le chagrin et la pitié
A l'aide d'images d'archives et en donnant la parole à des habitants de Clermont-Ferrand et à des personnages - anonymes ou célèbres, français ou étrangers - qui vécurent diversement l'Occupation, Marcel Ophüls et André Harris ont levé le tabou qui pesait sur le comportement de la France et des Français durant ces années noires, et brisé à jamais l'imagerie d'Epinal d'une nation fière et digne, unie contre l'occupant.
Dans Le Chagrin et la Pitié, grand classique du documentaire, Marcel Ophuls démonte, à travers la chronique de Clermont-Ferrand sous l'Occupation, les mécanismes du basculement de la France dans la collaboration et l'idéologie pétainiste.
Depuis la fin de
la deuxième guerre mondiale, surtout sous la présidence de De Gaule
et Pompidou, on a entretenu l’image
d’une
France résistante et héroïque. "Le chagrin et la
pitié" détruit ces mythes. L'auteur dépeint
la France de la collaboration et montre les Français dans leur diversité :
Collaboration et Résistance dans la France de Vichy par Richard Phillips voir
World socialist web site at: http://www.wsws.org/francais/hiscul/2001/sept01/16aout01_m0phuls.shtml
Le Chagrin et la Pitié de Marcel 0phuls
Le Chagrin et la Pitié : Chronique d'une ville française sous
l'Occupation, film documentaire épique de quatre heures et demie sur
l'occupation allemande de la France pendant la seconde guerre mondiale, est
sorti il y a trente ans à Paris. Ce film est maintenant considéré à juste titre comme un des documentaires
les plus importants du cinéma et parmi les rares films qui révèlent
la collaboration de la classe dominante française avec l'Allemagne nazie
de 1940 à 1944.
Ce film d'Ophuls révèle la répression politique
et l'antisémitisme de la France de Vichy + l'opposition croissante
contre ce régime. Il remet surtout en cause la mythologie d'après-guerre,
créée autour du mouvement gaulliste de la France Libre.
Biographie:
Marcel Ophuls, fils unique du cinéaste et metteur en scène Max
Ophuls et de l'actrice Hilde Wall, naquit en Allemagne en 1927 et vécut
une partie de la période traitée par le documentaire. Sa famille
déménagea pour aller vivre en France en 1933, où son père
continua à réaliser des films, servit dans l'armée française
en tant que simple soldat de 1939 à 1940 et participa aussi à la
production d'émissions de radio antinazies. La famille s'enfuit de Paris
en 1940, peu de jours avant que l'armée allemande ne prenne la ville,
pour l'Espagne et puis les Etats Unis en 1941.
Marcel Ophuls rentra en France en 1950 et travailla comme assistant au tournage
du Moulin Rouge de John Huston (1953) et du Lola Montès de son père
(1955). Après quelques longs métrages de fiction sans succès
au début des années 60, Marcel se tourna vers le documentaire
et réalisa Munich ou le passé pour cent ans (1967) et le Chagrin
et la Pitié (1969). Il enchaîna avec La mission de Mai Lai (1970),
sur la guerre du Vietnam; A sense of loss (1972), sur le conflit de l'Irlande
du Nord; et The memory of justice (1976) qui traite des procès de Nuremberg,
du colonialisme français en Algérie et de l'intervention américaine
au Vietnam. Après douze ans sans faire de film, il réalisa Hôtel
Terminus: Klaus Barbie et son temps (1988), qui remporta un Acadamy Award,
Jours en novembre (1992) et plus récemment Veillée d'armes: Histoire
du journalisme en temps de guerre (1994).
Le Chagrin et la Pitié est divisé en deux parties et se concentre
sur la vie à Clermont-Ferrand, une ville de 150 000 habitants en Auvergne,
près de Vichy.
Le Chagrin et la Pitié construit un portrait en mosaïque de la
période en combinant des entretiens approfondis avec 36 participants
de l'époque + des extraits de films d'actualités
et d'archives, pour confirmer ou pour infirmer leurs témoignages,.
Les gens interviewés comprennent:
Le film commence avec Helmut Tachsend, grand fumeur de cigares, ancien capitaine
de la Wehrmacht et occupant, qui maintient que le peuple français accueillit à bras
ouverts les nazis. Interviewé aux noces de son fils, Tachsend se vante
de ses exploits pendant la guerre. Le documentaire alterne les propos de Tachsend
et les actualités de propagande nazies dénonçant la France
comme « une honte pour la race blanche » car elle avait des soldats
vietnamiens et africains dans son armée.
Ophuls utilise des extraits de films d'archives, dont des discours de Pétain
et de Laval, et des commentaires de collaborateurs qui lui
disent qu'ils avaient soutenu Pétain croyant que celui-ci écraserait
les communistes, arrêterait l'agitation
ouvrière et assurerait une position forte pour la France dans une Europe
nouvelle dominée par les Allemands.
Par contre, un gradé allemand dit à Ophuls vers la fin du film qu'il fut soulagé quand les nazis furent vaincus. « Si Hitler avait gagné », dit-il, « je serais probablement toujours soldat aujourd'hui, en train d'occuper l'Afrique, l'Amérique ou ailleurs ».
Répression politique et antisémitisme français.
Dès 1940, la vie sociale de la grande bourgeoisie et des couches supérieures des classes moyennes parisiennes reprit son train habituel: défilés de mode, théâtre, opéra, courses hippiques. Comme l'explique Christian de la Maizière: « C'était un Paris de folle gaieté, Maxim's tournait à plein. Tout le monde a honte d'en parler aujourd'hui. »
Sur cette toile de fond, Ophuls représente la vague de répression
menée par le gouvernement nazi et le régime de Vichy contre
la grande masse du peuple.
Claude Lévy, auteur d' une des études les plus complètes sur la persécution des juifs en France, résistant actif dès l'âge de seize ans, fournit des détails sur la rafle du vél' d'Hiv (vélodrome d'Hiver), quand la police française rafla près de 13 000 juifs parisiens, dont 4 051 enfants, et les enferma dans le stade du vélodrome d'Hiver à la mi-juillet 1942. Cinq jours plus tard, ces prisonniers furent embarqués dans des wagons à bestiaux et transportés au camp de concentration de Drancy près de Paris et puis au camp de la mort d'Auschwitz. En fait, des fonctionnaires français déportèrent environ 75 000 juifs, dont 12 000 enfants, vers des camps nazis entre 1941 et 1944 où ils furent exécutés.
Bon nombre des gens interviewés feignent l'ignorance ou
la perte de mémoire quand Ophuls les interroge sur ces événements.
Le documentaire d'Ophuls montre aussi de brefs extraits de Jacques
Doriot,
ancien dirigeant du Parti communiste français (PCF) élu à la
Chambre des députés mais qui rompit avec le parti en 1934 et
qui par la suite forma en 1936 le Parti populaire français d'extrême
droite. Doriot soutenait les nazis et collaborait directement avec l'armée
d'occupation allemande.
Andrew Harris, un des réalisateurs
du film, conduit un entretien avec l'aristocrate
français Christian de la Mazière, un des 7 000 français
qui s'étaient
inscrits à la division Charlemagne, unité spéciale
de SS assignée au front de l'est. De la Mazière explique
que, quoique fasciné par les éléments mystiques et
religieux du fascisme, son attrait principal résidait pour lui dans
sa détermination à étouffer
toutes les idées et toutes les organisations socialistes.
«
Il faut comprendre la France à l'époque où j'ai grandi »,
explique-t-il. « En 1934 toute école était un champ de
bataille et on parlait de révolution partout - en France, en Espagne
et en Afrique du nord. Il fallait choisir entre un parti révolutionnaire
ou l'autre et mon parti révolutionnaire fut le fascisme. Un garçon élevé dans
mon milieu, comment pouvait-il ne pas être anticommuniste ? »
Le Chagrin et la Pitié prête très peu attention au mouvement de La France Libre de de Gaulle, la force créée par un petit groupe d'éléments de la classe dominante opposés aux nazis. Dans la France de l'après-guerre, de Gaulle et le mouvement de la France Libre furent promus comme figures de proue de la Résistance antinazie, mais contrairement à la version officielle, de Gaulle, qui avait fui en Angleterre en juin 1940, avait très peu de soutien populaire à l'intérieur de la France. Mis à part un soutien limité de la part de gouverneurs coloniaux en Syrie, à Madagascar et en Algérie, ce chef auto-proclamé dépendait quasi totalement des armées britannique et américaine.
Plutôt que de détruire directement la mythologie de de Gaulle,
Ophuls insiste sur le sacrifice et l'héroïsme de simples travailleurs
et paysans qui se battirent contre l'armée allemande et le régime
de Vichy pendant de longues années sans aide de l'extérieur.
De Gaulle n'apparaît que brièvement dans des extraits de films
d'actualités et aucun des résistants interviewés n'a
de lien avec lui ni avec la France Libre. Le film contient aussi des commentaires
cinglants de résistants contre des membres de la bourgeoisie qui prétendirent
après-coup avoir combattu les fascistes.
Denis Rake, espion britannique et artiste de boîte de nuit qui travaillait à Paris
pendant l'Occupation, explique: « La bourgeoisie ne m'a pas aidé énormément.
Les ouvriers français étaient formidables - nourriture, cigarettes,
ils vous donnaient leur dernier centime si vous en aviez besoin. »
Louis Grave, un fermier qui dirigea de sa cave, avec son frère Alexis,
un groupe de résistants, donne le récit discret mais profondément émouvant
de leurs activités clandestines. Grave fut dénoncé par
un voisin du village, arrêté par les autorités et envoyé au
camp de concentration de Buchenwald. D'anciens résistants locaux réunis
dans la cuisine de la ferme des Grave décrivent la répression
et les tortures infligées contre les amis et les familles soupçonnées
de s'opposer aux fascistes. Ces héros sans prétentions disent à Ophuls
qu'ils ne ressentent aucun désir de se venger de ceux qui avaient
collaboré ou donné des résistants aux autorités,
la question principale, expliquent-ils, c'est d'empêcher que des
forces similaires ne resurgissent aujourd'hui.
Le Chagrin et la Pitié se termine sur un extrait de film d'archives
du chanteur Maurice Chevalier qui tente de justifier un
concert qu'il donna en Allemagne nazie.
Le Chagrin et la Pitié souleva une grande polémique en France. l'ORTF, l'organisation de radio-télévision française contrôlée par l'état, refusa de le programmer quand il fut achevé en 1969. Le film ne sortit qu'en avril 1971, presque deux ans plus tard, dans un petit cinéma du quartier latin de Paris.
Les politiciens gaullistes et des sections de l'intelligentsia française
furent outrés par le film et l'accusèrent d'être « antipatriotique ».
Le patron de l'ORTF, Jean-Jacques Bresson, ancien résistant, affirma à un
comité du gouvernement que le film « détruit des mythes
dont les Français ont encore besoin ».
En 1981, avec la venue au pouvoir des socialistes, plus de dix ans après
sa création,
le film d'Ophuls fut finalement diffusé à la télévision
et attira une audience de 15 millions de téléspectateurs.
Des omissions sur le rôle du stalinisme et du Parti communiste
français (PCF): Le PCF
ne commença à s'intéresser à la Résistance
qu' en juin 1941, quand l'Allemagne envahit l'Union Soviétique.
.
Le PCF se mit à collaborer avec les forces de de Gaulle et ordonna à ses
cadres de s'incorporer à la Résistance et prit le contrôle
des organisations les plus importantes. Dans les mois précédant
le jour J, le PCF dominait le Conseil National de la Résistance (CNR)
composé de six hommes, le Comité Militaire d'Action (COMAC),
et le comité de pilotage pour la Libération de Paris (CPL).
Les staliniens français aidèrent à imposer
l'installation de de Gaulle au pouvoir, puis à contenir et disperser
la Résistance. En échange, les staliniens français reçurent
des postes ministériels importants dont le ministère de la
production et du travail, de l'économie nationale et de la défense,
dans le premier gouvernement d'après-guerre de de Gaulle.
- Marcel Fouche-Degliame, chef du groupe d'action "Combat"
- des habitants de Clermont-Ferrand |
- Emmanuel d'Astier de la Vigerie -le comte René de Chambrun, gendre de Pierre Laval
- Maurice Buckmaster, colonel
|
Personnalités historiques :
Dans la première partie, Marcel Ophuls évoque tous les "ingrédients" qui
expliquent pourquoi la France a basculé dans le pétainisme.
Comme le dit Emmanuel d'Astier de la Vigerie, "si on avait organisé un
référendum en 1940, 90% des gens auraient pris parti
pour Pétain et pour une occupation allemande modérée.
[De Gaulle ] est donc allé contre le sens de l'histoire, et s'il
n'a pas sauvé la France, du moins a-t-il sauvé l'image de
la France !".
Après la déroute de l'armée française contre
les troupes allemandes en juin 1940, le maréchal Pétain, vieux
héros de la guerre de 1914-18, apparaît comme un homme rassurant,
qui facilite le choix de la collaboration tout en donnant l'air de préserver
les intérêts de la France occupée. Déjà,
au départ, la sévérité et la rapidité de
la déroute n'intimait pas la population française à "résister" contre
les Allemands. Et chez les Français de droite, "la droite silencieuse",
comme pour la majorité des chefs militaires français, l'idée
qui prévalait était : "plutôt Hitler que le Front
populaire". Enfin, le désaveu de l'allié britannique,
résultant de la vieille haine séculaire de l'Angleterre et
de l'incompréhension des Français face aux événements
de Mers el-Kébir, port d'Algérie où les Britanniques
détruirent une partie de la flotte française qui y était
basée le 3 juillet 1940, de peur que les Allemands ne la réquisitionnent,
contribua aussi à placer l'hexagone à la botte des nazis.’
(voir http://www.planete.tm.fr)
Chanson de Brassens
voir
http://www.dialogus2.org/BRA/identificationdunechanson.html
La resistance
et les femmes
voir: http://www.ihtp.cnrs.fr/publications/cahier31/res_douzou_31.html
La France et l’attitude des Français sous l’Occupation
voir: http://aphgcaen.free.fr/conf/quellien.htm
Naissance d’une idéologie
voir: http://education.france5.fr/shoah/theme-ideo01.htm
Hitler au pouvoir
voir: http://education.france5.fr/shoah/theme-hitler01.htm
les escadrons de la mort
voir http://education.france5.fr/shoah/theme-hitler04.htm
les camps
voir: http://education.france5.fr/shoah/theme-hitler05.htm
la solution finale
voir http://education.france5.fr/shoah/theme-hitler06.htm
RESISTANCE ET LIBERATION
Resistance
voir http://education.france5.fr/shoah/theme-resist01.htm
cacher les crimes
voir http://education.france5.fr/shoah/theme-resist02.htm
les camps libérés
voir http://education.france5.fr/shoah/theme-resist03.htm
Mémorial de la Shoa
voir: http://www.memorialdelashoah.org/
Voir World socialist web site
http://www.wsws.org/francais/hiscul/2001/sept01/16aout01_m0phuls.shtml
Le Chagrin et la pitié: Dir. Marcel Opuls, 1971
What critics have said
On paper The Sorrow and the Pity sounds torturous: more
than four hours of talking-head interviews in several languages, blended
with wartime documentary footage and zipped up with the music of Maurice
Chevalier. But don't run just yet. This epic account of France under
the occupation of the Nazi regime during World War II is a humanist masterpiece,
thanks to an artful assortment of film technique and pacing. Ophuls interviewed
the residents of the French town of Clermont-Ferrand who remembered the
Occupation; as well as various French, German, and British officials;
local artists and farmers; and German army veterans. The result is a
transcendent portrait of how real people conduct themselves under the
most extreme circumstances. Ophuls constantly invites us to put ourselves
in the position of each one of these people and ask: what would I have
done in the same circumstances?--JD
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