Le libertinage

(d'apres http://www.alalettre.com/laclos-oeuvres-liaisons-dangereuses.php#1.%20Le%20titre%C2%A0:)

" J’ai bien besoin d’avoir cette femme pour me sauver du ridicule d’en être amoureux. ", dit le Vicomte de Valmont à la Marquise de Merteuil dans la lettre 4

Le libertinage est une revendication de liberté par rapport aux mœurs et à la religion.
Au XVIIème le libertinage est " érudit " et critique le pouvoir de la religion. Les libertins de cette époque sont des savants, des érudits, des philosophes, tels que Gassendi, Naudé et Cyrano de Bergerac.

Au XVIIIème siècle, les philosophes des Lumières rcontinuent le libertinage érudit, tandis que se développe parallèlement un libertinage des mœurs dont le Regent. ( Voir le film “Que la fete commence”

Valmont et Merteuil sont des libertins, aux mœurs légères, ils séduisent, perdent leurs victimes, avec adresse et sans remord. La séduction passe par la réflexion, la conquête se fait militaire ou guerrière.

Mais la guerre des sexes détermine deux modes de combat : Valmont est un séducteur redoutable, il recherche les coups d’éclat pour les faire connaître, et chaque séduction nouvelle ajoute à son " mérite ". Selon les mots de Mme de Merteuil : " Combattant sans risque, vous devez agir sans précaution. Pour vous autres hommes, les défaites ne sont que des succès de moins. " (lettre 81)

Mme de Merteuil, au contraire, parce que femme, doit manœuvrer dans l’ombre. Elle déclare la guerre aux hommes dans la lettre 81 : " née pour venger mon sexe et maîtriser le vôtre, j’a[i] su me créer des moyens inconnus jusqu’à moi. " C’est grâce à un immense travail sur elle-même qu’elle devient une femme de tête, réussissant à conserver son indépendance, ses amants et son inattaquable réputation.

Les Liaisons dangereuses de Laclos est une œuvre dans la tradition du libertinage de mœurs, représenté par Richardson, Crébillon fils, et Diderot dans Les Bijoux indiscrets.

Mais Laclos n’est pas Sade et Les Liaisons dangereuses ne tombent jamais dans la débauche.
Ce qui compte dans l’œuvre de Laclos, ce n’est pas l’acte, c’est son récit, et ses conséquences.

Lorsque Valmont viole Cécile, et en fait le récit à Mme de Merteuil, et au lecteur indiscret, il ne sombre pas dans les détails crapuleux ou le vocabulaire spécialisé.

Il songe à composer un " catéchisme de débauche " pour on écolière " (lettre 110), mais le lecteur ne verra jamais cet ouvrage.

Les scènes qui pourraient être sensuelles (le viol de la naïve Cécile, celui de la prude Présidente, la rédaction d’une lettre d’amour à la Présidente sur une femme transformée en pupitre (voir le bas de la lettre 47), les soirées de " petite maison " de la Marquise de Merteuil, (voir lettre 10, de Merteuil à Valmont), le stratagème de Valmont pour obtenir le contenu des poches de la Présidente, raconté dans la lettre 44, ou l’éducation sexuelle de la Marquise de Merteuil, relatée dans la lettre 81) sont narrées à l’aide de sous-entendus, et d’euphémismes.

Le libertinage est plus intellectuel que sensuel dans Les Liaisons dangereuses, et le terme n’apparaît qu’une fois dans l’œuvre, sous la plume de la Marquise de Merteuil, et dans le tour " libertinage d’esprit ".

Le roman de Laclos est un roman d’analyse. Les Lumières ont passé par là, et la séduction profite des progrès de la science, des connaissances, de l’étude de l’homme sous tous ses aspects. Que l’on se reporte à la lettre 81 de la Marquise de Merteuil : elle a lu des romanciers, des philosophes, des moralistes, afin d’étudier la nature humaine, pour la mieux manipuler.

QUESTIONS à préparer

  1. Peut-on considérer que c’est Mme de Merteuil qui triomphe, en obtenant la mort de Valmont qui meurt noblement en duel, alors qu'elle perd sa réputation?
  2. Malgré son image de libertin jouisseur, blasé et froid, Valmont était-il amoureux de Mme de Merteuil, et jaloux de ses amants, ?
  3. Valmont aurait-il pu se convertir à l’amour dans les bras de la Présidente et abjurer le libertinage ?
    Mme de Merteuil et Valmont ont-ils jamais été alliés ? Ne sont-ils pas plutôt d’éternels rivau, qui rêvent de se mettre à mort, dès le début ?
  4. Qui est le véritable héros du roman ? Est-ce Mme de Merteuil, parce qu’elle est la plus machiavélique, est-ce Mme de Tourvel, parce qu’elle est la plus pure, ou est-ce Valmont, parce qu’il est le personnage le plus ambigu ?