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Text encoded by Sandra Koudoro and Hilary Park, November, 2005
Translation revised by Hilary Park and Jennifer Udden, May, 2006
PDF Document (translaiton for section eleven)
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Mémoires de madame la comtesse de L..

Mariage avec le conte de L…
La maîtresse du mari
Vie familiale malheureuse

Mariage avec le conte de L…

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Mon mariage fut célébré deux jours après ayant toutes les dispenses nécessaires. Il se fit à minuit dans la chapelle du château. Je ne sais si toutes les jeunes personnes qui se marient sont dans une peine aussi vive que celle que j’éprouvais alors. La tête m’avait tournée, je n’étais plus qu’un mécanisme ambulant, j’étais absorbée dans les frayeurs de l’engagement que je contractais et j’avais bien raison. Jamais femme ne fut plus malheureuse que moi.

La maîtresse du mari

Je rends justice à mon mari s’il eut eu plus d’esprit, il aurait été incapable de me rendre la vie dure mais un génie faible tel qu’était le sien se laisse gouverner aisément. Une femme de mes proches parentes se chargea de ce soin. Je l’avais prise chez moi par bonté. Elle était intéressée et voyant que la flatterie prenait sur l’homme, elle le cajola et fit si bien qu’elle s’en fit tendrement aimer, qu’elle le ruina et me peignit sous des couleurs si affreuses à mon mari et au public que l’un me détesta et l’autre m’accabla d’impostures.

Vie familiale malheureuse

Je me vis bientôt l’objet de la calomnie et du blâme. J’étais jeune et belle, mon mari était vieux, j’avais été élevée à Paris (préjugé contre moi par les sots provinciaux), en un mot, je fus déchirée à belles dents et tout cela par la noirceur de ma parente qui projetait de me supplanter totalement en me forçant de lui céder la place et de m’en aller. Elle s’était rendue maîtresse de ma maison. Les domestiques dépendaient d’elle et non de moi. Il leur était défendu de m’obéir, aussi ne se bornèrent-ils pas à suivre cet ordre imprudent, ils riaient à mes yeux, ils pillaient et me disaient insolemment qu’ils se moquaient de moi, que je n’avais qu’à l’aller dire, qu’on ne m’écouterait pas.

Pour peu qu’on connaisse l’âme basse et animale de ce qu’on appelle la valetaille, on peut imaginer tout ce que j’en eus à souffrir pendant dix ans que je patientais mon état. Je n’avais à mes ordres que mon laquais et ma femme de chambre et dès qu’on voyait qu’ils s’attachaient à moi, on leur cherchait querelle pour les renvoyer.

C’était l’ouvrage de ma parente. Elle disait que je vivais trop familièrement avec les hommes et que les femmes favorisaient ces jolies amours. J’avais souffert à cette occasion les calomnies les plus atroces et qui ont prit sur de petits esprits qui m’en voulaient d’ailleurs.

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Index of people's names in text:
Conte de Laurencin d'Avenas: Jean-Francois comte d'Avenas, capitaine au regiment de Navarre Armes: de sable au chevron d'or accompagne de 8 etoiles d'argent 2 lions. Devise: Lux un tenebris et post tenebras spero lucem.
Index of places in text:
Index of cultural notes:
mariage: Le mariage au dix huitième siècle était un contrat entre deux familles ayant pour but de préserver un nom et d’accroitre une propriété. C’était le moyen de payer ses dettes ou d’enrichir sa famille. Si le fils ainé épousait une riche héritière, la dote de la jeune mariée servait souvent à acheter des offices aux fils cadets, à doter les sœurs ou à payer leur pension dans un couvent. Le fils ainé recevait ainsi le patrimoine pour perpétuer le titre et le nom.
Paris: il y a une grande difference entre Paris où se trouvent les nobles grands et puissants et la province isolée et pauvre
Elle s’était rendue maîtresse de ma maison.: L’association amour-mariage n’est pas coutumière pour les aristocrates du dix huitième siècle. La fidélité conjugale était considérée de mauvais goût et réservée aux bourgeois. L’adultère était de rigueur pour les hommes et pouvait être toléré chez les femmes, à condition que les formes soient respectées, c'est-à-dire que l’amant choisi par la femme fasse honneur au mari.
Index of themes in text:
La Déloyauté: Je l’avais prise chez moi par bonté. Elle était intéressée et voyant que la flatterie prenait sur l’homme, elle le cajola et fit si bien qu’elle s’en fit tendrement aimer, qu’elle le ruina et me peignit sous des couleurs si affreuses à mon mari et au public que l’un me détesta et l’autre m’accabla d’impostures.
La Jalousie: Je me vis bientôt l’objet de la calomnie et du blâme. J’étais jeune et belle, mon mari était vieux, j’avais été élevée à Paris (préjugé contre moi par les sots provinciaux), en un mot, je fus déchirée à belles dents et tout cela par la noirceur de ma parente qui projetait de me supplanter totalement en me forçant de lui céder la place et de m’en aller.
La Trahison: Je rends justice à mon mari s’il eut eu plus d’esprit, il aurait été incapable de me rendre la vie dure mais un génie faible tel qu’était le sien se laisse gouverner aisément. Une femme de mes proches parentes se chargea de ce soin.
La Trahison: Elle s’était rendue maîtresse de ma maison. Les domestiques dépendaient d’elle et non de moi. Il leur était défendu de m’obéir, aussi ne se bornèrent-ils pas à suivre cet ordre imprudent, ils riaient à mes yeux, ils pillaient et me disaient insolemment qu’ils se moquaient de moi, que je n’avais qu’à l’aller dire, qu’on ne m’écouterait pas.
La Vertu: Pour peu qu’on connaisse l’âme basse et animale de ce qu’on appelle la valetaille, on peut imaginer tout ce que j’en eus à souffrir pendant dix ans que je patientais mon état. Je n’avais à mes ordres que mon laquais et ma femme de chambre et dès qu’on voyait qu’ils s’attachaient à moi, on leur cherchait querelle pour les renvoyer.
La Vertu: C’était l’ouvrage de ma parente. Elle disait que je vivais trop familièrement avec les hommes et que les femmes favorisaient ces jolies amours. J’avais souffert à cette occasion les calomnies les plus atroces et qui ont prit sur de petits esprits qui m’en voulaient d’ailleurs.
Le Chagrin: Je ne sais si toutes les jeunes personnes qui se marient sont dans une peine aussi vive que celle que j’éprouvais alors. La tête m’avait tournée, je n’étais plus qu’un mécanisme ambulant, j’étais absorbée dans les frayeurs de l’engagement que je contractais et j’avais bien raison. Jamais femme ne fut plus malheureuse que moi.
Le Mariage: Mon mariage fut célébré deux jours après ayant toutes les dispenses nécessaires. Il se fit à minuit dans la chapelle du château.