SÉGOLÈNE ROYAL MINISTRE DÉLÉGUÉ,
CHARGÉ DE L'ENSEIGNEMENT SCOLAIRE
Article de Pascale Robert-Diard paru dans "Le monde" du vendredi 6 juin 97
Oh ! Bien sûr, ce n'est pas le prestige
politique espéré de la présidence de l'Assemblée
nationale. Mais c'est à coup sûr le ministère du journal
télévisé de 13 heures et des magazines familiaux
et féminins. Faisons confiance à Ségolène Royal.
En quelques mois, elle va faire pâlir d'envie Guy Drut et sa cote
de popularité.
Elle sera partout, en mots et en images. Dans les préaux d'école, pour défendre l'aménagement des rythmes scolaires ; le jour de la rentrée, pour accompagner, sous l'oeil des photographes et des caméras, ses quatre enfants dans leurs classes respectives ; au printemps et à l'automne pour s'indigner du changement d'heure, et sur les plateaux de télévision chaque fois, c'est-à-dire souvent, qu'il faudra dénoncer la violenceà l'école ou dans les feuilletons. Tout cela, elle sait le faire mieux que personne et elle l'a déjà prouvé.
Agaçante Ségolène. Au Parti socialiste, elle en irrite plus d'un avec ses "coups ". On ironise lorsqu'elle offre à Paris Match, en 1993, les photos des premières heures de son quatrième enfant, on la raille quand elle quitte le palais de l'Elysée dans une voiture électrique, on médit encore le jour où elle se rend à la garden-party de l'Elysée un cabas à la main pour vanter les mérites du fromage de chèvre de sa circonscription, ou encore lorsque cette Lorraine défile en costume traditionnel poitevin à une fête de village.Voilà pour le côté toc.
Mais Ségolène Royal sait aussi se montrer une redoutable politique. En 1988, l'ancienne conseillère de François Mitterrand débarque, sur consigne présidentielle, à la préfecture de Niort, quelques heures avant la clôture des candidatures pour les élections législatives. Et ça marche. Quelques semaines plus tard, elle est élue député des Deux-Sèvres.
A son actif, une appellation d'origine contrôlée pour le Chabichou, l'inscription du Marais poitevin à l'ordre des " grands travaux " du président, et le détournement du parcours de l'autoroute. A son passif, une guerre sans merci avec le maire socialiste de Niort, René Bellec, des batailles militantes épiques au sein de la fédération départementale pour en arracher le contrôle, et même une triangulaire sauvage aux dernières élections municipales de 1995 contre M. Bellec, qui la laisse, pour une fois, vaincue.
Entre-temps, elle s'est offert d'autres inscriptions au tableau d'honneur politique: tête de liste de son département pour les élections régionales de 1992, elle mène la vie dure au président (UDF) de la région Poitou-Charentes, Jean-Pierre Raffarin. La même année, elle est élue conseiller général et, un an plus tard, alors que la tourmente s'abat sur les sortants socialistes, elle est le député le mieux réélu de son camp.
Cela ne lui suffit pas. Elle remplit ses longues journées de parlementaire d'opposition en bûchant le concours d'avocat au barreau de Paris et, bien sûr, le réussit. Mais elle ne néglige pas, loin de là, le combat politique à l'Assemblée nationale et reste parfois bien seule, sur les bancs du groupe socialiste, lorsqu'il faut guerroyer avec la majorité UDF-RPR.
Elle trouve encore le temps de publier, à l'automne 1996, son troisième livre, La Vérité d'une femme, après Le Printemps des grands-parents et Ras-le-Bol des bébés zappeurs. Elle y parle quasiment de tout, des femmes, du chômage, de l'éducation, de la violence à l'école, des droits de l'homme, du sous-développement, de l'environnement et même de l'alimentation. Bref, un vrai dictionnaire de ses ambitions ministérielles, dans lequel il ne restait plus qu'à puiser.
Née le 22 septembre 1953 à Dakar (Sénégal), Ségolène Royal est diplômée de l'IEP de Paris et del'ENA. Conseiller administratif de Paris, elle est nommée, en 1982, chargée de mission à la présidence de la République pour les affaires sociales et l'environnement. Elue député des Deux-Sèvres en 1988, elle est nommée ministre de l'environnement dans le gouvernement de Pierre Bérégovoy en 1992. Réélue en 1993 et en 1997, elle est également conseiller général du canton de La Mothe-Saint-Héray depuis 1992 et conseiller municipal de Niort depuis 1995. Depuis mai 1994, Mme Royal est avocat au barreau de Paris.