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  L'opposition


Abd-el Krim

  L'opposition de la domination européenne allait provoquer la révolte des masses paysannes 
(révolte d'Abd el-Krim, 1921-1926), relayées à partir des années trente par les nouvelles élites urbaines, avant que n'entrent en scène, après la Seconde Guerre mondiale, les masses ouvrières. Abd el-Krim sut exploiter l'opposition à la domination européenne et le mécontentement des populations rifaines; la République des tribus confédérées du Rif mit un moment en péril le protectorat. 

La reddition d'Abd el-Krim en 1926, comme le retrait de Lyautey, ouvrit une nouvelle période où la France recourut de plus en plus à l'administration directe, accéléra la colonisation rurale encouragea le peuplement européen et reprit la conquête militaire, achevée en 1944. Les effets de la crise économique mondiale, qui fut sensible au Maroc en 1931-1932, des maladresses administratives, comme 
le dahir (arabe, zahir , loi) sur la juridiction berbère de mai 1930, la poussée démographique et ses premières conséquences sociales provoquèrent les premiers symptômes d'une nouvelle opposition. Celle-ci ne vint plus de la montagne et des forces traditionnelles, mais des jeunes élites modernes.

L'ère de libéralisme politique qu'ouvrait, en 1936, l'avènement du Front populaire en France encouragea les espoirs. Le mouvement gagnait les villes et les campagnes. Les troubles de 1937, à Meknès et Marrakech, montrèrent son extension. Pourtant, à la veille de la Seconde Guerre mondiale, les divisions du parti nationaliste, la crainte des revendications des pays de l'Axe rapprochèrent Français et Marocains.
Au lendemain du conflit, la situation avait considérablement changé. 
Les difficultés alimentaires, montrant la fragilité de l'économie du pays, avaient provoqué une grande misère et une forte émigration rurale. Le système colonial avait partout été ébranlé, la Charte de l'Atlantique avait rappelé le "droit de tous les peuples à choisir la forme de gouvernement sous lequel ils veulent vivre"

Les rangs des nationalistes grossissent et revendiquent l'indépendance et non plus seulement les réformes. Pendant la Seconde guerre mondiale, les Marocains combattent en Europe contre les promesses faites par les Alliés puis obtiennent le soutien américain lors de la conférence d'Anfa en 1943. Dès lors, le sultan Mohamed 
V affiche clairement son soutien au mouvement de lutte pour l'indépendance, toujours plus important.

Le débarquement américain de novembre 1942, l'entrevue d'Anfa de 1943 où le sultan rencontra Roosevelt, les encouragements du président des États-Unis au nationalisme marocain précisèrent les revendications des partis politiques. L'influence de la Ligue arabe,la caution donnée au mouvement nationaliste par le sultan (discours de Tanger, 1947) rendaient urgente une nouvelle définition du régime du protectorat.Des négociations s'engagèrent entre le sultan Sidi Mohammed et le gouvernement français, mais elles achoppèrent sur la question de souveraineté. 

À la fête du Trône, qui coïncidait en 1952 avec le vingt-cinquième anniversaire de son avènement, le sultan réaffirma sa volonté d'indépendance, cependant que les sanglants événements de Casablanca, les 7 et 8 décembre, annonçaient la crise. La résidence interdit le Parti communiste et le parti de l'Istiqlal (indépendance), encouragea l'opposition au sultan de certains milieux traditionalistes (pétition du 21 mai 1953). Le 20 août, Sidi Mohammed fut contraint d'abdiquer. Il fut remplacé, le 21, par son cousin Ben Arafa. Le gouvernement français avait laissé faire: sa politique marocaine s'élaborait moins à Paris que dans les cercles liés à la résidence.Les réformes qui devaient justifier le coup de force furent remises 
de mois en mois devant l'opposition conservatrice, puis le développement du mouvement de résistance marocain. Aux difficultés intérieures s'ajoutaient les difficultés extérieures. 

L'indépendance
 

Après la recherche laborieuse d'un compromis, la déclaration de La Celle-Saint-Cloud, le 6 novembre 1955, annonce des "négociations destinées à faire accéder le Maroc au statut d'État indépendant uni à la France par des liens permanents d'une interdépendance librement consentie et définie"
Les négociations furent rapidement menées et aboutirent, le 2 mars 1956, à 
un accord qui considérait comme caduc le traité de Fès du 30 mars 1912 et reconnaissait 
l'indépendance du Maroc. 

La lutte pour l'indépendance semblait se poursuivre par la reconquête d'un passé qui paraissait avoir été doublement confisqué:d'une part dans sa gestion, d'autre part dans son écriture dont on supposait qu'elle avait été systématiquement déformée par la vision "coloniale". La redécouverte de leur passé par les Marocains et le renouvellement de l'historiographie dominent ainsi la vie culturelle du Maroc depuis 
les années 1960.

Au vrai, le protectorat, s'il avait fourni des instruments de travail en publiant des sources européennes (Les Sources inédites de l'histoire du Maroc , 30 vol.), des monographies (Villes et Tribus , 13 vol.) et des revues d'un haut niveau scientifique (Archives berbères 1915-1920; Archives marocaines , 1904-1936; Hespéris, depuis 1922), avait surtout encouragé les travaux archéologiques.Les premières années de l'indépendance sont marquées par un manichéisme aux valeurs inversées, ainsi que par la recherche de la spécificité de l'histoire marocaine dans des interprétations générales souvent d'inspiration marxiste. Le renouvellement se fait dans les années 1980 seulement. Il est dû conjointement à la relève de jeunes historiens 
marocains et à l'accès à de nouvelles sources.

Liens Utiles


La site sur le Nationaliste marocain (1882-1963) Abd el Krim


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