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Epilogue Ma parente ayant trouvé le brouillon le montra à mon mari en cherchant à donner des tournures criminelles à toutes mes expressions et supposa que je l’avais adressé à un homme de ma province qui lui déplaisait parce qu’il la regardait avec mépris et qu’elle voulait rendre suspect à mon mari afin qu’il le congédia de la maison. Je la joins ici pour que le lecteur qui n’a pas les motifs de cette furie en porte un jugement plus équitable, et ce qui m’y engage ce sont les bruits qu’elle a répandus sur l’horreur, disait-elle de mes ouvrages et notamment la critique qu’elle a fait de celui-ci : Mes désirs Que tu viens lentement donc mort que j’implore Pourquoi ! Diffères-tu de terminer mes maux Quoi !lorsque je combats contre ce que j’adore Peux-tu me refuser le secours de ta faux Que dis-je : je combats, ah ! Plutôt je m’enflamme De cent nouveaux transports mon cœur est embrasé Ma passion redouble et triomphe en mon âme Et livre à ses désirs ce cœur tyrannise Mais quels sont ces désirs du moins ils sont sans crime Je n’ai point à rougir d’attaquer la vertu Si mon cœur est l’autel dont je suis la victime Cette victime hélas! N’a que trop combattu Arrivez chers instants qui finiraient ma peine Apportez dans mon âme et le calme et la paix Objets de mes désirs venez briser ma chaîne Vous seuls rendrez mon sort fortuné pour jamais… Déjà je t’entrevois d’un œil serein et ferme Avenir ténébreux, effroi des vils mortels Un cœur tel que le mien n’envisage son terme Que pour mieux s’assurer des plaisirs éternels Tu peux intimider l’imbécile vulgaire Par les seuls préjugés forme, nourri, vaincu, Mais mon âme n’est point de la trempe ordinaire Ton aspect est pour moi le prix de la vertu… Je n’ai pu m’échapper au tourment que j’endure Puisque avant moi le ciel a prévu mon destin Je puis sans l’offenser écouter le murmure Que ma raison présente à mon esprit chagrin Si j’avais mérite les maux dont il m’accable Je ne me plaindrais pas, je saurais me juger Mais…que sens-je en mon cœur qui me rende coupable Un innocent amour pourrait-il l’outrager ? Non, cet amour forme par la délicatesse Sut toujours se borner au tendre sentiment Qu’il daigne distinguer le crime et la faiblesse Il se taira bientôt sur mon égarement… Quel funeste pison rempli ainsi mon âme Et la livre en secret au plus cruel malheur Je haïssais l’amour, je redoutai sa flamme Fut-ce un pressentiment d’une injuste rigueur ? Le ciel en me formant fixa-t-il mon supplice ? Dans l’état où je suis, non je n’en doute pas… Je ne le puis penser sans blesser la justice Mais tous mes maux enfin ont collé sur mes pas Hâte-toi donc mort, viens finir mes alarmes Viens couper de mes jours le fil trop malheureux Dans ton obscurité je trouves mille charmes Tu deviens chaque instant l’objet de tous mes vœux Viens m’arracher ce cœur si sensible et si tendre Il faut le partager, le réduire en lambeaux Crainte que son ardeur ne rallume ma cendre Et ne trouble ma paix jusque dans le tombeau Ce fut en faisant voir quelques autres petites pièces fugitives de mes ouvrages que je donnai celle-ci au baron. Il la lut plusieurs fois, les larmes lui vinrent aux yeux. "Je suis le plus heureux et le plus malheureux des hommes, me dit-il, ah ! Ma sœur pourquoi, pourquoi ne puis-je mériter vos bontés par des soins continuels?" Je changeai de propos, je le voyais attendri, je m’attendrissais moi-même et dans ce temps-là c’était un crime. Il était obligé de me quitter, j’eusse été coupable en augmentant ses regrets. Je souhaite son souvenir, mais j’y renoncerais s’il pouvait troubler la paix et la satisfaction dont il jouit avec une femme aimable et qui mérite la plus tendre affection. Je leur désire à tous deux tout le bonheur dont je n’ai pas joui. Ce sont mes vœux les plus sincères. |