un digne représentant chargé de me faire savoir que j'ai à aimer ledit seigneur Coelio d'ici à une huitaine de jours. Pesez cela, je vous en prie. Si je me rends, que dira-t-on de moi ? N'est-ce pas une femme bien abjecte que celle qui obéit à point nommé, à l'heure convenue, à une pareille proposition ? Ne va-t-on pas la déchirer à belles dents, la montrer au doigt et faire de son nom le refrain d'une chanson à boire ? Si elle refuse, au contraire, est-il un monstre qui lui soit comparable ? Est-il une statue plus froide qu'elle, et l'homme qui lui parle, qui ose l'arrêter en place publique son livre de messe à la main, n'a-t-il pas le droit de lui dire : vous êtes une rose du Bengale fans épines et sans parfum ?
N'est-ce pas une chose bien ridicule que l'honnêteté et la foi jurée ? que l'éducation d'une fille, la fierté d'un coeur qui s'est figuré qu'il vaut quelque chose, et qu'avant de jeter au vent la poussière de sa fleur chérie, il faut que le calice en soit baigné de larmes, épanoui par quelques rayons de soleil, entre ouvert par une main délicate ? Tout cela n'est-il pas un rêve, une bulle de savon qui, au premier soupir d'un cavalier à la mode, doit s'évaporer dans les airs ?
L'occupation d'un moment, une coupe fragile qui renferme une goutte de rosée, qu'on porte à ses lèvres et qu'on jette par-dessus son épaule. Une femme ! c'est une partie de plaisir ! Ne pourrait-on pas dire, quand on en rencontre une : voilà une belle nuit qui passe ? Et ne serait-ce pas un grand écolier en de telles matières que celui qui baisserait les yeux devant elle, qui se dirait tout bas :
“ voilà peut-être le bonheur d'une vie entière ”, et qui la laisserait passer ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Je croyais qu'il en était du vin comme des femmes. Une femme n'est-elle pas aussi un vase précieux, scellé comme ce flacon de cristal ? Ne renferme-t-elle pas une ivresse grossière ou divine, selon sa force et sa valeur ?
Et n'y a-t-il pas parmi elles le vin du peuple et les larmes du Christ ?

Quel misérable coeur est-ce donc que le vôtre, pour que vos lèvres lui fassent la leçon ? vous ne boiriez pas le vin que boit le peuple, vous aimez les femmes qu'il aime ; l'esprit généreux et poétique de ce flacon doré, ces sucs merveilleux que la lave du Vésuve a cuvés sous son ardent soleil, vous conduiront chancelant et sans force dans les bras d'une fille de joie ; vous rougiriez de boire un vin grossier ; votre gorge se soulèverait. Ah ! vos lèvres sont délicates, mais votre coeur s'enivre à bon marché.

Deux mots, de grâce, belle Marianne, et ma réponse sera courte. Combien de temps pensez-vous qu'il faille faire la cour à la bouteille que vous voyez pour obtenir ses faveurs ? Elle est, comme vous dites, toute pleine d'un esprit céleste et le vin du peuple lui ressemble aussi peu qu'un paysan ressemble à son seigneur. Cependant, regardez comme elle se laisse faire ! - Elle n'a reçu, j'imagine, aucune éducation, elle n'a aucun principe; vous voyez comme elle est bonne fille ! Un mot a suffi pour la faire sortir du couvent ; toute poudreuse encore, elle s'en est échappée pour me donner un quart d'heure d'oubli, et mourir. Sa couronne virginale, empourprée de cire odorante, est aussitôt tombée en poussière, et, je ne puis vous le cacher, elle a failli passer tout entière sur mes lèvres dans la chaleur de son premier baiser.

Elle n'en vaut ni plus ni moins. Elle sait qu'elle est bonne à boire et qu'elle est faite pour être bue. Dieu n'en a pas caché la source au sommet d'un pic inabordable, au fond d'une caverne profonde ; il l'a suspendue en grappes dorées au bord de nos chemins ; elle y fait le métier des courtisanes ; elle y effleure la main du passant ; elle y étale aux rayons du soleil sa gorge rebondie, et toute une cour d'abeilles et de frelons murmure autour d'elle matin et soir. Le voyageur dévoré de soif peut se coucher sous ses rameaux verts ; jamais elle ne l'a laissé languir, jamais elle ne lui a refusé les douces larmes dont son coeur est plein. Ah ! Marianne, c'est un don fatal que la beauté ! - La sagesse dont elle se vante est soeur de l'avarice, et il y a plus de miséricorde dans le ciel pour ses faiblesses que pour sa cruauté.

(Octave)
O femme trois fois femme! Coelio vous déplaît, - mais le premier venu vous plaira. L'homme qui vous aime depuis un mois, qui s'attache à vos pas, qui mourrait de bon coeur sur un mot de votre bouche, celui-là vous déplaît ! il est jeune, beau, riche et digne en tout point de vous ; mais il vous déplaît ! et le premier venu vous plaira ! .

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

COELIO

il me manque le repos, la douce insouciance qui fait de la vie un miroir où tous les objets se peignent un instant et sur lequel tout glisse. Une dette pour moi est un remords. L'amour, dont vous autres vous faites un passe-temps, trouble ma vie entière. O mon ami, tu ignoreras toujours ce que c'est qu'aimer comme moi ! Mon cabinet d'étude est désert ; depuis un mois j'erre autour de cette maison la nuit et le jour. Quel charme j'éprouve, au lever de la lune, à conduire sous ces petits arbres, au fond de cette place, mon choeur modeste de musiciens, à marquer moi-même la mesure, à les entendre chanter la beauté de Marianne ! Jamais elle n'a paru à sa fenêtre ; jamais elle n'est venue appuyer son front charmant sur sa jalousie.

Ah ! malheureux que je suis, je n'ai plus qu'à mourir ! Ah ! la plus cruelle de toutes les femmes !

Malheur à celui qui, au milieu de la jeunesse, s'abandonne à un amour sans espoir ! Malheur à celui qui se livre à une douce rêverie avant de savoir où sa chimère le mène et s'il peut être payé de retour ! Mollement couché dans une barque, il s'éloigne peu à peu de la rive, il aperçoit au loin des plaines enchantées, de vertes prairies et le mirage léger de son Eldorado. Les vents l'entraînent en silence et, quand la réalité le réveille, il est aussi loin du but où il aspire que du rivage qu'il a quitté ; il ne peut ni poursuivre sa route ni revenir sur ses pas.

cette gracieuse mélancolie

Amoureux plus que jamais de la belle Marianne

Ah ! que je fusse né dans le temps des tournois et des batailles! Qu'il m'eût été permis de porter les couleurs de Marianne et de les teindre de mon sang ! Qu'on m'eût donné un rival à combattre, une armée entière à défier ! Que le sacrifice de ma vie eût pu lui être utile ! Je sais agir, mais je ne puis parler. Ma langue ne sert point mon coeur, et je mourrai sans m'être fait comprendre, comme un muet dans une prison.

(Octave)Ah ! si vous saviez sur quel autel sacré vous êtes adorée comme un dieu ! vous, si belle, si jeune, si pure encore, livrée à un vieillard qui n'a plus de sens et qui n'a jamais eu de coeur ! Si vous saviez quel trésor de bonheur, quelle mine féconde repose en vous ! en lui ! dans cette fraîche aurore de jeunesse, dans cette rosée céleste de la vie, dans ce premier accord de deux âmes jumelles ! Je ne vous parle pas de sa souffrance, de cette douce et triste mélancolie qui ne s'est jamais lassée de vos rigueurs, et qui en mourrait sans se plaindre.
Oui, Marianne, il en mourra. Que puis-je vous dire?


Qu'inventerais-je pour donner à mes paroles la force qui leur manque ? Je ne sais pas le langage de l'amour. Regardez dans votre âme ; c'est elle qui peut vous parler de la sienne. Y a-t-il un pouvoir capable de vous toucher ? vous qui savez supplier Dieu, existe-t-il une prière qui puisse rendre ce dont mon coeur est plein ?

O mort ! puisque tu es là, viens donc à mon secours. Octave, traître Octave ! puisse mon sang retomber sur toi ! Puisque tu savais quel sort m'attendait ici, et que tu m'y as envoyé à ta place, tu seras satisfait dans ton désir. O mort ! je t'ouvre les bras ; voici le terme de mes maux.