La Danseuse : Evolution et Révolution
 

Les années 1700 à 1750: Les premières danseuses à l’Opéra

  1. I.La Camargo, Nicolas Lancret, 1729-30, http://library.artstor.org

  2. II. Mademoiselle Prévost en bacchante, Jean Raoux, 18e siècle, http://art.utd.13.free.fr/?p=3297

  3. III. Marie-Anne de Camargo, Eugène Gervais après Nicholas Lancret, 18e siècle, http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/f/f5/Marie-Anne_de_Camargo_after_Nicolas_Lancret.jpg

  4. IV.  La Camargo, Nicolas Lancret, 1730, http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:CamargoLancret.jpg

  5. V. Marie Sallé, 1734, http://www.peoples.ru/art/theatre/ballet/maria_salle/salle_1.jpg

  6. VI. Mademoiselle Sallé, Maurice-Quentin de la Tour, 1741, http://en.wikipedia.org/wiki/File:Maurice-Quentin_de_La_Tour,_Retrato_de_Mademoiselle_Sallé_(1741).jpg

I

L’Opéra a donné aux femmes la possibilité d’une autre vie. Les danseuses ne ressemblaient pas aux femmes traditionnelles du 18e siècle qui étaient sous le contrôle de leurs pères ou de leurs maris. Une danseuse vivait seule. Les danseuses de l’Opéra gagnaient leur propre argent. Bien qu’elles soient roturières, elles jouaient des rôles de nobles élégantes sur scène. Beaucoup étaient aussi courtisanes et elles vivaient de la richesse de leur protecteur. Mais leurs liaisons étaient  scandaleuses. Elles faisaient semblant de partager le style de vie des aristocrates mais en réalité elles n’échappaient pas à leur condition sociale. Bien que les danseuses aient eu la chance de connaître la liberté, beaucoup sont mortes seules et ruinées.


Françoise Prévost incarne les changements de la danseuse du 17e au 18e siècle. Elle a dansé dans Atys en 1699. Cet opéra de Lully était le favori de madame de Maintenon, femme de Louis XIV. Ce spectacle était très connu en France et mademoiselle Prévost est rapidement devenue la plus grande danseuse de Paris. Décriée comme noble, élégante et aérienne, mademoiselle Prévost dansait avec beaucoup d’expression. la maîtrise de sa technique était sans égale. Ses mouvements mettaient son public en larmes. Le style brûlant de mademoiselle Prévost a beaucoup influencé la danse des générations suivantes. Malgré sa maitrise impressionnante, ce sont vraiment ses élèves qui ont marqué la nouvelle génération des danseuses. Quelques unes de ses étudiantes ont fait tellement de progrès qu’elles ont rivalisé avec les grands danseurs du 18e siècle.


Deux femmes ont contesté la position de supériorité de l’homme dans la danse: Marie-Anne de Cupis de Camargo et Marie Sallé. Ces danseuses qui avaient étudié avec Françoise Prévost à l’Opéra de Paris, étaient grandes rivales. Mais en dépassant Prévost, la Camargo a révolutionné la danse avec sa maitrise de la technique du ballet. Avant la Camargo on réservait aux seuls  hommes les grands mouvements et les sauts.


Née à Bruxelles en 1710, la Camargo a appris la danse avec son père, professeur de danse et de musique. Ses premiers spectacles à Rouen lui ont valu la réputation de danser comme une fée. Elle a dansé pour la première fois à Paris en 1726 dans Les Caractères de la Danse, spectacle qui montrait les sentiments évoqués par la danse. Ce rôle a confirmé la Camargo comme danseuse très connue. Peu de temps après , les français ont donné son nom à des vêtements, des chaussures et des coiffures. Jalouse de son succès, et bien qu’elle ne soit plus son professeur, mademoiselle Prévost l’a fait reléguer dans le corps de ballet où personne ne pouvait la voir. Mais un soir, un danseur a manqué son entrée en scène. La Camargo a sauté devant tout le monde pour danser la variation de cet homme. Après cet évènement, mademoiselle Prévost a quitté l’Opéra pour le reste de sa vie. Son départ a marqué une  nouvelle période pour les danseuses.


Voltaire a dit que la Camargo était «la première qui dansât comme un homme.» Elle était très vivante sur scène et ses mouvements présentaient une combinaison de légèreté et de force. Pour montrer les mouvements compliqués de ses pieds et de ses jambes, la Camargo a raccourci ses robes. Elle a sacrifié sa modestie pour une danse plus séduisante et plus libérée. La Camargo avait beaucoup d’amants et elle s’est enrichie par ses liaisons. Le plus connu de ces hommes était le Comte de Clermont. Il était son protecteur mais il a insisté pour qu’elle quitte l’Opéra. Pendant six ans, la Camargo n’a pas dansé. Mais en 1741, elle a trouvé un nouvel amant et elle est revenue sur scène. Elle y est restée dix ans et a dansé  dans soixante-dix-huit ballets avant de prendre sa retraite. 

       

La deuxième danseuse, Marie Sallé, est connue au commencement de 18e siècle. Pendant sa jeunesse elle a joué dans des pièces de théâtre avec sa famille d’acteurs itinérants. A cette époque le théâtre commencait à combiner la pantomime, le vaudeville et les actes du cirque. Comme la Camargo, Marie Sallé a étudié la danse à Paris avec mademoiselle Prévost. En 1726, elle a dansé dans Les Caractères de la Danse à l’Opéra de Paris. Sa rivalité avec la Camargo a commencé à cette époque. Les deux danseuses  avaient des styles différents. La Camargo était connue pour sa maitrise de la technique de la danse tandis que Sallé dansait avec sentiment. Dans un poème de cette époque, Voltaire a comparé leurs deux styles de danse:

Ah! Camargo, que vous êtes brillante,

Mais que Sallé, grands dieux, est ravissante!

Que vos pas sont légers et que les siens sont doux!

Elle est inimitable et vous êtes nouvelle:

Les Nymphes sautent comme vous,

Mais les Graces dansent comme elle. 

Toutefois Sallé n’aimait pas les règles du ballet traditionel. Après avoir dansé à Paris, elle s’est installée à Londres où elle a réformé la présentation des femmes au théâtre. Par exemple elle refusaient de porter des costumes rigides sur scène, leur préférant les robes libres qui facilitent le mouvement. A Londres elle a monté le spectacle Pygmalion dans lequel elle portait des vêtements comme une ancienne sculpture grecque, des chaussures sans talons et laissait tomber ses cheveux sur ses épaules sans ornement. Les danses qu’elle créait,  incorporaient les gestes et les mouvements libres inspirés par ses expériences au théâtre. En 1735 elle est revenue à Paris pour danser à l’opéra Les Indes Galantes par Rameau. Quelques années plus tard, elle a demandé  à se retirer de l’Opéra. Mais pendant les quinze années suivantes, elle a continué à danser à Versailles au théâtre de la cour jusqu’à sa mort en 1756. 


Marie Sallé a changé la danse comme art de la cour pour en faire un art de la rue.  Ses spectacles étaient révolutionnaires parce qu’elle a  été la première femme à intégrer la sensualité dans le ballet. Elle utilisait la beauté de son corps féminin pour montrer ses sentiments et raconter des histoires avec des mouvements. Son comportement dans la vie ne ressemblait pas à son personnage sur la scène. Dégoûtée par le comportement des danseuses courtisanes à l’Opéra, elle a vécu vertueuse et a refusé des amants. Sa qualité de femme vertueuse a augmenté son charme féminin et elle demeure une force révolutionnaire dans l’histoire du ballet.


Ces deux danseuses illustrent le rôle changeant des femmes dans l’histoire du ballet. Les costumes, les mouvements, le genre de vies des ballerines est devenu plus libres et la ballerine commence à remplacer «le danseur» comme innovateur de la danse.

 

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