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Text encoded by Stefanie Sykes-Allen, and Layne Raczkowski, December 4, 2005
Translation revised by Hilary Park and Jennifer Udden, May, 2006
PDF Document (translaiton for section fourteen)
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Mémoires de madame la comtesse de L..

Retrouvailles avec le baron de C…
Fêtes à Saint-Cloud

Retrouvailles avec le baron de C…
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Le baron n’y était point lorsque j’y arrivai, il n’y vint que plus d’un mois après. Il savait bien que je devais y être parce que je lui avais mandé par des amis il n’avait pu quitter le Hainaut où il était alors avec sa troupe.

Dès que je le sus arrivé je lui fis écrire sur une carte par mon laquais:

- Une personne logée à tel endroit prie monsieur le baron de C… de se rendre chez elle, cet après-midi, ayant à lui communiquer des affaires de la dernière importance.

La carte fut portée par un savoyard que mon laquais suivit jusqu’à sa porte. Il répondit de même qu’il s’y trouverait.

Il vint sur les cinq heures. J’avais fait tirer les rideaux des fenêtres qui étaient de taffetas cramoisi ce qui répandait une lueur assez sombre dans l’appartement. Je me levai assez lentement lorsqu’il entra. Il approcha, on lui avait préparé un fauteuil vis-à-vis de moi près du feu. Je lui montrai sans lui parler n’en ayant pas la force.

Il s’assit mais l’instant d’après les yeux s’étant fait à ce sombre, il fit un cri et vint se jeter à mes genoux en m’embrassant tendrement.

- C’est vous, c’est vous, chère sœur, me répétait-il tout hors de lui.

Je lui rendais ses innocentes caresses, nous étions si saisis l’un et l’autre que nos flacons nous devinrent utiles. Il ne me trouvait de changement que dans les yeux qu’il trouvait qu’il me dit avec sa franchise ordinaire avoir bien perdu de leur vivacité- Ils sont éteints ces yeux, ajouta-t-il par les larmes qu’ils ont versées. Vous l’avez voulu, vous avez fait votre malheur et le mien. Si vous eussiez eu plus de fermeté, plus d’estime et de confiance en moi, vous vous seriez abandonnée à ma tendresse et nous serions heureux. Vous accusez toujours le destin, vous avez tort, il n’a fait que ce que vous lui avez laissé faire.

Je n’entreprendrai point de répéter tous les discours de nos entrevues. Les cœurs vraiment épris les devineront aisément, surtout ceux qui se sont trouvés en pareille position. #

Je voyais le baron presque tous les jours lorsqu’il était à Paris où il venait souvent. Il habitait la campagne, j’ai oublié de dire dans son temps qu’il avait cédé aux instances que je lui avais faites de se marier. Après plusieurs années de sollicitations il m’écrivit qu’on lui avait offert plusieurs partis et m’en expliquait la valeur. Je le décidai en faveur d’une jeune personne qu’il épousa et avec laquelle il passe des jours heureux dans une très jolie maison à quatre lieues de Paris.

Nos situations nous ayant forcés de renoncer à nos anciennes espérances, l’amitié la plus tendre succéda à la passion de notre première jeunesse. Telle est la fin de celles qui sont fondées sur une estime réciproque. Ce ne fut pas sans peine que nous écoutâmes la sévère raison car elle n’était jamais sortie de nos cœurs. Son assoupissement pendant un temps où le sang plus bouillant ne suit que son mouvement n’en rendit son réveil que plus décidé et plus puissant.

Je voyais beaucoup de monde et recevais de toutes parts tous les empressements possibles. Je n’étais pas maîtresse de manger chez moi et je me trouvais fort heureuse quand au bout d’un mois je pouvais me dérober à mes connaissances en me fermant dans ma chambre. #

J’allai souvent au spectacle que j’ai toujours aimé passionnément.

Fêtes à Saint-Cloud
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L’été suivant me procura d’autres plaisirs. On établit des fêtes à Saint Cloud pour amuser Le Duc de Chartres qui était un enfant de treize ans et qui était d’une tristesse dont on craignait les suites.# Tous les dimanches et fêtes il y avait des danses charmantes. C’était dans le parc où on avait formé des salon qui étaient éclairés par une prodigieuse quantité de lampions et de lustres. On avait élevé une espèce de barrière pour que le peuple qui avait aussi son salon, ne vint pas incommoder les honnêtes gens. Des chaises étaient rangées contre cette barrière en dedans et à triple rang. On avait construit un orchestre où étaient les instruments dans le dehors du salon. Je me suis toujours représenté les jardins et palais des fées quand j’étais dans ces lieux enchantés.#

J’y allai régulièrement avec mes sociétés. J’y dansais voyant que toutes les femmes de mon état faisaient de même. J’eus même l’honneur de figurer à deux contredanses avec le duc d’… et beaucoup d’autres avec des jeunes seigneurs de la cour, entre autres le duc de V…qui était aussi aimable qu’extravagant.# Une nuit de celles que nous passions à Saint Cloud, il voulait absolument me mener à Versailles pour manger. Je plaisantais de sa proposition, j’avais avec moi madame de Nu…anglaise, femme charmante et fort mon amie. Sa présence déplaisait au duc, il l’engagea à se promener avec monsieur de W…qui passait pour être son ami particulier. Elle avait de l’esprit, elle badina le duc fort plaisamment. Nous marchions toujours et arrivâmes à la petite porte qui donne du coté de Seine. Son carrosse y était, il nous y fit entrer sous prétexte de nous promener et nous partîmes. Nous nous aperçûmes bientôt que nous allions à Versailles. Je me fâchai, madame de Nu… également et ce fut si fort que le duc fit rétrograder et nous revînmes à Saint Cloud. J’oubliais de dire que le duc de F…était de la partie.

Une nuit que j’y étais allée seule avec monsieur du…, gentilhomme de ma province un peu parent de mon mari, homme d’un âge mûr et très respectable à tous égards, duquel je recevais mille marques d’amitiés, il fut accosté dans le salon par un homme de finance d’environ cinquante ans. Comme ils parlaient ensemble, on vint me prier de danser. J’y allai et je dansai fort longtemps. Je revins enfin, monsieur du…me gronda de mon excès parce qu’il vit que j’avais très chaud. Son ami me fit beaucoup de compliments sur mes grâces, plaignit ma situation dont monsieur du… l’avait entretenu et me pria d’agréer qu’il me fut présenter chez moi. La considération que j’avais pour monsieur du…, que je regardais comme un mentor, m’engagea à lui répondre très poliment.

Je passe sous silence mille autres petites aventures qui m’arrivèrent à Saint Cloud mais toutes très honnêtes et très flatteuses pour moi.

Nous revenions à Paris sur les trois ou quatre heures du matin.

Le jour qui succéda à la nuit, dont je viens de parler, j’allai chez ma tante qui devait avoir touché ma pension parce que c’était à elle que mon mari l’adressait et il m’avait écrit la lui avoir envoyée pour arriver ce jour-là. Elle me dit qu’elle avait bien reçu la lettre d’avis mais non l’argent. Je n’avais pour tout bien que dix-huit francs, j’étais persécutée par mon auberge, c’est-à-dire le gargotier qui nourrissait mes gens et moi dans mes jours de retraite. Je devais à ma blanchisseuse qui ne voulait plus me blanchir.# Je priai ma tante de me prêter quatre louis lui disant que mon argent devait passer par ses mains elle se les réserverait, elle me les refusa net. C’était une femme qui jouissait de cent mille livres de rente mais d’une avarice sordide, elle n’avait qu’un fils dans les mousquetaires gris qui a mangé en peu de temps l’argent que sa mère avait si bien économisé.


Index of people's names in text:
Le Duc de Chartres: Les rois de France installent à Chartres des vidames pour administrer la ville. Mais il semble que le titre soit donné à des princes de sang. A partir de 1674 le titre de duc de Chartres est celui du fils aîné du duc d'Orléans. Chartres est une commune située dans d’Eure-de-Loire et la région Centre, et c’est connu pour Le Cathédrale, Nôtre Dame.
Index of places in text:
La Seine, France: La Seine est une fleuve qui traverse Troyes, Paris et Rouen, et a une longueur de 780 kilomètres. Son cours a une orientation du sud-est au nord-ouest. La Seine fait grand partie du paysage parisien. Elle coupe Paris en deux partis : la rive droite et la rive gauche. Dans Paris, sa longueur occupe près de 13 km.
Paris, France: Paris est la capitale de la France et le chef-lieu de la région Île-de France.
Saint Cloud, France: Saint-Cloud est une commune du département des Hauts-de-Seine dans L’Ile de France. Le Château de Saint Cloud et son parc, étaient crées en 1658 par le Duc d’Orléans, frère de Louis XIV. Les habitants de Saint Cloud sont appelés les Clodoaldiens !
Versailles, France: Le château de Versailles est un palais d'une ampleur inégalée, qui représenterait l'absolutisme de Louis XIV avec ses grandes dimensions et sa décoration luxe. Versailles était l’expression architecturale de l’absolutisme- la prison pour la haute noblesse française du XVIIème siècle.
Index of cultural notes:
cramoisi: rouge foncé
épris: amoureux
me dérober à: éviter
Seine: La Seine est un fleuve qui traverse Troyes, Paris et Rouen, et a une longueur de 780 kilomètres. Son cours a une orientation du sud-est au nord-ouest. Elle coupe Paris en deux partis : la rive droite et la rive gauche. En Paris, sa longueur occupe près de 13 km.
prêter: donner
jouissait: utiliser avec plaisir ou l’aise
Index of themes in text:
amour passion : Nos situations nous ayant forcés de renoncer à nos anciennes espérances, l’amitié la plus tendre succéda à la passion de notre première jeunesse.
amour tendresse : Les cœurs vraiment épris les devineront aisément, surtout ceux qui se sont trouvés en pareille position.
autorité : La considération que j’avais pour monsieur du…, que je regardais comme un mentor, m’engagea à lui répondre très poliment.
avidité : Je priai ma tante de me prêter quatre louis lui disant que mon argent devait passer par ses mains elle se les réserverait, elle me les refusa net. C’était une femme qui jouissait de cent mille livres de rente mais d’une avarice sordide, elle n’avait qu’un fils dans les mousquetaires gris qui a mangé en peu de temps l’argent que sa mère avait si bien économisé.
liberté : Je n’étais pas maîtresse de manger chez moi et je me trouvais fort heureuse quand au bout d’un mois je pouvais me dérober à mes connaissances en me fermant dans ma chambre.
mariage : Après plusieurs années de sollicitations il m’écrivit qu’on lui avait offert plusieurs partis et m’en expliquait la valeur. Je le décidai en faveur d’une jeune personne qu’il épousa et avec laquelle il passe des jours heureux dans une très jolie maison à quatre lieues de Paris.
mélancolie : J’avais fait tirer les rideaux des fenêtres qui étaient de taffetas
mélancolie : ce qui répandait une lueur assez sombre dans l’appartement. Je me levai assez lentement lorsqu’il entra. Il approcha, on lui avait préparé un fauteuil vis-à-vis de moi près du feu. Je lui montrai sans lui parler n’en ayant pas la force.
mensonge: Elle me dit qu’elle avait bien reçu la lettre d’avis mais non l’argent.
tristesse : Il ne me trouvait de changement que dans les yeux qu’il trouvait qu’il me dit avec sa franchise ordinaire avoir bien perdu de leur vivacité- Ils sont éteints ces yeux, ajouta-t-il par les larmes qu’ils ont versées.