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Mémoires de madame la comtesse de L..
Mariage avec le conte de L… La maîtresse du mari Vie familiale malheureuse
Mariage avec le conte de L…
# # # #Mon mariage fut célébré deux jours après ayant toutes les dispenses nécessaires.
Il se fit à minuit dans la chapelle du château. Je ne sais si toutes les jeunes
personnes qui se marient sont dans une peine aussi vive que celle que
j’éprouvais alors. La tête m’avait tournée, je n’étais plus qu’un mécanisme
ambulant, j’étais absorbée dans les frayeurs de l’engagement que je contractais
et j’avais bien raison. Jamais femme ne fut plus malheureuse que moi.
La maîtresse du mari
Je rends justice à mon mari s’il eut eu plus d’esprit, il aurait été incapable de
me rendre la vie dure mais un génie faible tel qu’était le sien se laisse
gouverner aisément. Une femme de mes proches parentes se chargea de ce soin. Je
l’avais prise chez moi par bonté. Elle était intéressée et voyant que la
flatterie prenait sur l’homme, elle le cajola et fit si bien qu’elle s’en fit
tendrement aimer, qu’elle le ruina et me peignit sous des couleurs si affreuses
à mon mari et au public que l’un me détesta et l’autre m’accabla d’impostures.
Vie familiale malheureuse
Je me vis bientôt l’objet de la calomnie et du blâme. J’étais jeune et belle, mon
mari était vieux, j’avais été élevée à Paris (préjugé contre moi par les sots
provinciaux), en un mot, je fus déchirée à belles dents et tout cela par la
noirceur de ma parente qui projetait de me supplanter totalement en me forçant
de lui céder la place et de m’en aller. Elle s’était rendue maîtresse de ma
maison. Les domestiques dépendaient d’elle et non de moi. Il leur était défendu
de m’obéir, aussi ne se bornèrent-ils pas à suivre cet ordre imprudent, ils
riaient à mes yeux, ils pillaient et me disaient insolemment qu’ils se moquaient
de moi, que je n’avais qu’à l’aller dire, qu’on ne m’écouterait pas.
Pour peu qu’on connaisse l’âme basse et animale de ce qu’on appelle la
valetaille, on peut imaginer tout ce que j’en eus à souffrir pendant dix ans que
je patientais mon état. Je n’avais à mes ordres que mon laquais et ma femme de
chambre et dès qu’on voyait qu’ils s’attachaient à moi, on leur cherchait
querelle pour les renvoyer.
C’était l’ouvrage de ma parente. Elle disait que je vivais trop familièrement
avec les hommes et que les femmes favorisaient ces jolies amours. J’avais
souffert à cette occasion les calomnies les plus atroces et qui ont prit sur de
petits esprits qui m’en voulaient d’ailleurs. #
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