Le 20 septembre 1972

LA RÉALISATION D'UN BEAU RÈVE

Historique de l'Union Saint-Jean-Baptiste

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Au commencement, 11 y eut d'abord cet esprit de sagesse, de prudence, de détermination qui plane au-dessous de tout grand mouvement. Car 11 se trouvait parmi les Franco-Américains, déjà très nombreux en Nouvel1e-Angleterre, des esprits clair. voyants, désintéresses, qui s'attristaient de l'émiettement de nos forces, partagées en une multitude de petites sociétés ou associations peu viables parce que, pour la plupart, elles etaient nees d'un courant d'enthousiasme et il leur manquait le capital humain ainsi que la méthode et les principes qui doivent régir une entreprise financière de protection d'assurance. Le rêve de nos chefs, de réunir ces poussières de sociétés en un tout solide et bien organise etait donc justifie. Aussi ne tarda-t-il pas a rallier 1es esprits les plus éclairés. Mais du rêve a la réalisation, quelle distance a parcourir! Et combien difficile!

 

Deja; les 26 et 27 février 1899, les représentants de plusieurs sociétés locales s'etaient réunis à Holyoke (Massachusetts), et après avoir discute sérieusement 1a situation, i1s avaient crée un comite charge de faire l'étude d'un plan. de fédération. Après un an de travail consciencieux, ce comite convoquait les soeietes a un congres qui eut lieu à Woonsocket (Rhode Island) le 27 mars 1900. 76 de1egues représentant 18 sociétés etaient présents a ce ralliement, qui fut~ pour ainsi dire, Ie premier Congres de l'Union Saint-Jean Baptiste d'Amérique. On décida d'abord la fondation de cette nouvelle société fédérative; et on lui donna pour but de "réunir dans un même; sentiment de fraternité toutes les personnes d'origine française vivant aux États-Unis et de contribuer a leur avancement collectif et individuel". On prit pour devise: "L'Union fait la force". Des lors, un Immense travail d 'organisation s'imposait; 11 fut confie à un bureau de direction ayant nom "Conseil suprême", dont les principaux officiers etaient: MM. Édouard Cadieux"; président; J. Adelard Caron, secrétaire; Philippe Boucher, trésorier, et le docteur Joseph H. Boucher, médecin réviseur. Huit conseillers complétaient ce premier Conseil suprême. Six semaines plus tara: soit le 6 mal 1900, les membres de ce Conseil votaient d'établir le siège social de la nouvelle Société a Woonsockst. Le lendemain, 7 mai, 1'Union Saint-Jean-Baptiste d'Amérique obtenait sa charte civile de l'État du Rhode Island. Son institution étant reconnue par la loi, la Société qui etait destinée à devenir la plus grande de nos mutuelles-vies nationels existait donc en principe, mais en principe seulement. Car ce n'est que le 31 octobre de la même année qu'elle enrôlait ses premiers membres. Elle accomplit ce premier pas en fédérant la Société Saint-Jean-Baptiste de Woonsocket et l'Institut Canadien-Francais. Cette première victoire consacrait l'œuvre de fédération, ce le déclarait avec enthousiasme le secrétaire Adélard Caron, à l'assemblée conjointe du 31 octobre.

 

Les 770 membres de ces deux sociétaux locales formèrent les Conseils Saint-Jean-Baptiste No 2 et Institut Canadien-Francais No 4, de Woonsocket. Le numéro d'ordre y serait plus tard donne à 1a Société Saint-Jean-Baptiste de Holyoke, lorsqu'elle serait devenue le Conseil Saint-Jean-Baptiste, puisque c'est de là qu'était partie l'initiative du grand projet de fédération, et le numéro d'ordre 3 irait aux Zouaves Canadiens-Français de New Bedford, pour avoir fait le premier versement de fonds à la nouvelle Société. Aux cours de la même année, deux autres sociétés locales, cella de Harrisville et celle de Manville, toujours au Rhode Island, allaient se joindre à la nouvelle fédération. Le premier rapport officiel de L'Union Saint-Jean-Baptiste d'Amérique, au 31 décembre 1900, indique qu'elle comptait alors 1,024 membres et que son actif s'établissait a $1,795.91. cependant, on n'etait pas encore sorti du Rhode Island. Dès l'admission officielle de la Société dans le Massachusetts, le 14 février 1901, plusieurs autres associations ne tardèrent pas a s'affilier; elles n'attendaient que le moment propice. Et le 19 avril, le Conseil suprême prenait une décision tres significative en ouvrant un bureau permanent dans l'immeuble "Unity", à Woonsocket. Cet immeuble allait servir de bureau chef jusqu'a l'inauguration de l'édifice actuel, rue Social, en juillet 1927. On eut dit que la détermination des fondateurs de l'Union Saint-Jean-Baptiste d'Amérique exerçait une influence bienfaisante sur nos compatriotes. Le premier juin de la même année, en effet, l'affiliation de l'Association des canadiens-Francais Américains apportait 20 nouveaux Conseils de la Société; soit 800 nouveaux membres. Avant la fin de sa deuxième année, on pouvait déjà constater que l'Union Saint-Jean-Baptiste d'Amérique etait bien lancée et que sa croissance rapide assurait déjà sa permanence.

 

Instituée sur une base démocratique, la nouvelle Société devait donc faire appel à ses membres ou a leurs représentants lorsqu'il s'agissait de décisions majeures. Il fut donc décide dès 1e début de tenir un Congres général tous les deux ans; et ceci dura jusqu'en 1912, alors qu'il fut convenu de tenir ces grandes assises a trois ans d'intervalle. Au Congres de Lewiston (Maine), en 1921, on amena de nouveau les Statuts et règlements de manière a se réunir en convention tous les quatre ans seulement. Ce règlement durera jusqu'au Congres de Worcester, en 1966, alors qu'on reviendra a la tenue de Congres biennaux. Ceci vaut la peine d'être retenu car, ainsi qu'on vient de le dire, ce sont les Congres qui tranchent les grandes questions, tels les changements a nos Statuts et règlements par exemple. A noter ici que le premier conseil d'administration s'appelait Conseil suprême; de même que les officiers s'appelait les Officiers suprêmes, C'est a partir de 1902, donc après le Congres de Southbridge (Massachusetts) que le grand conseil administratif devient le Bureau général et que les principaux dirigeants sont des officiers généraux.

 

A mesure que la Société grandit et que ses Congres prennent de l'importance, il est intéressant de constater que la plupart de ces grandes assises ont été marquées par des décisions qui ont détermine l'orientation de la Société et influence une grande partie de l'élément franco-américain. Sous ce rapport, rappelons encore le Congres de Southbridge, ou l'on décida d'admettre les femmes dans nos rangs; ce qui devait donner un nouvel essor a la Société, et ou les délègues adoptèrent les taux d'assurance du "National Fraternel Congress", lesquels établissaient l'assurance de la Société sur une base scientifique.

 

C'est au cours de cette même année 1902 que le Bureau général, conscient de l'importance de la presse catholique et de langue français, votait la publication d 'un bulletin ou journal officiel de la Société. "L'Union", le bulletin en question, paraissait donc pour la première fois au mois de novembre. De 1902 a 1956, cet organe fut mensuel. Avec la livraison d'avril-ma1 1956 commençait sa publication bimestrielle. Il parait maintenant quatre fois l'an, et cela, député janvier 1965. Organe strictement mutualiste, il ne s'est jamais écarte de l'esprit qui a fait grande notre Société; c'est a dire 1e respect de la religion catholique et l'amour de la culture française. Il n'est pas prétentieux, mais en un temps ou la presse de langue française a presque complètement disparu en Nouvelle-Angleterre, il se pique au moine de faire encore entrer du français dans les foyers franco-américains.

 

La gaieté, on le sait, etait un trait caractéristique des Canadiens-Francais. Ils possédaient donc tout un répertoire de chansons populaires dont ils savaient égayer leur vie. L'Union Saint-Jean-Baptiste d'Amérique eut l'inspiration heureuse lorsqu'elle crut devoir se faire la propagandiste de nos vieilles chansons. Elle publiait donc, en décembre 1905, le premier tome des "Chants populaires des Franco-Américains". La série de ces vieux refrains s'est développe et comprend en tout douze tomes. Plus de 200,000 exemplaires de ces publications ont pénètre dans les foyers des membres et des amis de la Société depuis cette date lointaine. Cette belle œuvre fut amplifiée davantage par la publication, en 1931, d'un recueil de vieux cantiques et d'hymnes religieuses a l'usage des familles franco-américaines, des paroisses et des maisons d'éducation.

 

Pendant tout ce temps, la Société ne cessait de progresser a pas de géant. Si bien qu'a son sixième Congres biennal, tenu a Manchester (New Hampshire) en 1910, l'effectif se chiffrait a 24,669 membres et l'actif atteignait $329,944.92. En l'espace de dix ans, un tel développement tenait du prodige. Aussi bien, les administrateurs etaient des gens qui avaient de l'imagination; ils n'etaient jamais a court de ressources. Mieux encore, ils savaient mêler le sentimental au pratique, Ainsi, en 1904, faisaient-ils adopter officiellement par la Société le drapeau Carillon-Sacre-Coeur. Et en 1906, lors du quatrième Congres, on avait fonde une caisse des malades afin de répondre aux besoins les plus pressants des familles de nos sociétaires. Deux ans p]us tard, en avril 1908, dans son débit d'entretenu, chez les membres Ie goût de notre~ 1angue et de stimuler chez eux un intérêt justifie a l'histoire des pionniers français en terra américaine, le Bureau général avait fait l'achat de la fameuse collection de livres du Major Edmond Mallet, au prix de $1,969.50. Cette somma ayant été payée des fonds de la Caisse d'assurance, les com~ss~j,res d'assurance désapprouvèrent la transaction et ordonnèrent le remboursement de ce montant. La Société ne se défit pas pour autant de la collection Mallet, laquelle fut rachetée par une souscription générale auprès de ses Conseils et de ses amis. Fort heureusement, car ce trésor a été le commencement de ce qu'on appelle aujourd'hui la Bibliothèque Mallet, qui est d'une grande richesse en livres rares et en documents précieux.

 

Helas! on ne se acute pas toujours des conséquences sérieuses que peut produire un geste en apparence assez banal. L'irrégularité qu'avait représente l'achat de la collection Mallet et la condamnation des commissaires d' assurance qui s'ensuivit eurent de si fâcheuses répercussions que le 31 octobre 1910, le secrétaire général Adelard Caron démissionnait afin de calmer les esprits. Mais rien n'y fit, et quelques jours plus tard un décret de la Cour supérieure du Rhode Island ordonnait la convocation d'un Congres extraordinaire pour replacer les principaux officiers généraux, tons forces de démissionner. Ce furent des jours tres sombres pour la Société. Le Congres spécial eut lieu a Providence (Rhode Island) les 12 et 13 décembre 19l1. Afin de remettre la Société dans la voie du progrès, les délègues firent table rase des principaux administrateurs et élirent quatre nouveaux officiers dans les personnes de Henri T. Ledoux, président; Élie Vezina, secrétaire; Pierre Bonvouloir, trésorier, et le Dr Florian A. Ruest, médecin réviseur.

 

Quelle équipe merveilleuse que ce nouveau groupe d'administrateurs! Lorsque MM, Ledoux et Vezina prendront leur retraite, le premier en 1946 et le second en 1941, ils laisseront la Société dix-huit fois plus riche qu'ils ne l'avaient trouvée, et ils auront plus que double son effectif. Et cela, en dépit des

épreuves de la guerre, de la plus Grande dépression dans l'histoire américaine et de la plus Grande crise nationale qui se soit jamais produite en Nouvelle-Angleterre. Deja, au Congres de Fall River, en septembre 1912, le nouveau secrétaire général pouvait déclarer: "Au milieu de l'orage, la Société n'a pas vacille. Elle est restée debout sur le rocher inébranlable de son système financier et sur le piédestal de ses principes moralisateurs". Quatre ans plus tard, c 'est a dire le ler octobre 1916, l'actif ayant double le cap de son premier $1,000,000.00, M. Vezina pouvait s'écrier dans les colonnes de "L'Union": "Un million, chiffre merveilleux Prodigieux résultat dont notre Société a raison d'être fière." Et pendant tout ce temps on s'appliquait a perfectionner l'armature de la Société. Le recrutement fut réorganise. La vie social dans les Conseils fut encourages, et les œuvres de bienfaisance reçurent une nouvelle impulsion.

 

Il y a plus de cinquante ans de cela, et l'Union Saint-Jean-Baptiste, aujourd'hui comme en cas jours lointains, sait mener de front son commerce d’assurance et son programme d'œuvres philanthropiques. C'est que le temps venu, la relevé s'est effectuée, et des hommes respectueux des intentions de nos devanciers ont pris en main les destinées de 1a Société. Les congres généraux qui ont été tenus depuis sont comme autant de jalons qui nous permettent de suivre 1a réadaptation de notre grande mutuelle-vie franco-américaine aux besoins de l'heure présente.

 

Vu la nécessite de préparer l'avenir et de former une élite intellectuelle franco-américaine, la Caisse de l'écolier etait fondée au Congres de Worcester, en 1915. Les premières bourses qui en résultaient furent octroyées en juillet 1917. Ce premier geste fut amplifier par un appel en faveur des étudiants pauvres en novembre 1921. Ce dernier appel donna naissance au Fonds des protéges particuliers. Au Congres de Boston, en 1950, un nouvel aspect etait donne a cette assistance par la création de bourses spéciales dites "ecclésiastiques". Ajoutons en passant que les bourses scolaires, destinées aux jeunes gens seulement pendant une trentaine d'années, furent aussi mises a la disposition des demoiselles a partir de 1946, Et pendant cinquante-cinq ans environ, une souscription annuelle a été lancée parmi les membres afin d'alimenter ce fonds, qui est devenu considérable, étant donne la generosite de nos gens et l'importance qu'ils attachent a cette œuvre philanthropique par excellence que constitue l'aide aux étudiants.

 

Le Congres de Springfield eut lieu en novembre 1918; c'est a dire immédiatement après la fin de 1a première Grande Guerre, Ce fut une occasion de joie mêlée de tristesse. Car les réjouissances de l'armistice etaient assombries par la pensée des victimes de la guerre et de celles, plus nombreuses encore, de l'épidémie d'influenza qui sévissait dans tout le pays. La guerre avait cause la mort de 58 jeunes membres, alors que 353 partes de vies furent imputables a la fanleuse grippe.

 

Deux actes importants marquèrent ce Congres mémorable: l'institution de la Caisse des vieillards, dont les bienfaits allaient permettre a un grand nombre de sociétaires ages et nécessiteux de finir leurs jours dans un confort relatif, et 1a fondation de la Caisse infantile. Cette dernière, bien qu'elle ait du attendre jusqu'au printemps de 1927 l'autorisation officielle d'émettre des certificats, allait se reveler une véritable pépinière vis-à-vis de 1a classe des adultes. En effet, on verra plus tard que 76,000 enfants ont été inscrits a cette Caisse, et que sur ce nombre, au-delà de 23,000 furent dans la suite transfères a la classe des adultes.

 

Le onzième Congres, en 1925, fut l'occasion de tres belles fêtes. Tenu a Holyoke (Massachusetts), il fut entoure d'une pompe et d'un décorum peu usités, commémorant les noces d'argent de 1a Société. Par ailleurs, son actif et le nombre de sociétaires ayant accuse une augmentation phénoménale, on avait plus d'une raison de se réjouir.

 

Un autre jalon tres important dans son histoire fut l'inauguration du nouvel édifice de la Société, a Woonsocket. Elle eut lieu le dimanche 24 Juillet 1927, et réunit dans cette ville a forte proportion franco-américaine des milliers de sociétaires et d'amis venus d'un peu partout assister a ce brand évènement. Cet édifice imposant, l'un des plus somptueux de Woonsocket, continue a proclamer depuis ce jour béni les succès et la gloire de notre grande Société nationale.

 

L'Union Saint-Jean-Baptiste d'Amérique étant une organisation humaine, il etait inévitable qu'elle passât par les misères et les tribulations imputables aux faiblesses des hommes. Pendant une douzaine d'années elle connu en effet des difficultés tres sérieuses. Ce fut d'abord la crise sentinelliste, qui tailla dans ses rangs des éclaircies douloureuses en lui arrachant plusieurs milliers de sociétaires. Puis vint la grande dépression des années trente, au cours de laquelle l'accalmie nationale, l'hésitation, l'inquiétude, le chômage chez la classe ouvrière paralysèrent dans une large mesure l'effort de recrutement. La misère etait grande chez les membres et beaucoup d'entre eux ont conserve comme un cauchemar le souvenir de ces années de stagnation. Et pourtant, il faut bien le dire, ce fut une époque heroique ou les Comites de régie dans la plupart des Conseils, encourages par les officiale généraux, déployaient un zele et une charité vraiment admirables a l'égard des pauvres. Ici, c'etait un spectacle qu'on pressentait afin de payer les cotisations des membres arrières; la, c'etait des parties de cartes qu'on organisait afin de pouvoir acheter du chauffage et des vêtements aux miséreux; ailleurs encore, on mettait sur pied d'autres activités, toujours dans le but de secourir les sociétaires dans le besoin. Certes, ce furent des années tristes que ces années de la grande dépression, mais par contra, elles permirent aux ames d'élites de pratiquer la charité a une échelle peut-être inconnue jusque-la.

 

Au Congres de Salem, en 1937, on put enfin constater que la Société avait repris sa marche ascendante dans la voie du progrès. Fait qui rut accentue avantage au congres de Boston, en 1941. Malheureusement, au lendemain de ce Congres notre pays entrait de nouveau en guerre. Désireuse de participer a l'effort national, la Société prit une part active a la vente des Bons de Guerre, et elle se signala d'une façon tout a fait particulière au cours de la campagne dite des "Liberty Ships", qui permit au gouvernement de réaliser un emprunt de plusieurs millions a travers l'élément franco-américain. Mieux encore, elle se fit un point d'honneur de payer le plein montant des assurances aux bénéficiaires des membres tues au combat. Sur plus de 4,000 Jeunes sociétaires enrôles sous les drapeaux, ll9 donnèrent leur vie pour la patrie. Au deuxième Congres de Worcester, au mois de mai 1946, donc au lendemain de la cessation des hostilités, le souvenir de ces morts glorieux fut commémore d' une façon tres touchante par une cérémonie spéciale et unique dans nos annales.

 

La fait saillant de ce Congres a été le changement au commandement suprême. M. Henri T. Ledoux, président général depuis pres de trente-cinq ans, couvert d’honneurs et de mérites, dans sa soixante-treizieme année, déposait son fardeau. M. J. Henri Goguen, personnage bien connu dans la vie publique, et d'ailleurs tres populaire dans les milieux franco-américains, a peine age de quarante-sept ans et débordant d'énergie, effectuait la relève.

 

Quatre ans plus tard, donc en 1950, la Société fêtait ses noces d'or. Pour une organisation comme la notre, cinquante ans, c'est a peu pres l'Age adulte. Et ce fait, 1 'Union Saint-Jean-Baptiste d'Amérique, a cette époque, avait a son actif une magnifique gerbe d'accomplissements. Elle avait développe un solide commerce d'assurance parce que, somme toute, il lui fallait des ressources pour faire des œuvres. Mais ce dont elle etait le plus fière, et qui fera sa gloire a jamais

c'est ce qu'elle avait fait dans le domaine des œuvres philanthropiques, culturelles et même religieuses. Car il faut bien admettre que tous ces efforts pour encourager les jeunes gens qui perdaient le chemin du sacerdoce etaient a base d'un esprit de foi indiscutable. Ce sont ces accomplissements surtout qui furent mis en vedette aux fêtes grandioses de Boston. Véritable apothéose par la splendeur des cérémonies religieuses, ce Congres réunit dans la capitale du Massachusetts la plupart des évêques et archevêques de 1a Nouvelle-Angleterre. Au surplus, trois prélats canadiens dont l'archevêque de Québec participèrent a la célébration.

 

En 1954, la Société tint son Congres a Springfield (Massachusetts). Ce qui donna lieu comma toujours a des manifestations mémorables. Celles-ci furent rehaussées par la présence de Son Éminence le Cardinal Paul-Émile Leger, archevêque de Montréal. Ce Congres devait prendre une décision qui serait a l'honneur des Franco-Am6ricains pour des décades a venir. C'est au cours de ces assises, en effet, que fut vote le don d'une Maison Française au Collège de l'Assomption. Ce monument splendide, a l'entrée du campus de cette institution déjà fameuse, demeure un reposoir, et plus qu'un reposoir, un foyer ardent de culture français. Même ceux qui hésitaient au début devant le coût élève d'un tel édifice reconnaissent aujourd'hui que le sacrifice en valait la peine. Advienne que pourra, ce monument continuera a proclamer bien haut l'attachement des Franco-Américains aux valeurs intellectuelles, spirituelles et morales de la culture et de la civilisation françaises, par la voix de l'Union Saint-Jean-Baptiste.

 

C'est a ce Congres aussi que fut lancée l'initiative des pèlerinages annuals de la Société. Initiative qui est passée a l'état de tradition puisque cette belle œuvre se continue même de nos jours.

 

Deux évènements marquèrent le Congres de Hartford, tenu au mois de mai 1958. Le premier fut la remise de la médaille Cheverus, la plus haute décoration de la Société, qui avait lieu pour la première fois dans notre histoire. Destinée a un personnage éminent qui n'est pas de notre sans mais qui a contribue au rayonnement de la langue et de la culture françaises en ce pays, cette décoration fut décerne a l'honorable Henry Cabot Lodge, alors ambassadeur au Nations unies. L'autre évènement fut la publication de l'Histoire des Franco-Américains, de Robert Rumilly. Inutile de souligner l'importance de cette histoire, qui résume en un style simple, élégant, direct et lumineux, d'une objectivité parfaite, les misères et les triomphes de nos compatriotes en cette partie de l'Amérique. Avec le recul du temps, cette œuvre prendra de plus en plus de valeur parce qu'elle est la source la plus sure en la matière, et qu'elle est faite de main de maître.

 

En mai 1962, le vingtième Congres général rassembla les nôtres a Portland (Maine). Ce fut le début du grand "aggiornamento" de la Société. L'Union Saint-Jean-Baptiste, qui avait fait des progrès rapides et admirables durant la première moitie de ce siècle, se sentait genet dans ses efforts par des méthodes un peu arriérées, qui tenaient plus de la tradition que du sens pratique. A ce Congres, nos dirigeants lancèrent donc un programme bien arrête ce réorganisation qui allair affecter non seulement les services du bureau chef mais jusqu'a l'armature de nos Conseils. Inutile d'ajouter que cette mise a jour, que cette modernisation s'imposait. En un siècle ou tout change du jour au lendemain, tout organisme fige dans des cadres fixes est voue a sa parte. Et pour faire le juste partage des choses et ne jamais perdre de vue la mission bienfaisante de la Société, c'est au Congres de Portland que fut exprimée l'idée de séparer le secteur des œuvres fraternelles de 1a Société de son commerce d'assurance. Idée qui recevra sa sanction officielle au Congres de Worcester, en 1966.

 

A ce Congres de Worcester, cette séparation fut consommée. Et pour la première fois dans nos annales, un directeur des Oeuvres sera élu par le Bureau général. C'etait, du coup, tirer la ligne entre le commerce et les œuvres de bienfaisance, et garantir a ces dernières, qui résument l'idéal de l'Union Saint-Jean-Baptiste d'Amérique, leur permanence conformément a la pensée et au désir de nos fondateurs.

 

Mais certaines reformes sont lentes a se gagner l'assentiment de ceux qui les subissent parce qu'en général on n'aime pas les changements, C'est pourquoi certaines mesures inaugurées en 1966 devront attendre le Congres de 1968 pour porter fruit. Notons qu'a ce congres de 1966, ,on reforma le Bureau général, qui de 23 fut réduit a 19 directeurs. Il fut décide en même temps que les officiale généraux, directeurs eux-mêmes, seraient élus dorénavant par les quatorze autres membres du Bureau général.

 

Le nom de la Société etait le point de mire depuis longtemps lorsqu'il s'agissait d'amendements. On le trouvait beau mais trop long. Le Congres de Woonsocket, en 1968, remédia a cet état de choses en lui enlevant le mot "d'Amérique"; en sorta que le vocable officiel de la Société est maintenant "Union Saint-Jean-Baptiste" tout court.

 

Le vingt-troisieme Congres, tenu a Providence (Rhode Island), les 22,23 et 24 mai 1970, coïncidait avec notre 70eme anniversaire de fondation. Nous pouvons facilement imaginer les questions que nos membres de posaient a ce tournant de leur histoire. Mais s'il faut en croire le chanoine Lionel Groulx, célèbre historien canadien-francais, le passe éclaire l'avenir. Eh! bien, l'Union Saint-Jean-Baptist~ etait trop riche d'un passe méritoire et glorieux pour douter de son avenir. Certes, elle ne laissait pas a désirer non plus au point de vue financier puisque ses coffres etaient bien garnis: son actif s'élevait a plus de $18,800,000. Mais ses plus beaux lauriers, elle les avait cueillis dans le domaine mutualiste ou fraternel proprement dit. Au fait, elle avait dépense au-delà de $1,000,000 en assistance a ses vieillards dans le besoin; elle y etait allée d'environ $1,115,000 en aide financière aux étudiants, et il est absolument sur qu'elle avait mis plus de $1,000,000 aussi a servir une foule de bonnes causes, comma le secours aux pauvres durant la dépression, l'encouragement a tous les mouvements culturels sous forme de prix de concours, de prix de voyages d'étude, de prix de français, de livres pour les biliotheques de nos écoles et de nos collèges, etc.etc.

 

Cette fois-ci, la mise a jour porta sur tout le secteur des œuvres fraternelle, érige en département, afin qu’une nouvelle impulsion soit donnée au mouvement de culture française, a l'aide aux étudiants, a l'assistance aux vieillards et aux malheureux sous forme d'œuvres philanthropiques.

 

Les Congres se succèdent mais ne se répètent pas nécessairement. On a vu jusqu'ici que chacun de ces grands ralliements avait soit règle un problème majeur, soit amende les règlements, soit donne a la Société une orientation nouvelle. De toute faon, l'Union Saint-Jean-Baptiste en est revenue chaque fois plus sure d'elle-même, convaincue de la grande utilité de sa mission et résolue a prendre les moyens de la bien remplir.

 

C'est ce qui est arrive encore au vingt-quatrieme Congres, en mal dernier. Notre commerce d'assurance souffrait d'un ralenti chronique. Il fut décide d'y remédier par l'embauchage d'un expert de la vente et l'application des reformes nécessaires. Et pour contrebalancer les affaires, on s'engagea a secourir davantage les affliges, surtout les mentalement arrières; on promit une assistance financière plus généreuse aux programmes de français dans nos collèges; enfin, on donna un nouvel essor a la Saint-Jean-Baptiste Educational Foundation dont le capital, qui dépasse aujourd'hui $300,000, assure la permanence de notre œuvre de prédilection: l'aide a l'éducation.

 

Au cours des délibérations notre président général avait dit avec justesse: "Que servirait a notre Société de détenir pour $76,465.474 d'assurance sur ses membres, a'avoir un actif de plus de $19,685,000, de posséder un surplus de $2,454,514 si elle ne maintient pas un programme adéquat d'œuvres de bienfaisance? Car c'est la un de ses buts principaux; voila son idéal."

 

Toute la raison d'atre de l'Union Saint-Jean-Baptiste tient dans ces mots.