Les années 1890 à 1914: La Belle Epoque

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La Belle Epoque, essentiellement les années 1890 à 1914, a été une période de grande activité culturelle et d’innovations technologiques. Mais il y avait beaucoup d’inégalité entre les ouvriers et les bourgeois, les paysans et les citadins. Les femmes n’avaient ni droits civiques ni politiques. Il n’y avait pas d’éducation officielle pour les femmes car la tradition voulait qu’elles restent dans la vie familiale. Mais la modernisation leur a donné des idées de liberté. Le premier mouvement féministe a commencé pendant la Belle Epoque quand les françaises ont contesté les contraintes de la vie féminine.


La représentation de la femme au théâtre était en même temps fascinante et perturbante. A Paris à la Belle Epoque, les femmes ont été les objets du spectacle au cabaret. Ces danseuses connaissaient une vie sans obligations traditionnelles féminines. Bien qu’elles croyaient avoir une vie plus libre, elles démeuraient des objets du désir masculin. Leurs rôles sur la scène exploitaient le corps féminin et les hommes les poursuivaient pour leur beauté et leur sensualité. Les femmes gagnaient peu d’argent comme danseuses mais leurs liaisons avec des hommes riches leur permettaient une vie élégante. Une belle courtisane employait son charme et son talent artistique pour devenir la maitresse d’un homme noble ou très riche. Grâce à ses relations elle recevait de l’argent, des bijoux et de la célébrité. Les plus connues de ces «grandes horizontales» étaient Caroline Otero, Liane de Pougy, Émilienne d’Alençon, Cléo de Mérode et Mata-Hari.


Bien que ces danseuses se produisaient dans les théâtres les plus connus de Paris, la plupart d’entre elles n’avaient pas reçu d’entrainement professionnel de danse. Cléo de Mérode était la seule femme qui sorte de l’école de l’Opéra de Paris. Elle y est devenue danseuse étoile avant de danser dans des cabarets comme les Folies-Bergère. Elle était connue partout en Europe parce qu’elle voyageait dans les pays étrangers pour danser. C’était la femme la plus photographiée de l’époque. A la Belle Epoque, de toutes les artistes, c’était la danseuse qui était la plus admirée et qui a influençé l’image de la femme.

La danse au cabaret consistait en des mouvements séduisants qui cassaient la tradition de la danse classique. Elle mettait en valeur le corps féminin, particulièrement les seins et les hanches. Mata-Hari qui avait habité à Java en Indonésie avant de devenir danseuse, a ajouté des mouvements orientaux à ses spectacles. Elle prétendait même qu’elle avait passé sa jeunesse comme danseuse dans un temple hindou. Comme les autres femmes aux cabarets, elle dansait presque nue. C’était la tradition pour ces danseuses de porter des costumes étriqués, décorés de diamants et d’autres bijoux. Les danseuses utilisaient également des voiles pour accroître la séduction de leurs mouvements.

Beaucoup de danseuses choisissaient le monde du spectacle pour éviter les responsabilités d’un mari ou d’une famille. Dans ses mémoires, Liane de Pougy indiquait qu’elle avait recherché la liberté intellectuelle, sociale et sexuelle dans sa vie de danseuse. Mais en dépit des efforts des danseuses pour échapper à l’autorité masculine par leur art, les hommes continuaient à diriger leurs vies et leurs mœurs. A la Belle Epoque, le désir et le regard masculin influençaient le style, les mouvements et les mœurs des danseuses.


A cette période, les œuvres de Toulouse-Lautrec ont documenté la culture des cabarets à Paris. Toulouse-Lautrec s’est installé à Montmartre où il fréquentait les bars comme le Chat Noir, le Rat Mort et le Moulin Rouge. Les danseuses de ces endroits sont devenues ses modèles et ses œuvres ont capté les soirées de cette époque. Sous la frivolité apparente de la vie des cabarets, Toulouse-Lautrec nous montre que le désordre, la fatigue, la perversion et la brutalité  faisait partie de la vie des danseuses.


Toulouse-Lautrec a peint beaucoup de scènes au Moulin Rouge. Ce cabaret a ouvert le 6 octobre 1889 à Montmartre. Depuis la fin de la Guerre Franco-Prussienne en 1871, ce quartier de Paris était devenu un refuge pour les artistes, les poètes et les écrivains. Avec ses cafés et ses music halls, Montmartre était un endroit idéel de la vie bohème. Les fondateurs du Moulin Rouge, Joseph Oller et Charles Zidler, n’avaient jamais imaginé que leur cabaret deviendrait le symbole de cette époque à Paris. Le Moulin Rouge a attiré  ouvriers, hommes d’affaires, artistes et hommes politiques. Chaque soir, le public s’assemblait pour regarder ses danseuses extraordinaires et pour écouter l’orchestre sur scène. Les soirées duraient jusqu’au matin et les spectateurs s’amusaient beaucoup. C’était  «la Vie Parisienne.» 


Les danseuses du Moulin Rouge étaient connues pour leur spectacle de cancan. Cette danse a évolué après quarante ans de chorégraphie dans d’autres cafés-concerts de Paris. Cette danse scandaleuse est devenue très populaire à la Belle Epoque. Les ouvrières l’ont dansée pour oublier leurs dures journées dans les usines. Pour bien faire cette danse, il faut avoir le sens de l’équilibre et du rythme ainsi que de la flexibilité . Les mouvements consistent de grands battements de pieds. La danse authentique dure huit minutes sur une musique d’Offenbach. Ces danseuses portaient toujours des bas noirs et des jupes à volants. Dans ses œuvres, Toulouse-Lautrec a immortalisé plusieurs vedettes de ces spectacles.


Sa peinture Au Moulin Rouge (1892-1893) montre une scène dans ce cabaret. Les personnages sont tous des compagnons de Toulouse-Lautrec. Au fond de la scène, la femme qui se regarde dans le miroir, c’est La Goulue, danseuse vedette du Moulin Rouge.
Née Louise Weber, La Goulue a commencé à danser au cabaret à seize ans. Elle travaillait dans une buanderie et chaque soir elle volait des costumes pour sortir. Mademoiselle Weber s’est fait connaitre en dansant sur les tables et en soulevant ses jupes pour montrer ses sous-vêtements. Elle était célèbre parce qu’elle pouvait boire plus et plus longtemps que n’importe qui d’autre, sans pour autant rouler sous la table. Son ambition l’a conduite à danser dans les bars de Montmartre comme le Moulin Rouge. Son charme a plu à Joseph Oller et sa carrière dans ce cabaret a commencé. Ses spectacles étaient vraiment impressionnants. Elle créaait des atmosphères magnifiques sur la scène en combinant la lumière, la musique et le décor. La Goulue était impudente au théâtre comme dans la société. Elle se voyait reine de Paris et elle avait son propre carrosse pour se promener en ville. Sa petite chèvre domestique l’accompagnait dans ses répétitions. Son comportement était souvent scandaleux. La Goulue avait un languague vulgaire et montrait souvent son corps nu. Après quelques années, elle a quitté le Moulin Rouge pour établir son propre cabaret, mais sans succès. Son alcoolisme chronique l’a ruinée et elle a terminé sa vie comme vendeuse de cacahouètes, de cigarettes et d’allumettes dans les rues de Montmartre. Sans le Moulin Rouge, La Goulue ne pouvait plus captiver le public parisien. 

Dans le tableau de Toulouse-Lautrec, La Goulue est à l’apogée de sa carrière comme danseuse. Elle se recoiffe dans un geste de coquetterie et de séduction. Elle porte une robe à la mode qui révèle les lignes de son corps. Son obsession avec son image dans le miroir suggère l’importance de l’apparence pour les danseuses de cabaret. La femme debout à coté d’elle attire l’attention sur elle car elle la regarde. Ces femmes doivent souvent vérifier leur tenue afin d’attirer l’attention des hommes.


Dans les œuvres de Degas, les hommes regardent les femmes de loin. Chez Toulouse-Lautrec au contraire ils sont très présents au milieu de la pièce et domine les silhouettes de femmes. Les hommes assis à la table sont des écrivains et des artistes. Ils discutent avec des femmes très maquillées qui sont les artistes du cabaret. La représentation de ces femmes dans cette œuvre contraste beaucoup avec les images des danseuses de Degas. Ici les femmes ne semblent pas heureuses mais fatiguées par une vie de débauche. La lumière artificielle déforme leurs visages et souligne leur tristesse.


Sur le côté droit de la scène, la lumière verte transforme le visage d’une femme. C’est May Milton, une autre danseuse du Moulin Rouge. Son défigurement évoque un élément différent de la vie de cabaret. Sa figure macabre en indique la cruauté. Toulouse-Lautrec n’hésite pas à représenter l’horreur et la laideur de cette vie. Les hommes désirent les femmes du cabaret mais l’image de la danseuse est différente entre le spectacle et la réalité. Le visage de mademoiselle Milton symbolise l’artificialité de la danseuse et de ses relations avec les hommes. Pour les séduire, ces femmes se maquillent et se comportent coquettement. Toutefois leurs actions contribuent au désordre et à la perversion de leur vie.


Toulouse-Lautrec est connu pour ses affiches de cabarets. Il représentait souvent la danseuse Jane Avril qui s’était aussi produite au Moulin Rouge. Mademoiselle Avril était totalement différente de La Goulue. Timide et mélancolique, elle avait eu une jeunesse difficile et avait été enfermée dans un asile à seize ans car elle avait une maladie des nerfs. Après sa sortie, mademoiselle Avril est allée à Paris pour danser au cabaret. Ses mouvements étaient délicats et provocants car elle transformait les sousbressaux de sa maladie en danse érotique. Bien qu’elle avait l’air innocent, le public la trouvait très séduisante. Sur scène, elle portait toujours un grand chapeau mais bien qu’elle ait l’attention des spectateurs, elle était souvent solitaire et triste. En plus de la vie d’une danseuse vedette, mademoiselle Avril était amie des grands intellectuels de cette époque comme Mallarmé, Verlaine et Oscar Wilde. Bien que tout le monde la crut modeste, mademoiselle Avril avait beaucoup d’amants, y compris le peintre Auguste Renoir. Elle a finalement quitté le cabaret après avoir donné naissance à un fils.


L’affiche faite en 1893 par Toulouse-Lautrec montre le détachement de Jane Avril. Elle est sur scène, elle lève la jambe, sa jupe retombe révélant sa cheville et son mollet. Bien que ses mouvements soient typiques de la danse au cabaret, son attitude n’est pas assez séduisante car elle ne montre ni gaité ni joie. Elle baisse les yeux et ne regarde pas directement les spectateurs. Toulouse-Lautrec montre comment sa beauté et sa vie de danseuse représentent en réalité la détresse de la vie au cabaret.


En conclusion, bien qu’à la Belle Epoque, les danseuses ait aquis une certaine liberté en échappant aux contraintes traditionnelles des femmes et en s’affichant dans les cabarets, elles continuent à être dominées par l’influence masculine. Comme Toulouse-Lautrec l’a montré dans ses œuvres, les danseuses connaissent des vies artificielles pleines de détresse.

 

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I. La Troupe de mademoiselle Eglantine, Henri de Toulouse-Lautrec, 1896, http://library.artstor.org

II. Cléo de Mérode, http://scalpture.com/tag/cleo-de-merode/

  1. III. Mata Hari, 1905, http://library.artstor.org

  2. IV.Liane de Pougy, http://annastasja.blogspot.com/2011/05/la-belle-otero-larc-paris-liane-de.html

  3. V.Moulin Rouge, 1889, http://library.artstor.org

  4. VI.Moulin Rouge: La Goulue, Henri de Toulouse-Lautrec, 1891, http://library.artstor.org

  5. VII.Au Moulin Rouge, Henri de Toulouse-Lautrec, 1892-1893, http://library.artstor.org

  6. VIII.  Jane Avril, Henri de Toulouse-Lautrec, 1893, http://library.artstor.org