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Text encoded by Sandra Koudoro and Hilary Park, November, 2005
Translation revised by Hilary Park and Jennifer Udden, May, 2006
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Mémoires de madame la comtesse de L..

Enlèvement d’une jeune fille de qualité
Séjour à L’Isle-Adam chez le prince de Conti

Enlèvement d’une jeune fille de qualité

Il m’arriva une aventure singulière au commencement du printemps. J’étais à la messe # un jour de fête aux carmes Deschaux de la rue Vaugirard #. J’y allais souvent en traversant le Luxembourg. # C’était à celle de deux heures. Comme je laissais sortir la foule et qu’il n’y avait plus que trois ou quatre personnes dans l’église, la loueuse de chaise vint me dirent qu’elle croyait qu’on me guettait, qu’il y avait des gens en redingote mais qui avaient des vestes à la livrée de C… et qu’elle les voyait tendre le nez à tout instant à la porte avec un air d’impatience.

Je ne fis que rire de l’avis, n’imaginant pas qu’il put me regarder et je sortis un instant après suivie de ma femme de chambre et de mon housard seul, contre mon ordinaire ayant toujours un autre laquais avec lui.

A peine eus-je mis le pied dans la rue que deux hommes me prirent et me jetèrent dans une chaise de poste avec ma femme de chambre. Je fus si surprise que je n’eus pas la force de dire un mot. Lorsque nous eûmes passé la barrière, à quelque distance, je vis deux hommes qui se promenaient que je reconnus aussitôt, l’un pour le prince de C… l’autre pour un officier de sa maison. Une berline à six chevaux était arrêtée près d’eux, ils vinrent à la chaise qu’on arrêta:

- Mademoiselle, me dit le prince, il faut venir avec moi à L… A... Monsieur votre père va venir vous y joindre, je voulais l’emmener mais une affaire le retint encore pour deux heures et je lui ai dit que je vous prendrai en passant devant les Carmes où il me dit que vous étiez.

J’étais fort émue, je lui répondis pourtant qu’il ne fallait pas user de violence comme avaient fait ses gens. Il feignit de les gronder et me dit qu’ils avaient voulu s’amuser en donnant un air de roman à leur commission.

Ma femme de chambre me disait tout bas:

#

- Mademoiselle ce n’est pas vrai. Monsieur le comte n’ira pas à L… A... Prenez garde à vous.

Je n’étais pas trop rassurée. J’avais vu quelquefois le prince qui m’avait dit des douceurs, il était charmant mais il avait la réputation d’un homme dangereux pour les femmes. Je le priai de me faire conduire chez mon père lui disant que je partirais avec lui mais il ne le voulut pas et nous montâmes dans la berline. Pendant la route il me tint des propos fort agréables mais très décents.

# Séjour à L’Isle-Adam chez le prince de Conti
# #

Nous arrivâmes chez lui, L… A... est un séjour enchanté. Les bâtiments, les dehors, tout y est admirable. Nous nous promenâmes. Mon père n’arrivait point, cela m’inquiéta et je le dis au prince qui me répondit froidement que sans doute il avait été arrêté plus longtemps qu’il n’avait cru.

#

Le lendemain matin, il vint dans mon appartement #, ma femme de chambre # venait d’en sortir, il ferma la porte et m’avoua que sa passion pour moi l’avait engagé à la démarche qu’il avait faite, et ajouta tout ce qu’on peut de plus tendre et de plus séduisant.

Je lui répondis avec tant de hauteur et de fermeté qu’il en fut interdit. Il crut que l’intérêt réussirait mieux, il tira de sa poche un écrin où il y avait bien pour cinquante mille écus de diamants en me disant que si je cédais à ses empressements, il me marierait aussitôt en me dotant de la meme fortune.

J’avais été très offensée de son premier début, mais je fus outrée à ses dernières propositions, et le traitai durement:

- Quoi monsieur, lui dis-je, est-ce à un homme comme vous qu’il convient d’insulter une femme comme moi. L’habitude que vous avez de vivre avec des femmes perdues vous aveugle donc au point de me croire dans leur goût. Portez-leur vos offres, elles seront reçues et apprenez à respecter celles qui le méritent par leur sentiment d’honneur. Vous me connaissez, comment avez-vous pu former un dessein aussi indigne de votre nom et du mien. Une couronne ne me tenterait pas à pareil prix. Renvoyez-moi je vous prie, mon père est sûrement dans les plus vives alarmes sur mon sort. Vous payez mal l’attachement qu’il a toujours eu pour vous et votre maison.

Le prince fut consterné de mon discours, il redoubla d’honnêteté et de douceur. Voyant que l’intérêt ne me touchait pas, il me dit qu’il connaissait la cause de mon refus, que l’inclination que j’avais pour le baron de C… m’aveuglait, qu’il ferait réussir mon mariage si je voulais, qu’il me le permettrait aux conditions qu’il désirait, mais que j’étais un enfant de m’entêter en faveur de cet homme qui était sans fortune. Je le préférerai toujours lui dis-je vivement à un prince riche et sans sentiments.

Je fus obligée de rester toute la journée à L… A... # Je voulus me sauver à pied, le prince s’en aperçut et ne me quitta plus, mais ce ne fut plus un entreprenant. Il eut au contraire l’air triste et vraiment touché, il me dit tout ce qu’une passion tendre et respectueuse put lui suggérer, me demanda mille pardons de son entreprise, m’assura de son estime et de son attachement éternel, me pria de raconter à mon père cette aventure comme venant de mon propre mouvement et ayant été accompagnée par la comtesse de Fo… amie du prince. Il écrivit à cette dame pour la prier de se prêter à cet arrangement vis-à-vis de mon père. Je lui remis sa lettre le lendemain que je fus reconduite à Paris.

Le prince fit tout ce qu’il put pour me faire accepter un très beau diamant, je le refusai net.

La comtesse de Fo… chez qui j’allai débarquer après avoir lu la lettre du prince, monta dans le carrosse avec moi, et me ramena au logis comme si nous fussions arrivées ensemble de L… A... Mon père était très inquiet. Il n’avait su que ce que mon housard lui avait dit, et celui-ci n’avait connu personne de façon que mon père avait fait toutes sortes de perquisitions inutiles, et il allait porter sa plainte lorsque nous arrivâmes. Il me gronda de ne pas l’avoir fait avertir de ce prompt départ. La comtesse lui dit d’un air étonné qu’elle avait chargé un de ses gens de l’en avertir, que m’ayant trouvée à la messe des Carmes, et partant de là dans une voiture que le prince lui avait envoyée, l’idée de m’emmener avec elle lui était venue. Mon père fut très content et jamais cette aventure n’a été positivement sue.


Index of people's names in text:
Le prince de Conti: Louis Francois de Bourbon, prince de Conti, ne le 18 aout 1717; mort le 2 aout 1776, commanda en Piedmont ou il ganga la bataille de Corni 1744, puis en Flandre ou il prit Mons et Charleroy 1746. Epouse en 1739 Henriette de Bourbon qui mourut 2 ans apres. Il laissa un fils qui mourut a Barcelone en 1814 et en qui finit la branche des Conti.
Index of places in text:
L'Isle-Adam, France: L'Isle-Adam qui se trouvait dans une isle sur l'Oise a été remplacé par les demeures Prince de Conti que a disparu pendant la révolution. La ville moderne est construit sure les axe de propriétaires de XVIII siècle. Il ne reste plus que le pavillon du château.
Index of cultural notes:
carmes Deschaux de la rue Vaugirard : Le couvent des Carmes fut fondé en 1451 par l'ordre des Carmélites. Leur idéal était une vie de rigueur de solitude, à la manière des ermites. Les sandales de cuir que portaient les moines les firent désignés sous le nom de Carmes deschaux (déchaussés). Ils s'établirent à Paris rue de Vaugirard entre la rue Cassette et la rue d'Assas en 1611. Le couvent des Carmes fut le théatre pendant la Révolution du massacre de nombreux catholiques.
Index of themes in text:
L'Autorité Paternelle: La comtesse de Fo… chez qui j’allai débarquer après avoir lu la lettre du prince, monta dans le carrosse avec moi, et me ramena au logis comme si nous fussions arrivées ensemble de L… A... Mon père était très inquiet. Il n’avait su que ce que mon housard lui avait dit, et celui-ci n’avait connu personne de façon que mon père avait fait toutes sortes de perquisitions inutiles, et il allait porter sa plainte lorsque nous arrivâmes. Il me gronda de ne pas l’avoir fait avertir de ce prompt départ. La comtesse lui dit d’un air étonné qu’elle avait chargé un de ses gens de l’en avertir, que m’ayant trouvée à la messe des Carmes, et partant de là dans une voiture que le prince lui avait envoyée, l’idée de m’emmener avec elle lui était venue. Mon père fut très content et jamais cette aventure n’a été positivement sue.
L'honnetété: J’avais été très offensée de son premier début, mais je fus outrée à ses dernières propositions, et le traitai durement:
L'honnetété: - Quoi monsieur, lui dis-je, est-ce à un homme comme vous qu’il convient d’insulter une femme comme moi. L’habitude que vous avez de vivre avec des femmes perdues vous aveugle donc au point de me croire dans leur goût. Portez-leur vos offres, elles seront reçues et apprenez à respecter celles qui le méritent par leur sentiment d’honneur. Vous me connaissez, comment avez-vous pu former un dessein aussi indigne de votre nom et du mien. Une couronne ne me tenterait pas à pareil prix. Renvoyez-moi je vous prie, mon père est sûrement dans les plus vives alarmes sur mon sort. Vous payez mal l’attachement qu’il a toujours eu pour vous et votre maison.
La Bienséance: Le prince fut consterné de mon discours, il redoubla d’honnêteté et de douceur. Voyant que l’intérêt ne me touchait pas, il me dit qu’il connaissait la cause de mon refus, que l’inclination que j’avais pour le baron de C… m’aveuglait, qu’il ferait réussir mon mariage si je voulais, qu’il me le permettrait aux conditions qu’il désirait, mais que j’étais un enfant de m’entêter en faveur de cet homme qui était sans fortune. Je le préférerai toujours lui dis-je vivement à un prince riche et sans sentiments.
La Raison: Je n’étais pas trop rassurée. J’avais vu quelquefois le prince qui m’avait dit des douceurs, il était charmant mais il avait la réputation d’un homme dangereux pour les femmes.
La Réligion: Il m’arriva une aventure singulière au commencement du printemps. J’étais à la messe # un jour de fête aux carmes Deschaux de la rue Vaugirard #. J’y allais souvent en traversant le Luxembourg. # C’était à celle de deux heures. Comme je laissais sortir la foule et qu’il n’y avait plus que trois ou quatre personnes dans l’église, la loueuse de chaise vint me dirent qu’elle croyait qu’on me guettait, qu’il y avait des gens en redingote mais qui avaient des vestes à la livrée de C… et qu’elle les voyait tendre le nez à tout instant à la porte avec un air d’impatience.
La Réligion: Je ne fis que rire de l’avis, n’imaginant pas qu’il put me regarder et je sortis un instant après suivie de ma femme de chambre et de mon housard seul, contre mon ordinaire ayant toujours un autre laquais avec lui.
La Réputation: - Mademoiselle, me dit le prince, il faut venir avec moi à L… A... Monsieur votre père va venir vous y joindre, je voulais l’emmener mais une affaire le retint encore pour deux heures et je lui ai dit que je vous prendrai en passant devant les Carmes où il me dit que vous étiez.
La Séduction: J’étais fort émue, je lui répondis pourtant qu’il ne fallait pas user de violence comme avaient fait ses gens. Il feignit de les gronder et me dit qu’ils avaient voulu s’amuser en donnant un air de roman à leur commission.
La Séduction: Le lendemain matin, il vint dans mon appartement #, ma femme de chambre # venait d’en sortir, il ferma la porte et m’avoua que sa passion pour moi l’avait engagé à la démarche qu’il avait faite, et ajouta tout ce qu’on peut de plus tendre et de plus séduisant.
La Séduction: Le prince fit tout ce qu’il put pour me faire accepter un très beau diamant, je le refusai net.
La Trahison: A peine eus-je mis le pied dans la rue que deux hommes me prirent et me jetèrent dans une chaise de poste avec ma femme de chambre. Je fus si surprise que je n’eus pas la force de dire un mot. Lorsque nous eûmes passé la barrière, à quelque distance, je vis deux hommes qui se promenaient que je reconnus aussitôt, l’un pour le prince de C… l’autre pour un officier de sa maison. Une berline à six chevaux était arrêtée près d’eux, ils vinrent à la chaise qu’on arrêta:
La Vertu: Je lui répondis avec tant de hauteur et de fermeté qu’il en fut interdit. Il crut que l’intérêt réussirait mieux, il tira de sa poche un écrin où il y avait bien pour cinquante mille écus de diamants en me disant que si je cédais à ses empressements, il me marierait aussitôt en me dotant de la meme fortune.
Le Chagrin: Je fus obligée de rester toute la journée à L… A... # Je voulus me sauver à pied, le prince s’en aperçut et ne me quitta plus, mais ce ne fut plus un entreprenant. Il eut au contraire l’air triste et vraiment touché, il me dit tout ce qu’une passion tendre et respectueuse put lui suggérer, me demanda mille pardons de son entreprise, m’assura de son estime et de son attachement éternel, me pria de raconter à mon père cette aventure comme venant de mon propre mouvement et ayant été accompagnée par la comtesse de Fo… amie du prince.
Le Devoir: Il écrivit à cette dame pour la prier de se prêter à cet arrangement vis-à-vis de mon père. Je lui remis sa lettre le lendemain que je fus reconduite à Paris.
Le Voyage: Je le priai de me faire conduire chez mon père lui disant que je partirais avec lui mais il ne le voulut pas et nous montâmes dans la berline. Pendant la route il me tint des propos fort agréables mais très décents.