La Danseuse : Evolution et Révolution
 

Les années 1750 à 1830

  1. I.La Liberté guidant le peuple, Eugène Delacroix, 1830, http://library.artstor.org

  2. II.Madeleine Guimard, Jean-Baptiste Maréchal, 18e siècle, http://digitalgallery.nypl.org

  3. III. Hôtel de la Guimard, chaussée d’Antin, 18e siècle, http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Maison_guimard.jpg

  4. IV. Mademoiselle Allard, Costumes des ballets du roy, 18e siècle, http://digitalgallery.nypl.org

  5. V.Gaëtan Vestris dans Jason et Médée, 1781, http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Gaëtan_Vestris_dans_Jason_et_Médée.jpg

  6. VI. Sans culottes dansant autour d'un arbre de la liberté, 1793, http://jacobhistgeo.over-blog.com/article-30869621.html

  7. VII. Portrait de Napoléon I, d’après François Gérard, 1805, http://library.artstor.org

  8. VIII. Émelie Bigottini, d’après Vigneron, 1810, http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Emilie_Bigottini.jpg

I

La Révolution française a réformé la société et la danse. A la fin du 18e siècle, les thèmes du ballet ont changé car Louis XVI n’assistant pas souvent aux spectacles de danse l’opéra est devenu un nouveau lieu de sociabilité pour les bourgeois riches. On y voyait des scènes bucoliques de jeunes bergères avec leurs amants. Ces sujets étaient accessibles au grand public comme à la noblesse. Les danseurs employaient la pantomime pour exprimer clairement leurs sentiments. La danse est devenu un art pour tout le monde. Pendant la période révolutionnaire, l’opéra de Paris a joué un rôle important dans la création d’une nouvelle société française.

       

Sur la scène, la virtuosité des danseurs comme Gaétan et Auguste Vestris et Louis Du Port dominaient l’attention. Les danseuses étaient plus connues pour leurs liaisons que pour leur style de danse. Madeleine Guimard est la première danseuse de cette époque. Née pauvre, enfant illégitime, elle est confiée par sa mère a deux messieurs du monde du théatre. Ces protecteurs aidaient les jeunes et jolies danseuses afin que plus tard elle deviennent leurs maitresses. Elle a dansé avec le corps de ballet à la Comédie Française et à l’Opéra de Paris. Elle y est devenue danseuse étoile et le publique admirait ses charmes et la légèreté de ses mouvements. Pendant sa carrière, mademoiselle Guimard a eu beaucoup d’influence à l’Opéra. Par exemple en 1776, elle a fait renvoyer le directeur Jean-Georges Noverre avec qui elle ne s'entendait pas.  Malgré son tempérament explosif qui en faisait une employée difficile, mademoiselle Guimard adorait la danse. Elle n’avait pas la maitrise du ballet comme Marie Sallé mais elle combinait ses mouvements avec une présence élégante sur la scène. 


Pendant sa vie mademoiselle Guimard a eu beaucoup d’amants riches et influents comme le comte de Rochefort, le fermier général Jean de la Borde, et le Prince de Soubise. Ces hommes l'entretenait avec leurs leurs fortunes, et mademoiselle Guimard était connue en France pour ses vêtements, ses bijoux et ses grands châteaux de campagne. Chaque semaine elle donnait trois diners : le premier pour les hommes distingués, le deuxième pour les intellectuels et les artistes et le troisième pour les belles courtisanes et leurs protecteurs. Les fêtes de mademoiselle Guimard étaient connues à Paris pour leur luxe et leur débauche. A sa maison à Pantin, il y avait des spectacles avec des acteurs et des artistes très connus à Paris. Avec l’argent d’un admirateur généreux, mademoiselle Guimard a construit une maison privée à la Chaussée d’Antin. Elle l’a appelée le Temple de Terpsichore d'après la muse de la danse. Crée par l’architecte du roi, le décor était somptueux. Le grand artiste Fragonard l'a peinte dans beaucoup de scènes sur les murs, mais après une dispute avec elle, il a changé son sourire en grimace.


Bien qu’elle ait eu beaucoup d’amants, Madeleine Guimard n’était pas très belle. Dans ses portraits, il lui manque de la tendresse. Elle était très mince et beaucoup de gens se sont moqué d'elle.  Sa collègue Anne Dervieux a écrit:

Elle a la taille de fuseau,

Les os plus pointus qu’un squelette;

Le teint est couleur de noisette

Et l’œil percé comme un pourceau.

Malgré l'imperfection de son corps, le public l’adorait. Elle excellait particulièrement à danser sans sauter. Il y avait de la sensualité dans tous ses mouvements même dans sa manière de marcher, décrite comme une «démarche voluptueuse».  Bien que connue comme une grande courtisane, mademoiselle Guimard n’a jamais oublié sa jeunesse pauvre et a fait de bonnes œuvres, partageant généreusement son argent avec les indigents.

     

Marie Allard était aussi une grande danseuse gans la deuxième partie du 18ème siècle. Née à Marseille elle a eu une jeunesse misérable. Quand elle avait dix ans, ses parents l’ont envoyée à la Comédie de Marseille pour y trouver un protecteur et gagner de l’argent. Après deux ans, mademoiselle Allard est allée à l’Opéra de Lyon où elle est devenue première danseuse. En 1756, elle est allée à Paris avec l’espoir de danser à l’Opéra. Elle a suivit des cours avec Gaétan Vestris, connu comme un grand maitre de ballet à l'époque. Ils sont tombés amoureux, et mademoiselle Allard s’est installée chez lui. Elle a accouché de leur fils Auguste qui est aussi devenu un danseur célèbre.


Malgré son amour pour Gaétan Vestris, Marie Allard a eu beaucoup d’amants pendant sa vie. Elle avait la réputation à l’Opéra d’être toujours enceinte. Les critiques se moquaient de son corps voluptueux mais elle était connue pour sa virtuosité sur la scène. Elle faisait «les grands airs» avec une grande variété de pas, de sauts et de tours  impressionnants. Malheureusement son poids causait un vrai problème pour les directeurs de l’Opéra et ils lui ont finalement demandé de rendre sa retraite.


On commençait à représenter des paysans dans les spectacles de ballet, mais  l’Opéra gardait les anciennes formes aristocratiques. En 1789 trois milles personnes ont protesté devant l’Opéra de Paris qui représentait l’art des nobles. La foule a envahi le théâtre et a volé les armes qui servaient aux représentations. La prise de la Bastille s’est passée quelques jours plus tard. L’Opéra a fermé jusqu’à l’exécution de Louis XVI. Le directeur de l’Opéra pendant cette période était Pierre Gardel. Pour montrer que l’Opéra ne soutenait plus la monarchie, Gardel travaillait avec les révolutionnaires pour créer des festivals révolutionnaires.

      

Ces grandes fêtes reproduisaient des moments significatifs de la Révolution. Elles employaient la danse pour présenter au public les nouvelles idées et les structures modernes du pouvoir. La danse ne représentait plus la hiérarchie de la société ni du roi. Les femmes dans ces spectacles portaient des costumes blancs pour symboliser la pureté et la vertu de la Révolution. Il n’y avait plus de danseuse vedette, mais des groupes de danseuses qui évoluaient ensemble sur la scène. Ces formations révélaient l’importance de la communauté et la valeur réduite de l’individu à cette époque. Le public pouvait participer à ces fêtes et danser. La danse la plus populaire était la carmagnole qui montrait la victoire du peuple sur l’aristocratie.


Les danseurs et l’instabilité politique pendant la Révolution française ont beaucoup influencé la danse.  Les danseuses au 18e siècle sont surtout connues  pour leurs liaisons, mais le 19e siècle marque une nouvelle génération de femmes dans la danse. Sous l’Empire,  Napoléon a imposé des règles qui ont contribué à créer de nouvelles normes pour les futures danseuses.


Sous Napoléon, la danse a changé. En 1811 Napoléon a ordonné un remodelage de l’Opéra. Il a insisté pour que l’Ecole de l’Opéra de Paris apprenne aux étudiants la rigueur et le dévouement au travail. Cette discipline militaire a pénétré la danse et a contribué à la création d’une nouvelle technique du ballet. On a supprimé les chaussures à talons, les danseurs devaient garder les jambes droites et faire les pointes. On faisait de multiples pirouettes et des sauts battus. Cette nouvelle école deviendra la future technique du ballet.


Ces changements étaient surtout pour les hommes. Les danseurs ont continué à dominer l’Opéra sous Napoléon. Pierre Gardel, directeur de l’Opéra jusqu’en 1829, a insisté que tout le répertoire soit ses oeuvres. Mais les femmes maintenaient la théâtralité de la danse. Pendant cette période beaucoup de femmes dansaient avec élégance. Mais Emilie Bigottini a été la danseuse la plus connue de cette époque. Elle n’était pas très belle, mais se distinguait des autres qui étaient jalouses et ambitieuses, par sa gentillesse et sa générosité. Bien qu’elle ne danse pas parfaitement, elle avait un grand talent pour la pantomime.


Fille d’un acteur italien, mademoiselle Bigottini a commencé à l’Opéra en 1801. pour améliorer sa techique, elle a intensément travaillé avec son beau frère, maitre de danse. En 1804 elle a dansé seule sur la scène. Quelques années plus tard, elle est devenue première danseuse. C’était vraiment ce rôle dans le ballet Nina, ou la folle par amour en 1813 qui a prouvé son grand talent comme actrice. Elle employait son corps et les expressions de son visage pour montrer la délicatesse des émotions humaines.


Comme beaucoup d'autres danseuses, mademoiselle Bigottini avait des liaisons avec des hommes éminents. Elle a eu besoin de quitter l’Opéra plusieurs fois parce qu’elle était enceinte. Malgré ses enfants, mademoiselle Bigottini a continué à danser. Elle est connue dans l’histoire de la danse pour ses interprétations représentant les possibilités dramatiques pour les danseuses du XIXème siècle.


A la suite des règles décidées sous Napoléon, les hommes ont dominé l’innovation de la danse pendant les premières décennies du 19e siècle. Mais ce sont les femmes qui l’ont repris pendant le reste du siècle. Après 1830 le public français se détourna des danseurs qu'il trouvait efféminés et scandaleux. On préféra regarder des femmes sur la scène. Dans ce contexte la danseuse a eu la possibilité de remplacer l’homme comme personnage central du ballet. Mais ces femmes ont du combiner leurs talents d’interprétation avec la virtuosité des mouvements développés pendant la Révolution.

 

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