| Home | Introduction | Section One | Section Two |
Section Three | Section Four | Section Five | Section Six | Section Seven | Section Eight | Section Nine | Section Ten | Section Eleven | Section Twelve | Section Thirteen | Section Fourteen | Section Fifteen | Section Sixteen | Section Seventeen | Section Eighteen | Section Nineteen | Bibliography |
Mémoires de madame la comtesse de L..
Arrivée à Paris Education d’une jeune fille
de qualité Visite chez l'abbesse de Chelles 1ère visite dans un salon
parisien Offre de position chez les
grands Vie mondaine à Paris
Arrivée à Paris
Nous arrivâmes à Paris
# bien fatigués et ennuyés de
cette route. Mon père avait son logement dans une très belle maison rue Hyacinte.
# J’y trouvais pour moi un
appartement complet, superbement meublé près de celui de ma
mère qui se retira peu de temps après dans une communauté où elle a vécu et
où elle est morte comme une sainte. Elle était d’une faible santé et
préférait la retraite au tumulte du monde que mon père aimait.
Education d’une jeune fille
de qualité
A peine étions nous reposés que mon père me donna des
maîtres de musique, de danse, de dessin, de langue italienne, latine et
française. Celle-ci ne m’était pas le moins utile, élevée dans des couvents par des filles qui savaient à peine lire, j’y avais pris les termes
les plus triviaux, je hasardais des expressions dont je ne connaissais pas
la signification, ce qui me faisait dire de très grossières sottises que je
croyais être de bons mots. Enfin je donnais matière à rire à tous ceux
qui me voyaient une demi-heure par mon air guindé et mes sots discours.# Mon père me reprenait sans cesse et me
reprochait le ridicule de mon maintien, ce que je sentis parfaitement, et
lorsque j’eus vu quelques femmes, je les imitais bientôt. Il était lié avec la meilleure compagnie de Paris
et voyait souvent des aimables de la cour.
Visite chez l'abbesse de Chelles
#
Mme l’abbesse de C…
de la maison d’… était fort son amie Il lui avait mandé son
retour avec moi en m’annonçant pour posséder les qualités de l’esprit et de
l’âme, mais non celles de la figure qui était, disait-il à tout le monde, fort
désagréable. Si j’avais encore quelques prétentions, je me tairais sur ce jeu de
mon père, mais n’en ayant plus à l’âge où je suis, je peux dire qu’il se faisait
un plaisir de l’étonnement de ceux qui me voyaient après son rapport. Les
exclamations qu’il entendait à ma louange lui étaient un baume délicieux et il
ne manquait jamais d’ajouter :
- Ne trouvez-vous pas qu’elle me ressemble ? Effectivement
mon père était un très bel homme.
Mme de C… lui écrivit qu’elle voulait me voir absolument et
qu’il eut à me mener à l’abbaye, distante de quelques lieues. A jour nommé
mon père m’y conduisit, nous y trouvâmes le duc d’…, #
frère de l’abbesse, le plus digne, le plus respectable des hommes de son
sang, qui me marqua mille bontés ainsi que sa sœur qui avait encore de la
beauté quoique déjà âgée. Elle ne se lassait pas de me regarder, d’admirer
ma taille et de m’embrasser.
- Que voulez-vous faire de cet ange ? dit-elle à mon père. Je veux en disposer.
On parle de marier mon neveu à la princesse de C… je
veux qu’elle en fasse sa dame d’honneur. Mon père la remercia sans
s’expliquer, elle voulut me garder quelques jours et j’y restais avec tout
l’agrément possible.
1ère visite dans un salon
parisien
Cependant il me tardait de retourner à Paris, mon père m’envoya son carrosse quatre jours après son départ et
je revins dans la grande ville que je ne connaissais point encore. Le lendemain de mon retour nous allâmes souper
chez la marquise de St G… où il y avait un monde prodigieux. Quand les
battants s’ouvrirent et que je vis ce cercle brillant les jambes m’en
manquèrent. Je tachais cependant de faire mon entrée le moins gauchement
possible. La marquise vint à moi, me prit par la main en disant hautement :
« La voilà le laideron que le comte de F… nous a annoncé. » les louanges que
je recevais achevèrent de me confondre, je tremblais et quand je fus assise
je ne remuais pas plus qu’un terme. La statue de Pygmalion n’était pas moins
animée bien sûrement. Un instant après le comte de La Ch… qui revenait de son
ambassade de Russie, entra et fit un cri d’étonnement en me regardant. On
lui demanda le sujet. C’était, dit-il, la ressemblance qu’il me trouvait
avec l’impératrice Elisabeth qui l’avait frappée. Il avait son portrait dans
une boîte d’or superbe qu’elle lui avait donnée. Il la fit voir, on y trouva
effectivement quelque chose d’approchant. En un mot toute cette soirée fut
passée à mes dépends et de ma vie je n’ai été si mal à mon aise.
Offre de position chez les
grands
Le mariage du duc d’…
# se fit avec la princesse de C…
# à laquelle on m’avait
présentée. Sa mère était une ancienne amie de mon père, femme
charmante. Mais à peine sa fille fut-elle maîtresse de ses volontés qu’elle
donna dans mille travers au point que deux femmes qui étaient de sa compagnie se
retirèrent, ne pouvant être témoins des écarts qui lui arrivaient. Mme de C…
voulut alors me placer près d’elle, mais mon père
remercia et ne le voulut pas avec grande raison. Je restais donc avec
lui.
Vie mondaine à Paris
#
Il me procurait tous les plaisirs honnêtes qui
s’offrent à Paris, j’allais beaucoup
au spectacle dans les promenoirs. Le
Luxembourg
# était plus à ma proximité et je
le préférais aux autres jardins. Je voyais d’ailleurs nombre de gens
aimables des deux sexes tant au logis que chez eux. Mon père ne me gênait
point et j’étais contente de mon sort. Plût au ciel qu’il eut toujours
duré!
Je fis des progrès en peu de temps pour la danse et la
musique. J’apprenais à jouer du pardessus de violon et quand je fus en état
de soutenir ma partie, mon père établit un concert chez lui tous les samedis
où venaient les meilleurs maîtres. Je chantais passablement,
l’accompagnement me fortifia dans le goût du chant et je le préférais à
l’instrument que j’ai négligé au point de l’écorcher. Le temps et plus
encore mes ennuis m’ont ôté la voix. Il ne me reste de mes talents que le
souvenir de les avoir possédés et ce n’est pas sans quelques regrets.
|