Les années 1830 à 1848: La danse romantique

  1. I. Bal Masque de l’Opéra, 1843, http://digitalgallery.nypl.org

  2. II. Quelques danseuses célèbres au Foyer de la danse, Eugene Lami, 1841, http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/5/57/Paris_Opera_-_Foyer_de_la_Danse_1841.jpg

  3. III. Marie Taglioni, Zephirin-Felix-Jean Belliard, 19e siècle, http://library.artstor.org

  4. IV. Marie Taglioni comme La Sylphide, 1839, http://digitalgallery.nypl.org

  5. V. Marie Taglioni dans La Sylphide, 19e siècle, http://news.byu.edu/releases/archive07/Jun/ballet/MarieTaglioni_LaSylphide.jpg

  6. VI. Pas de Quatre, 1845, http://digitalgallery.nypl.org

  7. VII. Portrait de Fanny Elssler, 1830, http://digitalgallery.nypl.org

  8. VIII.Fanny Elssler dans La Cachucha, 1837, http://digitalgallery.nypl.org

  9. IX.Carlotta Grisi, 1840s, http://digitalgallery.nypl.org

  10. X. Carlotta Grisi dans Giselle, 1844,  http://digitalgallery.nypl.org

  11. XI. Théophile Gautier, 1854-55, http://library.artstor.org

I

Pendant la première partie du 19e siècle, la tradition romantique a beaucoup influencé la danse. Mais la technique de la danse étant basée sur les règles classiques il était plus compliqué d’y incorporer les idéaux romantiques qu’en art ou qu’en écriture. Pendant cette époque certains maitres de danse ont créé des méthodes spécifique pour enseigner. Leurs étudiants cultivaieeeent l’endurance et la force pour devenir experts. Les femmes apprenaient les mêmes mouvements que les hommes et finissaient par dominer le spectacle. Ces danseuses accomplies combinaient leur talent pour la danse avec des qualités de séduction sur scène. Les jeunes filles qui suivaient des cours de danse à l’Ecole de l’Opéra de Paris s’appelaient «les rats de l’opéra».


C’était aussi l’époque où la femme dansait sur les pointes, ce qui la rendait plus aérienne et ravissante. Pendant les années 1840s, les hommes étaient si obsédés par les danseuses qu’ils répugnaient à voir des hommes sur la scène. Pour le restant du 19e siècle, le danseur avait des rôles mineurs et supportait la danseuse comme partenaire. Les femmes dansaient souvent des rôles masculins en travesti. Les mots de Jules Janin soulignent la révolte contre le danseur sur la scène:

Comme le grand danseur nous paraît triste et lourd! Il l'est, et en même temps, si mécontent et si imbu de lui-même! Il n'a pas de but; il ne représente rien, C'est une non-entité. Mais parlez-nous d'une jolie danseuse, qui étale la grâce de ses traits et l'élégance de sa silhouette pour révéler brièvement tous les trésors de sa beauté. Dieu merci, on comprend tout parfaitement. Aujourd'hui, grâce à la révolution dont nous sommes responsables, la femme est devenue la reine du ballet. Elle respire et danse aisément. De nos jours le danseur est toléré comme accessoire pratique seulement, il est la haie de verdure qui entoure les fleurs dans un parterre de fleurs; il est l'ombre au tableau, le repoussoir obligatoire...

L’expansion de la possibilité des mouvements pour la danseuse indique alors sa place centrale dans le monde de la danse jusqu’à l’arrivée de Nijinksy à Paris en 1909.


L’instabilité politique  marque le 19e siècle. De 1815 à 1830, c’est la Restauration.  A la chute de l’Empire de Napoléon, les frères de Louis XVI remontent sur le trône et c’est le retour à la monarchie de l’ancien régime. Après la révolution de 1830 la dynastie d’Orléans remplace celle des Bourbons et Louis-Philippe devient «roi des français.» Il valorise alors les idéaux bourgeois, la famille, la richesse par le travail. L’essor de la bourgeoisie a des conséquences à l’Opéra de Paris. Le directeur Louis Véron voulait que l’Opéra devienne «la Versailles de la bourgeoisie.»  Après la Revolution de 1830, ayant reçu une subvention du gouvernement, l’Opéra est devenu une entreprise privée. Le directeur a cherché de riches clients pour financer l’Opéra. Officiers du gouvernement et hommes d’affaires assistaient souvent aux spectacles de ballet. Véron ouvrait la salle où les danseuses se préparaient pour le spectacle, le Foyer de la Danse, pour quelques hommes privilégiés. Cette salle est devenue le centre de la vie sociale à l’Opéra et les belles danseuses, la vraie attraction de la danse à cette époque. Mais les femmes aussi idolâtraient les danseuses étoiles célébres. Elles enviaient la vie indépendante de ces danseuses et admiraient leur possibilité d’exprimer leurs sentiments par la danse.

     

Marie Taglioni est la grande danseuse de cette époque. Née en 1804 à Stockholm, mademoiselle Taglioni a commencé à danser quand elle avait douze ans. Comme elle était fille d’un danseur italien, son père Filippo Taglioni voulait qu’elle devienne une danseuse célèbre. Mais elle n’avait pas un corps idéal. Depuis sa jeunesse, Marie avait le dos arrondi et les jambes minces. Ses parents avaient l’impression qu’elle assistait régulièrement aux cours de danse mais en réalité, la jeune danseuse n’y allait pas souvent et ne faisait pas tout ce qu’elle pouvait quand elle y était. Son père, horrifié par son manque de progrès, a décidé d’être son professeur. Ses leçons étaient ardues et mademoiselle Taglioni travaillait au moins six heures par jour. Le style de son père ne ressemblait pas à celui de Vestris, maitre du ballet au 18e siècle. Le père Taglioni empêchait sa fille  de faire des gestes immodestes. Il soulignait l’importance de la grâce et de la légèreté des mouvements à la place de la séduction et de la coquetterie des années précédentes. Finalement le père Taglioni a décidé que sa fille était prête pour la scène. En 1822 mademoiselle Taglioni a commencé à danser à Stuttgart et à Vienne. Après ses débuts à Paris, le public français a fait son éloge. Mais c’était vraiment son rôle dans le spectacle Robert le Diable en 1831 qui lui a donné sa place de grande danseuse romantique.


Mademoiselle Taglioni développait son propre style en combinant la virtuosité et l’élégance féminine. Elle avait une force et une endurance impressionnante mais elle essayait de cacher l’effort du mouvement. Quand elle dansait, ses mouvements donnaient un impression d’aise. Taglioni dansait sur les pointes, ce qui l’élevait, la rendait plus aérienne et plus éthérée. Bien que Geneviève Gosselin ait été la première danseuse à populariser cette forme dans les années précédentes, c’est vraiment mademoiselle Taglioni qui a préservé ce style de danse pour les générations futures.  Cette danse sur les pointes ressemblait aux mouvements d’un ange et correspondait aux valeurs religieuses de la société bourgeoise de la Monarchie de Juillet.
      

A l’Opéra,  mademoiselle Taglioni a dansé son rôle le plus connu dans La Sylphide. Monté en 1832 ce spectacle a confirmé sa place comme symbole de la danse romantique. Ce ballet est un très bon exemple des valeurs romantiques qui existaient dans la danse. Dans ce ballet mademoiselle Taglioni jouait une sylphide dont un homme, fiancé à une autre femme, tombe amoureux. James, homme central de ce ballet, poursuit la sylphide irréelle. Quand il essaie de la cacher, elle meurt en perdant ses ailes. Le ballet se termine avec James tout seul dans la forêt. Il entend la musique du mariage de sa fiancée qui épouse son meilleur ami. La sylphide représente la condition féminine au 19e siècle. Comme une créature magique, elle reste toujours indépendante des contraintes de la société mais meurt à la fin du spectacle à cause de ses relations avec un mortel. Cela représente la soumission inévitable des femmes à cette époque.


La Sylphide était un spectacle vraiment impressionnant. Les danseuses qui jouaient des autres sylphes étaient suspendues par des fils au-dessus de la scène. Elles portaient de longues jupes blanches qui sont devenues le costume typique de la danse romantique. Après ce spectacle, Marie Taglioni a reçu respect et adoration à Paris. Pour commémorer son rôle le public a donné son nom aux coiffures, aux vêtements et aux fleurs. Elle est devenue un symbole de la liberté des femmes artistes. Dans la société du 19e siècle, il y avait une séparation distincte entre les vies des hommes et des femmes. Les hommes travaillaient à des métiers publiques tandis que les femmes s’occupaient de la vie domestique. Bien que les hommes participent à la culture de l’Opéra, le ballet n’était pas seulement un spectacle réservé au regard masculin. Les femmes assistaient souvent aux ballets et elles respectaient Marie Taglioni comme symbole d’une liberté possible pour la femme.


Après le succès de La Sylphide, le directeur de l’Opéra, Véron a voulu que le public décide qui était la plus grande danseuse de Paris. En plus de mademoiselle Taglioni, Fanny Elssler recevait beaucoup de louanges. Véron encourageait le public à se diviser entre les Taglionistes et les Elssleristes. Ces danseuses avaient deux styles totalement différents. D’après Théophile Gautier, Marie Taglioni était la «ballerine chrétienne» tandis que Fanny Elssler était la «ballerine païenne.» Connue pour sa beauté, mademoiselle Elssler dansait avec beaucoup d’allure féminine et de sensualité. En contraste, Marie Taglioni n’était pas très belle, mais elle dansait avec une élégance raffinée. Cette distinction entre les deux styles est restée très forte pendant la période romantique.


En 1835 Marie Taglioni s’est plainte d’un «mal au genou.» Elle est resté au lit pendant six mois, mais en réalité, elle était enceinte. Après la naissance de sa fille, le terme «mal au genou» a décrit la grossesse d’une danseuse. Bien qu’ils aient eu un enfant, le mariage entre mademoiselle Taglioni et le comte Gilbert de Voisins s’est terminé dans la tristesse. Son mari l’a quittée et le couple a obtienu une séparation légale. Mademoiselle Taglioni a continué à danser partout en Europe et en Russie où elle a impressionné le czar avec son talent.
Elle a participé aussi au Pas de Quatre, monté à Londres par Jules Perrot. Ce spectacle avait quatre grandes danseuses de ballet romantique: Marie Taglioni, Carlotta Grisi, Fanny Cerrito et Lucile Grahn. En 1847 mademoiselle Taglioni a pris sa retraite de l’Opéra. Pendant les premières années, elle a déménagé en Italie où elle avait une maison sur le lac de Côme. Mais en 1858 elle est revenue à Paris pour travailler comme inspectrice de la Danse. Pendant onze ans elle y a enseigné des cours avancés de danse. Son étudiante favorite était Emma Livry. Malheureusement la carrière de cette danseuse s’est terminé tragiquement quand son costume a pris feu sur la scène. Mademoiselle Livry est morte de ses brûlures. Après le commencement de la Guerre Franco-Prussienne en 1870, Marie Taglioni a perdu la plupart de son argent. Elle a déménagé à Londres où elle a établi une école de danse. En 1880, la grande danseuse romantique est morte à Marseille, seule, pauvre et oubliée.


Si Marie Taglioni représentait l’élégance et la fluidité de la danse romantique, sa rivale Fanny Elssler exemplifiait la sensualité. Née à Vienne en 1810, mademoiselle Elssler était fille de musiciens. Son père avait travaillé avec Haydn mais après la mort du grand compositeur, la famille Elssler a connu une période de vaches maigres. Fanny et sa sœur Thérèse, étudiantes de la danse, montraient un talent spécial pour cet art. A 14 ans, Fanny Elssler est allée danser en Italie sous la protection de monsieur Domenico Barbeja. A l’Opéra San Carlo à Naples, elle a fait beaucoup de progrès comme danseuse. Elle était connue pour sa beauté impressionnante et ses jambes bien formées. Mademoiselle Elssler a attiré l’attention des hommes riches et influents, comme le Prince de Salerno. Un de ses autres amants était un intellectuel allemand, Friedrich von Gentz.


Après avoir voyagé partout en Europe, mademoiselle Elssler est allée à Paris. Elle y a impressionné le public avec la vitesse de ses pieds et sa qualité sensuelle qui changeait du style de Marie Taglioni. En 1836 mademoiselle Elssler a été célébrée pour sa danse espagnole «cachucha» dans le ballet Le Diable boiteux.
Théophile Gautier l’a décrite dans ce rôle:

Comme elle est adorable avec son grand peigne, la rose derrière l'oreille, les yeux brillants et le sourire éblouissant. Au bout de ses doigts roses, les castagnettes noires tremblent. Maintenant elle se jette en avant; les castagnettes commencent leur cliquetis sonore. Avec la main on dirait qu'elle fait résonner tout un ensemble de rythmes. Comme elle tourne, comme elle se tord. Quel feu! Quelle volupté! Quelle précision!  Ses bras graciles encadrant sa tète tombante, son corps se tordant en arrière, ses blanches épaules touchant presque le sol. Quel geste charmant!

Son image de ce spectacle était à Paris sur les affiches, les éventails et les petites statues. Sa qualité sensuelle existait aussi dans sa vie personnelle. En contraste avec Marie Taglioni, Fanny Elssler avait beaucoup d’amants pendant sa vie et elle a donné naissance à  plusieurs enfants illégitimes. 


En 1840, mademoiselle Elssler a commencé une grande tournée aux Etats-Unis. Elle a dansé dans de grandes villes comme New York, Philadelphia et Boston. Le public américain l’a adorée et elle a gagné beaucoup d’argent pour ses spectacles. Quand elle est revenue en Europe, son contrat avec l’Opéra de Paris était terminé et la nouvelle grande danseuse était Carlotta Grisi. Mademoiselle Elssler a voyagé partout en Europe et elle est allée en Russie où le public est tombé amoureux d’elle. Après sa retraite et jusqu’à sa mort en 1878, Fanny Elssler a habité à Vienne.


La troisième grande danseuse de la période romantique est Carlotta Grisi, plus connue pour son rôle dans le ballet Giselle. Beaucoup de membres de sa famille italienne étaient musiciens et la petite Carlotta a commencé à danser à sept ans. Elle était tellement belle qu’en 1833 son talent et sa beauté ont attiré l’attention du maitre de danse Perrot. Mademoiselle Grisi est devenue son étudiante et sa maitresse. Ils ont dansé ensemble dans toutes les grandes villes d’Europe, notamment Londres, Vienne, Milan et Munich. En 1840 mademoiselle Grisi a dansé à Paris. En 1841 elle y a dansé le rôle central du ballet Giselle.


Le spectacle de Giselle est un très bon exemple de la danse romantique. Au début du ballet, une fille qui s’appelle Giselle est au festival en Rhénanie. Elle y rencontre le prince Albrecht, déguisé en homme commun du nom de Loys. Le garde-chasse Hilarion est jaloux que Giselle préfère Loys et il veut se venger. Il devine que Loys est actuellement le prince. Une procession de nobles arrive au village avec la future épouse du prince Albrecht. Hilarion choisit ce moment pour révéler la vraie identité de Loys devant tout le monde. Giselle qui était tombé amoureuse de Loys devient totalement folle et elle se tue avec l’épée d’Albrecht. Après sa mort le prince revient tristement au village où des créatures magiques, «les willis,» sortent de leurs tombes avec Giselle. Les autres lutins le condamnent à danser jusqu’à sa mort, mais Giselle le sauve en dansant toute la nuit avec lui. Le ballet se termine au matin dans le village où Giselle laisse le prince tout seul.

     

A cause de son rôle dans Giselle, mademoiselle Grisi est devenue la nouvelle étoile de l’Opéra de Paris. Le critique Théophile Gautier a décrit son talent pour la pantomime et sa maitrise de la technique de la danse. Elle combinait l’expression des sentiments avec les mouvements gracieux. Sur scène, elle était en même temps sensuelle et raffinée. Son style représentait une combinaison de l’élégance de Marie Taglioni et de la virtuosité de Fanny Elssler.

     

Le critique Théophile Gautier est devenu un des admirateurs de mademoiselle Grisi.
Il habitait avec sa sœur Ernesta, avec qui il avait eu deux filles, mais tout le monde savait qu’il était amoureux de Carlotta. Bien qu’elle ne paie pas de retour son affection, il l’a adorée toute sa vie. A trente-quatre ans, mademoiselle Grisi a pris sa retraite de l’Opéra. Pour le reste de sa vie, elle s’est occupé de ses enfants et de sa maison. Mais Théophile Gautier n’a jamais oubliée cette belle danseuse et il lui a rendu souvent visite jusqu’à sa mort.


La danse au commencement du 19e siècle représente la poésie des mouvements. Les thèmes romantiques incluent l’amour et des créatures imaginaires jouées par des femmes. Les danseuses de cette époque jouissent d’une certaine liberté mais elles ne peuvent pas se détacher complètement des rôles féminins attribués par la société. Leur vie réelle ressemble à leurs rôles surnaturels. Mais à la fin du romantisme la danse a encore changé. Le ballet est moins élégant, il se rapproche du théâtre et montre plus de frivolité.

 

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