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Text encoded by Leanna Cote and Jennifer Udden, November, 2005
Translation revised by Hilary Park and Jennifer Udden, May, 2006
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Mémoires de madame la comtesse de L..

Entrevues clandestines
Complot contre le baron de C…#
Calomnie contre mademoiselle de F…
Séjour au couvent

Entrevues clandestines

J’allais chez la marquise de Sa… où j’étais sûre de trouver le baron, et quelque fois adroitement chez madame de V… de qui la maison m’était interdite par mon père. Mais ma femme de chambre et mes laquais m’étaient attachés, ils étaient indignés de la rupture de mon mariage et s’intéressaient fidèlement à mes peines, au moyen de quoi il m’était facile de faire toutes les démarches qui me plaisaient, et d’écrire sans craindre leur trahison.

Comme la promenade m’était ordonnée, j’allais souvent au Luxembourg où je voyais régulièrement le baron. Mais souvent assis vis à vis l’un de l’autre, nous nous regardions aussi tristement que tendrement.

Mademoiselle de Me… que je voyais toujours, m’accompagnait partout. Mon père avait eu envie de me défendre aussi de la voir, mais elle avait un frère qu’il considérait infiniment et plus elle s’apercevait de l’air froid qu’il lui marquait et plus elle redoublait ses plaisanteries agréables vis à vis de lui. Ces deux raisons réunies le contenaient, il n’osait dire mot. #

Durant nos tristes promenades elle trouvait le moyen de me faire parler au baron. Par un signe il se rendait au bas de l’allée des Chartreux et souvent même devant mon père, nous faisions mine de nous en aller en prenant notre route par le parterre et puis nous retournions contre le mur. Mais quelles étaient nos conversations ? Rien, pleurer, nous dire que nous nous aimerions toujours, nous remettre chacun un billet, nous séparer promptement.

J’ai oublié de dire que malgré la défense que mon père avait faite, j’avais écrit au baron dès que j’en eu la force pour l’instruire de ce qui c’était passé. Il en avait eu le pressentiment car il ne s’était point présenté au logis les deux premiers jours de ma fièvre, et il me dit depuis qu’il était venu dix fois à la porte sans oser entrer. Cette voix intérieure est bien singulière, que nos savants en donnent des raisons s’ils le peuvent.

Mon père sut que je voyais le baron chez la marquise de Sa… il me défendit d’y aller. Mademoiselle de Me… à qui je l’appris en parla à sa cousine. Celle-ci l’était du premier ministre, elle m’aimait, elle avait, ainsi que tout Paris, approuvé mon mariage et elle était très piquée contre mon père. Elle vint un matin nous voir et me fit des reproches devant lui de ce que je n’allais plus chez elle. Je ne répondis mot. Alors, s’adressant à mon père:

- Monsieur, lui dit-elle, je ne peux présumer que vous ayez quelque part à la négligence de mademoiselle votre fille et je vous prie de me l’envoyer souvent, je veux la voir, elle a besoin de dissipation et je lui en procurerai.

Mon père se justifia au dépens de ma santé qui, dit-il, ne me permettait guère de faire des visites étant obligée de me trouver au logis a certaines heures qui m’étaient prescrites pour prendre mes remèdes. Elle leva la difficulté en me disant que j’allasse dîner souvent chez elle et que j’y fisse porter les drogues qui m’étaient nécessaires.

Après son départ mon père me dit qu’il n’avait pu lui rompre en visière à cause du ministre qu’il était obligé de ménager, mais que j’eusse moi-même à trouver des raisons vis a vis d’elle pour n’y point aller; que si j’y retournais plus de trois fois il me mettrait dans un couvent.

Complot contre le baron de C…#

Dès le lendemain elle m’envoya inviter à dîner j’y allai, le baron y était avec l’abbé de Sa… beau frère de la dame, le plus aimable garçon du monde qui est aujourd’hui aumônier du roi. On ne parla que de nos chagrins. L’abbé condamnait mon père et attribuait son caprice à quelques dessous inconnus. Il nous dit qu’il voulait les découvrir et comme le baron lui conta ce qui s’était passé entre lui et mademoiselle Ma… l’abbé qui la voyait souvent et qui paraissait être son ami, nous dit qu’il irait la questionner. Effectivement, il nous quitta en sortant de table et revint sur les six heures:

-Je sais tout, nous dit-il, mademoiselle Ma… est la seule cause de votre malheur, elle m’a avoué la proposition qu’elle vous a faite, baron. Elle m’a dit être d’accordance avec votre père, l’avoir engagé à retirer sa parole sur les promesses qu’elle lui a faites de faire du bien à toute sa famille et à lui-même. Cette fille vous a noirci aux yeux du comte de F… elle m’a dit qu’elle lui avait appris que sa fille serait malheureuse avec vous parce que vous étiez l’homme du monde le plus inconstant, que vous aviez pris des engagements avec nombre de femmes et qu’elle en avait un elle-même qu’elle lui a fait voir, que si le mariage allait en avant malgré ses représentations elle produirait la promesse que vous lui avez faite à la veille des noces. Elle vous aime passionnément et n’en démordit pas, d’ailleurs elle ajouta qu’elle n’agit que de concert avec vous.

Le baron ne pouvait revenir de son étonnement en entendant toutes les impostures de cette fille et comme un furieux il dit qu’il allait lui demander à voir cette promesse et que si elle ne s’engageait pas à réparer ses torts il lui brûlerait la cervelle. Il voulut partir. On le retint. L’abbé de Sa… lui promit de la sermonner et se flatta de réussir, mais il n’était pas possible. Il nous dit qu’il la verrait le lendemain et que le jour d’après il nous rendrait ce qui se serait passé. Il n’y manqua pas, il vint. Il avait vu la demoiselle, lui avait demandé à voir la promesse qu’elle avait du baron. Elle lui montra, il crut reconnaître son écriture et fut très surpris, du reste, il ne gagna rien sur son esprit.

Le baron était comme enragé. On lui conseilla d’aller la trouver, de feindre beaucoup d’empressement d’être à elle, de lui savoir gré de la supercherie qu’elle avait faite en fabriquant une promesse de sa part, dire qu’il voulait la voir pour qu’elle lui servit de modèle à une véritable qu’il lui offrirait et que quand il l’aurait, il s’expliquerait différemment.

Il suivit l’avis qui lui réussit au mieux. Mademoiselle Ma… enchantée de le voir au point qu’elle désirait, avoua tout et lui montra la feinte promesse qu’il prit, fort étonné de voir son écriture si bien imitée que lui même s’y trompait. Dès qu’il la tint il traita mademoiselle Ma… avec tout le mépris possible et la laissa jurant, criant, menaçant, en un mot, dans la rage d’une furie.

Calomnie contre mademoiselle de F…

Elle envoya appeler mon père à qui elle dit que le baron sortait de chez elle, qu’il lui avait avoué l’embarras dans lequel il croyait m’avoir mise et qu’il l’avait priée d’en faire l’aveu à mon père afin qu’il m’envoya en province pour faire mes couches. Mon père était violent, il revint dans une colère affreuse, me traita comme la dernière des misérables en disant qu’il allait me mettre aux Magdelonnettes. Je fus longtemps sans comprendre ce qu’il me voulait dire. Eh ! Comment l’aurais-je compris. J’ignorais dans la plus grande innocence la façon de faire des enfants et je croyais qu’on ne pouvait en avoir sans être mariés. #

Je lui répétais donc mille fois que je n’étais pas mariée et j’avouai que j’avais vu le baron chez la marquise.

C’est une vérité constante que jamais il ne m’a fait la moindre proposition contraire à l’honneur. Nous nous embrassions tendrement, je ne connaissais pas d’autres plaisirs et lui me respectait et m’aimait trop pour ne pas ménager un bien qui devait lui appartenir un jour. Cette façon de penser ne se trouve pas parmi les français, aussi n’en a-t-il que l’agréable.

Je lui écrivis la scène qui venait de se passer ; il écrivit aussitôt à mon père pour me justifier et lui aussi, et il l’accabla de vifs reproches sur son manque de parole.

Mon père alla porter cette lettre à madame Ma… qui lui en fit observer tout le venin:

- Prenez -garde à vous, lui dit elle, c’est un homme dangereux. Votre fille, une emportée qui sacrifiera tout à sa folie. Il convenait que le baron vous écrivit pour nier le fait qu’il m’a avoué et qu’il ne manquera pas de rejeter sur un autre.

Séjour au couvent

Mon père me mit à l’abbaye de Port-Royal. L’abbesse était de ses amies, elle me reçut honnêtement. J’avais un appartement dans lequel était un parloir de façon qu’on pouvait y venir du dehors sans que les religieuses s’en aperçussent. J’avais ma femme de chambre qui avait couru chez madame de V… au moment que j’allais partir, pour l’en avertir. Elle vint me voir le lendemain et comme elle ne connaissait pas mon parloir, elle me demanda simplement à la porte. On lui fit des questions et comme elle y répondait un peu ferme on la fit passer.

Nous sanglotâmes en nous voyant:

- Ah ! Ma fille, me dit-elle, que votre père est terrible. Le baron se désespère et je crains qu’il n’en donne des preuves contre lui même. Il va venir dans un instant.

Je craignis qu’il alla à la porte et je priai madame de V… de dire à son laquais de guetter afin de le faire entrer tout de suite. L’instant d’après il arriva, je ne l’avais pas vu depuis quatre jours, je le trouvai pale, abattu en un mot méconnaissable. Nous fumes longtemps sans parler, le cœur nous manqua à tous deux. Mme de V… de son coté lui faisait sentir des sels et ma femme de chambre m’inondait de toutes les eaux possibles.

Revenus à nous:

- C’en est donc fait, me dit le baron, on vous enlève à ma tendresse, on vous met dans une triste prison et c’est moi qui en suis cause. Ah ! ma chère amie, la loi de la nature a précédé les autres faites par les hommes. Celles-ci sont un effet de leurs sages politiques mais elles ne peuvent détruire la primitive qui nous est donnée par le créateur et qui autorise notre liberté. Le consentement des partis fait seul leur union, nous nous sommes jurés une foi mutuelle, allons en goûter les douceurs dans un climat plus tranquille. Passons en Suisse, j’y ai des parents, des amis, nous y trouverons mille ressources.

Il ajouta tout ce qu’il crut capable de me déterminer. Mme de V… ne disait mot pendant que le baron parlait, elle ne répondait point à son discours mais elle me fit envisager l’horreur de mon sort par la prévention ou mon père était contre moi. Je lui répondis que la mort viendrait bientôt m’en délivrer mais que je ne me déterminerais jamais à suivre le baron. Il s’emporta contre mon père vivement et me dit même qu’il lui apprendrait qu’on ne jouait pas impunément un homme comme lui. Je tachais de l’apaiser, je le recommandais à notre amie qui me promit de venir me voir tous les jours et d’y amener le baron. Ils me laissèrent dans une cruelle perplexité, j’étais quelque fois tentée de partir avec le baron, l’instant d’après je tremblais de ce projet qui me déshonorerait et dont l’exécution aurait peut-être abrégée les jours de mon père auquel j’étais très attachée.

Il me vint voir le lendemain. Je craignais qu’il eut su la visite de la veille et je refusai d’aller au parloir sous prétexte d’un violent mal de tête. On me renvoya appeler en me disant que je devais obéir à mon père. Je répondis que je n’en connaissais plus et je n’y allai pas.

J’eus le lendemain et le jour suivant la visite de madame de V… et du baron qui m’apprirent que mon père voulait porter ses plaintes au ministre contre lui parce qu’on l’avait averti qu’il le guettait pour le tuer. Calomnie abominable : le baron pouvait se battre en homme d’honneur mais il était incapable d’avoir conçu une idée aussi criminelle.

Il était outré et consterné de cette accusation et me dit que lorsqu’il apercevait mon père, il l’évitait afin de le dissuader. Il me répéta encore les propositions qu’il m’avait faites la veille mais je le priai de ne m’en jamais parler parce que c’était inutile.

Le cinquième jour d’après mon entrée à Port-Royal, l’abbesse m’envoya prier de passer chez elle. J’y allai. Elle était dans son parloir et je crus apercevoir mon père quand elle en sortit. Elle me dit qu’il m’envoyait chercher, que son carrosse m’attendait et que je ne pouvais refuser d’y aller.


Index of people's names in text:
Index of places in text:
Paris, France: Les jardins du Palais du Luxembourg
Index of cultural notes:
aimerions: La seule source d’amour qui lui reste est ce sentiment romantique, exclusif, passionné qu’elle éprouve dès l’âge de 15 ans pour le baron. Son amour pour lui s’inscrit dans la tradition chevaleresque (il est pur, sincère, fidèle, généreux, délicat) et dans la tradition janséniste (il est fatal et destructeur).
premier ministre,: Noailles, 1er Ministre 1743-1766
l’abbé de Sa…: Louis-Hector-Honore-Maxime, Abbe de Sabran, ne en 1780, aumonieur du roi, puis eveque de Saon en 1774, aumonier de la reine en 1780.
père: Le père règne sur sa famille comme le roi sur son état, en souverain absolu. C’est lui qui décide si sa fille vivra en liberté dans le monde ou en captivité dans un couvent.
Index of themes in text:
Amour passion: Durant nos tristes promenades elle trouvait le moyen de me faire parler au baron. Par un signe il se rendait au bas de l’allée des Chartreux et souvent même devant mon père, nous faisions mine de nous en aller en prenant notre route par le parterre et puis nous retournions contre le mur. Mais quelles étaient nos conversations ? Rien, pleurer, nous dire que nous nous aimerions toujours, nous remettre chacun un billet, nous séparer promptement.
Amour passion: C’est une vérité constante que jamais il ne m’a fait la moindre proposition contraire à l’honneur. Nous nous embrassions tendrement, je ne connaissais pas d’autres plaisirs et lui me respectait et m’aimait trop pour ne pas ménager un bien qui devait lui appartenir un jour. Cette façon de penser ne se trouve pas parmi les français, aussi n’en a-t-il que l’agréable.
Amour passion: - C’en est donc fait, me dit le baron, on vous enlève à ma tendresse, on vous met dans une triste prison et c’est moi qui en suis cause. Ah ! ma chère amie, la loi de la nature a précédé les autres faites par les hommes. Celles-ci sont un effet de leurs sages politiques mais elles ne peuvent détruire la primitive qui nous est donnée par le créateur et qui autorise notre liberté. Le consentement des partis fait seul leur union, nous nous sommes jurés une foi mutuelle, allons en goûter les douceurs dans un climat plus tranquille. Passons en Suisse, j’y ai des parents, des amis, nous y trouverons mille ressources.
Autorite/Pouvoir: Mon père sut que je voyais le baron chez la marquise de Sa… il me défendit d’y aller. Mademoiselle de Me… à qui je l’appris en parla à sa cousine. Celle-ci l’était du premier ministre, elle m’aimait, elle avait, ainsi que tout Paris, approuvé mon mariage et elle était très piquée contre mon père. Elle vint un matin nous voir et me fit des reproches devant lui de ce que je n’allais plus chez elle. Je ne répondis mot. Alors, s’adressant à mon père:
Autorite/Pouvoir: - Monsieur, lui dit-elle, je ne peux présumer que vous ayez quelque part à la négligence de mademoiselle votre fille et je vous prie de me l’envoyer souvent, je veux la voir, elle a besoin de dissipation et je lui en procurerai.
Autorite/Pouvoir: Mon père se justifia au dépens de ma santé qui, dit-il, ne me permettait guère de faire des visites étant obligée de me trouver au logis a certaines heures qui m’étaient prescrites pour prendre mes remèdes. Elle leva la difficulté en me disant que j’allasse dîner souvent chez elle et que j’y fisse porter les drogues qui m’étaient nécessaires.
Autorite/Pouvoir: Après son départ mon père me dit qu’il n’avait pu lui rompre en visière à cause du ministre qu’il était obligé de ménager, mais que j’eusse moi-même à trouver des raisons vis a vis d’elle pour n’y point aller; que si j’y retournais plus de trois fois il me mettrait dans un couvent.
Autorite/Pouvoir: Mon père était violent, il revint dans une colère affreuse, me traita comme la dernière des misérables en disant qu’il allait me mettre aux Magdelonnettes. Je fus longtemps sans comprendre ce qu’il me voulait dire.
Autorite/Pouvoir: mais elle me fit envisager l’horreur de mon sort par la prévention ou mon père était contre moi.
Couvent: Mon père me mit à l’abbaye de Port-Royal. L’abbesse était de ses amies, elle me reçut honnêtement. J’avais un appartement dans lequel était un parloir de façon qu’on pouvait y venir du dehors sans que les religieuses s’en aperçussent. J’avais ma femme de chambre qui avait couru chez madame de V… au moment que j’allais partir, pour l’en avertir. Elle vint me voir le lendemain et comme elle ne connaissait pas mon parloir, elle me demanda simplement à la porte. On lui fit des questions et comme elle y répondait un peu ferme on la fit passer.
Couvent: Nous sanglotâmes en nous voyant:
Couvent: - Ah ! Ma fille, me dit-elle, que votre père est terrible. Le baron se désespère et je crains qu’il n’en donne des preuves contre lui même. Il va venir dans un instant.
Couvent: Je craignis qu’il alla à la porte et je priai madame de V… de dire à son laquais de guetter afin de le faire entrer tout de suite. L’instant d’après il arriva, je ne l’avais pas vu depuis quatre jours, je le trouvai pale, abattu en un mot méconnaissable. Nous fumes longtemps sans parler, le cœur nous manqua à tous deux. Mme de V… de son coté lui faisait sentir des sels et ma femme de chambre m’inondait de toutes les eaux possibles.
Couvent: Revenus à nous:
Devoir: Ils me laissèrent dans une cruelle perplexité, j’étais quelque fois tentée de partir avec le baron, l’instant d’après je tremblais de ce projet qui me déshonorerait et dont l’exécution aurait peut-être abrégée les jours de mon père auquel j’étais très attachée.
Devoir: On me renvoya appeler en me disant que je devais obéir à mon père.
Devoir: Il était outré et consterné de cette accusation et me dit que lorsqu’il apercevait mon père, il l’évitait afin de le dissuader. Il me répéta encore les propositions qu’il m’avait faites la veille mais je le priai de ne m’en jamais parler parce que c’était inutile.
Education: Eh ! Comment l’aurais-je compris. J’ignorais dans la plus grande innocence la façon de faire des enfants et je croyais qu’on ne pouvait en avoir sans être mariés.
Mensonge/Trahison: -Je sais tout, nous dit-il, mademoiselle Ma… est la seule cause de votre malheur, elle m’a avoué la proposition qu’elle vous a faite, baron. Elle m’a dit être d’accordance avec votre père, l’avoir engagé à retirer sa parole sur les promesses qu’elle lui a faites de faire du bien à toute sa famille et à lui-même. Cette fille vous a noirci aux yeux du comte de F… elle m’a dit qu’elle lui avait appris que sa fille serait malheureuse avec vous parce que vous étiez l’homme du monde le plus inconstant, que vous aviez pris des engagements avec nombre de femmes et qu’elle en avait un elle-même qu’elle lui a fait voir, que si le mariage allait en avant malgré ses représentations elle produirait la promesse que vous lui avez faite à la veille des noces. Elle vous aime passionnément et n’en démordit pas, d’ailleurs elle ajouta qu’elle n’agit que de concert avec vous.
Mensonge/Trahison: Le baron ne pouvait revenir de son étonnement en entendant toutes les impostures de cette fille et comme un furieux il dit qu’il allait lui demander à voir cette promesse et que si elle ne s’engageait pas à réparer ses torts il lui brûlerait la cervelle. Il voulut partir. On le retint. L’abbé de Sa… lui promit de la sermonner et se flatta de réussir, mais il n’était pas possible. Il nous dit qu’il la verrait le lendemain et que le jour d’après il nous rendrait ce qui se serait passé. Il n’y manqua pas, il vint. Il avait vu la demoiselle, lui avait demandé à voir la promesse qu’elle avait du baron. Elle lui montra, il crut reconnaître son écriture et fut très surpris, du reste, il ne gagna rien sur son esprit.
Mensonge/Trahison: Le baron était comme enragé. On lui conseilla d’aller la trouver, de feindre beaucoup d’empressement d’être à elle, de lui savoir gré de la supercherie qu’elle avait faite en fabriquant une promesse de sa part, dire qu’il voulait la voir pour qu’elle lui servit de modèle à une véritable qu’il lui offrirait et que quand il l’aurait, il s’expliquerait différemment.
Mensonge/Trahison: Il suivit l’avis qui lui réussit au mieux. Mademoiselle Ma… enchantée de le voir au point qu’elle désirait, avoua tout et lui montra la feinte promesse qu’il prit, fort étonné de voir son écriture si bien imitée que lui même s’y trompait. Dès qu’il la tint il traita mademoiselle Ma… avec tout le mépris possible et la laissa jurant, criant, menaçant, en un mot, dans la rage d’une furie.
Vie a Paris: Comme la promenade m’était ordonnée, j’allais souvent au Luxembourg où je voyais régulièrement le baron.
Vie a Paris: Dès le lendemain elle m’envoya inviter à dîner j’y allai, le baron y était avec l’abbé de Sa… beau frère de la dame, le plus aimable garçon du monde qui est aujourd’hui aumônier du roi. On ne parla que de nos chagrins. L’abbé condamnait mon père et attribuait son caprice à quelques dessous inconnus. Il nous dit qu’il voulait les découvrir et comme le baron lui conta ce qui s’était passé entre lui et mademoiselle Ma… l’abbé qui la voyait souvent et qui paraissait être son ami, nous dit qu’il irait la questionner. Effectivement, il nous quitta en sortant de table et revint sur les six heures: