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Mémoires de madame la comtesse de L..

Héritage du mari (Husband’s inheritance)

Héritage du mari (Husband’s inheritance)

Comme l’appartement qu’occupait ma parente était loué au nom de mon mari, j’y avais fait apposer les sceaux sitôt après sa mort. J’allai donc les faire lever comptant retirer tous mes meubles. C’était malheureusement dans un temps de vacances, je ne trouvai qu’un juge pour présider à cette formalité et je fus forcée de m’adresser à lui.

J’avais trouvé dans les papiers de mon mari des lettres et des billets doux de son amie qui prouvaient les vols qu’elle était dans l’intention de me faire, lui disant formellement que s’il voulait signer l’état qu’elle lui envoyait des meubles qu’elle consentait à me rendre c’était encore plus de bien qu’il lui ferait, que j’ignorais ce qu’il y avait chez elle et qu’elle ne serait tenue de rendre que ce qui serait reconnu par lui en adoptant l’état qu’elle lui envoyait.

Tous m’avaient avertie en arrivant dans cette ville que les sceaux avaient été apposes à sa volonté, qu’elle avait mis à part les effets qui appartenaient à mon mari, que le reste était à elle et que malgré les avis que j’avais donné de séquestrer tout ce qui était dans la maison on y avait eu aucun égard.

Cette ville est une espèce de petite république nouvellement acquise à la France. Ses habitants détestent tout ce qui n’est pas né parmi eux, ma parente n’y était que transplantée mais comme il y avait déjà quelque temps et qu’assurément elle était bien digne d’en être citoyenne et que l’on ne m’y connaissait que faiblement, on me traita en étrangère c’est-à-dire que ce magistrat me fit toutes les injustices possibles. J’avais été chez lui en arrivant pour le prier d’accélérer ma besogne, je lui fis mes plaintes du peu d’exactitude qu’on avait observé en apposant les sceaux et je lui montrai les lettres non équivoques de ma parente. Il convint que sa mauvaise volonté était claire et me dit qu’il me serait permis de faire perquisition chez elle. Rien n’était plus juste puisqu’elle avait en sa position les meubles et effets de mon mari et que leur appartement était le même.

Le lendemain j’étais avec les officiers de la justice pour faire l’inventaire. J’avais trouvé un mémoire vrai écrit de la main de mon mari et signé de lui de tout ce qu’il avait dans cette maison. Je demandai qu’il fut rempli, lorsque je vis qu’au lieu des choses que j’avais droit de réclamer on me donnait de vieux chiffons, des meubles brisés, etc. Le procureur, âme damnée de ma parente, me dit qu’il n’y avait rien de plus et m’en fit le serment au nom de sa partie. Alors je demandai au juge la perquisition qu’il m’avait promise la veille, il me la refusa net, me donnant de très pitoyables raisons. Je m’emportai et le traitai mal mais je n’y gagnai rien, je sus après que ma parente avec laquelle il était un peu en froid était rentrée chez lui le moment d’après que j’en avais été sortie, et lui avait fait beaucoup de politesse en le priant de prendre ses intérêts. Il fut si flatté de cette démarche qu’il lui promit tout et lui tint parole. Il me fit encore d’autres injustices aussi en ai-je parlé hautement et ne m’en tairai-je jamais. Cet homme n’était pas fait pour sa charge.

Après avoir pris connaissance des dettes et embarras que mon mari m’avait laissés, je renonçais au projet que j’avais formé d’aller vivre à Paris, et par tendresse pour mon fils je me résolus à demeurer dans mon triste désert afin d’y économiser et de pouvoir apaiser ses créanciers.