Boumkoeur

Kara Angèle Pressley

Julie Morris

Mary Ellen Kastrinakis

Christine Karoczhai

Immigration in Postwar FranceL

les questions de l'immigration

 

le cinema verite du Hip HOp français

Introduction à l'argot et verlan

Poemes de banlieue en verlan

Double culture

J'neco ap La Marseillaise
Mais c'est ici que je mange mes fraises
Au deblé, j'suis céfran
Et j'suis robeu en cefran
Kéblo entre ici et là-bas
Des fois j'ai envie de me séca
Mais c'est près d'Paris qu'j'ai grandi
Et l'Algérie j'l'ai tchav' quand j'étais p'tit
Alors où j'me vétrou?
J'me sens perdu, c'est chelou
Fierté d'être un djez à Paris
Tous les soirs, c'est Allah que je prie
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Ma téci
J'kif ma téci,
Pour moi c'est mon lagevi
Mais attention à toi si t'as pas de cevi
Car les dulars, ici, sont sans tiépi.
Mélange de ceras, échanges culturels,
Délires en pagaille, une petite dose de charnelles,
Oui, les moments vécus ici c'est d'la balle,
Et quand j'suis loin d'ma banlieue j'ai la dalle ...
Solidarité, fraternité et amitié,
Voici ce que nous apprend la vie de béton,
J'peux vous l'garantir sur facture: c'est canon!

Trafic de mots en banlieue: DE NIQUE TA MERE au PLAIT-T'IL

Yo a tous les rappeurs et les killeurs de mots

 

Pris sur le site du Nouvel Observateur Paris-Ile-de-France

VITRY-SUR-SEINE (94)
Rap a dit : sismique banlieue sud
Le groupe de rap 113 est de retour. Deux ans après le triomphe des «Princes de la ville» - 500000 albums, deux victoires de la musique -, les trois musiciens nickelés de Vitry signent un nouvel opus : «113 fout la merde» (Sony). Dans une chambre du Terminus Nord, ils nous ont accordé un long entretien. Dialogue sous tension.
 
Le Nouvel Observateur Paris-Ile-de-France . – Dans vos textes, Vitry revient comme le héros de votre histoire.
Karim. – Notre musique est inspirée de notre vécu: le quotidien vitriot vu du 113 rue Camille-Groult, notre cité. Mais nos paroles résonnent au-delà. Certaines lettres nous viennent du fin fond de la Bretagne.
Mokobé.– Vitry, comment dire? Une ville de banlieue rouge où chaque immeuble est zone sismique. Où les familles entassées ne trouvent pas de logements décents. Où l’association du quartier 113développement [soutien scolaire, club de sport...] a dû fermer, faute de subventions. Où le nouveau maire est l’ancien directeur de l’OPHLM, et le nouveau directeur, l’ancien maire. Une ville sous monarchie communiste, nouvelle époque.
Yohann.– La municipalité a claqué Xmillions pour poser un monument sur le carrefour de la Libération. Une statue de Dubuffet, paraît-il. Un «truc» de 14mètres de haut, rouge, blanc, bleu... Avec cet argent, ils auraient pu ouvrir le local pour les jeunes.
– La spécialité de Vitry, dans l’imagerie banlieusarde, c’est le braquage.
Karim. – Dans les chiffres, il y a sûrement autant de braqueurs à Montreuil qu’à Vitry. Mais les réputations...
Mokobé. – Moi je préfère une banlieue de braqueurs à une ville de pédophiles. Vitry est légendaire pour les casses, Montreuil, pour le vol de voitures, et alors? Comment c’est venu? Mystère. Ce n’est pas le vieux sage qui a fait le tour des cités avec sa canne en disant aux plus jeunes: «Les enfants, vous serez braqueurs.» Si ça braque, c’est que ça devait se passer comme ça.
– Dans votre nouvel album, vous citez deux braqueurs : Albert Spaggiari et François Besse. La griffe locale ?
Mokobé. – Soyons clairs: il y a ici une fascination mais ce n’est pas du fanatisme. Le gars qui prend de l’oseille aux banques sans tirer un coup de feu, c’est… un mec, quoi! Un gentleman, version banlieusarde.
– Et Charlie Bauer ? Il se dit que l’ex-compagnon de Mesrine participerait à des ateliers philosophiques auprès des jeunes de Vitry...
Mokobé. – Arrêtez le délire, qu’est-ce que vous voulez que je réponde à cela? Si vous trouvez un mec de Vitry pour déclarer publiquement que Charlie Bauer prend son café avec lui, faut me le présenter!
– Le milieu vitriot est régulièrement secoué par des histoires tragiques. Comme ce 26décembre, où D. B. (1) était abattu par la police lors d’une cambriole manquée. Il vivait cité Robespierre.
Karim. – Paix à son âme. Notre nouvel album lui est dédié. Pour D. B., notre opinion est faite: c’était une bavure policière. Quand la nouvelle de sa mort est tombée, on était en studio. Le choc. Impossible de bosser après cela.
Mokobé. – Dans ces moments, il y en a beaucoup qui ont envie de se mêler à la foule et de tout casser. Nous, notre album, on l’a appelé «113 fout la merde».
Yohann .– Nos paroles racontent le quartier. Dans sa vérité. Mais notre disque, ce n’est pas le guide du braqueur. Vous achetez un CD, pas un sac à dos avec la grenade dans une poche et la canne à pêche dans l’autre.
– Vous êtes membre de la Mafia K’1 Fry [mafia cainfri, africaine], un collectif musical issu de trois villes en enfilade: Choisy, Vitry et Orly. Pourquoi cette association?
Karim .– Les trois villes sont reliées par le bus183. Et la seule MJC digne de ce nom se situe au bout de la ligne, à Orly. Depuis des années, c’est là que la jeunesse se retrouve pour rapper, danser, écrire des textes. Par le hasard du 183, il s’est créé une communauté urbaine, rebaptisée Mafia K’1 Fry.
Mokobé .– Pour beaucoup de jeunes, la Mafia K’1 Fry constitue le deuxième cercle, après la cité. Ce qui explique pourquoi, chez nous, les violences sont rares entre quartiers. Elles existent, d’accord, mais on est loin des guerres de religions. Les vrais dingues, ils sont à la campagne. Vous savez, l’histoire du mec qui met un coup de fourche à son voisin pour venger son tracteur brûlé.
Yohann .– Au sein de la Mafia K’1 Fry, le contrat moral est fondé sur l’entraide, la solidarité de ses membres. Chaque artiste propose à l’autre de rapper sur son album. A la fin, tout le monde «croque». C’est le sens italien de mafia: la famille. Mais on n’est pas des gangsters à gomina qui se réunissent chez la mamma, mangent des pâtes au thon et partent faire un casse.
– Quels sont les codes de votre famille?
Karim. – A Vitry, plusieurs expressions circulent en boucle. Il y a «ouais gros» pour se saluer dans la rue, «ma gueule» ou «ma couille», sortes de diminutifs pour les «potos». Actuellement, c’est le mot «paro», paranoïaque, qui revient le plus souvent. L’origine de ces termes, ici, personne ne la connaît. Poto, je croyais que ça venait de Vitry jusqu’au jour où je l’ai entendu dans la bouche de Jean Gabin. Chaque quartier a sa couleur. Mais dans le fond, c’est pareil partout. L’immigration, les HLM bousillés, l’ennui…
– D’où le succès de vos morceaux, qui sont comme des contes de la banlieue sud…
Mokobé.– Le hasard a fait que nous représentions trois grandes communautés françaises: Karim l’Algérie, Yohann les Antilles, et moi le Mali. Trois cultures, une banlieue.
Karim. – Ouais, tous dans la même barque. Les parents ouvriers dans les travaux publics, les expulsions, la colonisation, mais aussi la chaleur humaine, les youyous et les sifflets: moi, je pue l’immigration comme une vieille cassette de raï. Mais quand je vois mon cousin en Kabylie, je me dis: «C’est moi, mais là-bas. Mon double. Et au bled, c’est cent fois pire. Alors je ne vais pas me plaindre d’être à Vitry.»
– Dans vos clips, vous portez des blousons de cuir estampillés Mafia K’1 Fry, des sweats au logo d’African Armure. Les fringues de la famille?
Mokobé. – Les sapes sont fabriquées par Papou, un ami d’enfance. Elles sont en vente libre à Châtelet. Promis, on ne va pas se mettre derrière chaque client pour vérifier s’il habite à Vitry. Et si demain African Armure vend 50000sweat-shirts dans le 16e, on sera super-contents. C’est du business, le prêt-à-porter. Et pour la Mafia K’1 Fry, c’est normal de faire de la retape pour les potos.
– Le rappeur Kery James a dédié son album à L. A. S., l’un de vos proches, victime d’un crime innommable (2)...
Mokobé. – Stop. On arrête ici. Ce souvenir-là, c’est le coup de couteau dans le cœur. 
Propos recueillis par Olivier Bouchara
(1) Le jeune homme, 21ans, tentait de braquer l’agence BNP de Neuilly-sur-Marne (93). A la suite de son décès, Vitry-sur-Seine a connu cinq nuits d’échauffourées au cours desquelles 63véhicules furent incendiés.
(2) Le corps du jeune homme a été retrouvé calciné et émasculé.