Le Napoléon de Hugo

"Bonaparte"
par Victor Hugo (1802-1885)
[ Poèmes d'enfance et de jeunesse (Sans date; Probablement 1818)]
_____


Tel, quand, du haut des monts blanchis par les frimas
Entrainé par les vents, un roc, avec fracas,
Se détache, et, roulant sur des gouffres de glace,
Bondit, tombe, et s'accroît; son effroyable masse,
Faisant voler au loin d'horribles tourbillons,
Va bientôt de sa chute engloutir les vallons;
Tel, quittant ses rochers et ses antres sauvages,
La rage dans le sein, accourt sur nos rivages
Ce nouveau Marius, ce monstre audacieux :
Il s'avance suivi de soldats factieux,
Et bientôt, ô terreur! bientôt sa barbarie
Va d'un fleuve de sang inonder ma patrie.
France! Que sa fureur te causera de maux !
Je vois déjà Bellone, agitant ses flambeaux
Et semant en tous lieux la mort et l'épouvante,
Moissonner ces héros dont le monde se vante,
Je vois l'airain mortel briller de tous côtés
Et la flamme et le fer désoler tes cités,
J'entends gronder au loin les foudres de la guerre
Et les pas des coursiers font retentir la terre.
Tremble, tyran: l'Europe et ses rois soulevés
Contre tes noirs projets se sont tous élevés;
Tremble! voici l'instant où ta gloire odieuse
Subira du Destin la main victorieuse.
Sombre, inquiet, en proie aux remords déchirants,
Aux remords qui toujours poursuivent les tyrans,
Tu voulus tout dompter dans ton brûlant délire,
Et, pour mieux l'affermir, tu perdis ton empire.
Mais du sang des Français cimentant tes malheurs,
Ta chute même, hélas! nous fit verser des pleurs.
Champs de Waterloo, bataille mémorable,
Jour à la fois pour nous heureux et déplorable...

 

Des autres poèmes de Hugo