Beaumarchais

 

 Sa vie

C'est une suite d'aventures et d'intrigues où l'argent et l'amour tiennent une grande place. Pierre-Augustin Carron, boutiquier fut anobli par Louis XV. Il devient monsieur de Beaumarchais. Il fut horloger (il reçoit une charge à la cour), musicien (amuseur des filles de Louis XV), homme d'affaire (associé au financier Paris-Duverney = procès + prison), diplomate en Amérique, agent secret en Angleterre et en Allemagne, éditeur (entre autres les oeuvres complètes de Voltaire), marchand d'armes sous la révolution puis émigré à Hambourg. Il a écrit des romans dont "La vie de Marianne" et des pièces de théatre.

Son théatre

Ses premières oeuvres sont des mélodrames sensibles et édifiants à la manière de Diderot:

"Le Barbier de Séville" et "Le Mariage de Figaro"

Ce sont des comédies franchement comiques:  Beaumarchais plut aux parisiens qui voyaient en lui "le fils de Molière" à cause de sa gaieté et de son esprit. Ses personnages sont toujours spirituels, attachants et bien vivants, mais ils n'ont ni la dimension spychologique, ni le réalisme social de ceux de Molière.
Ce sont des comédies d'intrigue:  Le fil de l'intrigue y est simple mais le public est maintenu en "suspens" par ses méandres, ses surprises et ses rebondissements qui fournissent des situations comiques, des jeux de scène qui maintiennent le spectateur en haleine et constitue l'originalité de Beaumarchais. Ainsi, le sujet du Barbier est le même que celui de l'Ecole des femmes mais la poésie, l'amour est le hasard y jouent un plus grand rôle.
Ce sont des comédies satiriques:  Dans le Barbier Beaumarchais la satire sociale se limite pour la plupart à des plaisanteries traditionnelles contre les médecins, les gens de lettres et les juges, mais la satire du Mariage est franchement politique. Le sujet de la pièce montre le triomphe d'un valet sur son maître. Beaumarchais s'en prend aux institutions (justice, censure) et aux moeurs politiques (le favoritisme, l'intrigue, l'arbitraire) qui sont autant d'attaques contre l'Ancien Régime. Mais sa verve satirique demeure toujours gaie.

Le Mariage de Figaro
 
Résumé de la pièce
Le Mariage de Figaro est une comédie qui pousse les thèmes du Barbier de Séville jusqu'au ridicule. L'intrigue se fonde sur une histoire d'amour contrariée autour de laquelle viennent se greffer tout plein d'autres intrigues.
Figaro veut se marier avec Suzanne, mais il est jaloux du Comte qui réclame "le droit de cuissage".
Marceline aidée de Bartholo est une vieille sensuelle qui veut aussi empêcher le mariage car elle s'intéresse à Figaro à qui elle fait du chantage à cause d'une dette.
Chérubin jeune adolescent qui s'éveille à l'amour poursuit à la fois la très jeune Fanchette, fille d'Antonio qui surveille sa fille, et la Comtesse dont il est amoureux.
Le Comte jaloux s'aperçoit de l'intérêt que Chérubin porte à sa femme.
la Comtesse jalouse empêche que son mari séduise Suzanne. Figaro veut protéger sa fiancée, et Suzanne aider sa maîtresse. Tout ce mouvement se traduit en dialogue rapide et souvent très comique et en revirements compliqués.

Les personnages

Les personnages du "Barbier de Séville" réapparaissent dans "Le mariage de Figaro". La différence est que dans la 1ère pièce, c'est le comte qui se marie, et dans la 2ème c'est Figaro.

Inventaire des personnages par classes sociales
   les hommes  les femmes
 les aristocrates:

le comte

Chérubin

 la comtesse
 Les bourgeois  Bartholo  Marcelline
 le peuple

 Figaro

Bazile

Antonnio

 Suzanne

Fanchette

Le comte:
C'est le grand seigneur féodal tout puissant, tyranique, orgueilleux, égoïste et sensuel. Il abuse de son pouvoir pour assouvir ses désirs sexuels. le symbole de sa tyrannie c'est le "droit de cuissage". Contrairement à Valmont il n'a aucun contrôle de soi et n'exerce pas la domination de soi-même. Ce en quoi il manque au code de l'honneur aristocratique. Ce n'est pas un "honnête homme" et Beaumarchais en fait le symbole de l'arbitraire des grands seigneurs.
Figaro:
C'est l'homme du peuple intelligent et rusé qu'on apprécie pour sa bonne humeur et sa gaieté. Il est dans la tradition des valets de commédie (i.e. comique et drôle) et des héros de roman picaresques (i.e.un personnage populaire sympathique et peu scrupuleux pour qui la vie n'est pas facile et que la destiné semble sans cesse contrarier.
Bazile:
C'est l'autre valet du comte mais l'opposé de Figaro. Stupide et corrompu, c'est un "méchant homme" comme son maître. "De toutes les choses sérieuses, le mariage est la plus bouffonne" (I,9).
Antonnio:
Jardinier, père de Fanchette et oncle de Suzanne, montre que les hommes du peuple dominent aussi les femmes qui dépendent d'eux. Seuls sa bétise, son ivrognerie l'empêche de tyranniser efficacement sa fille et sa nièce dont il prétend défendre la bonne réputation et la respectabilité sociale.
Chérubin:
Noble, c'est un Don Juan-en-herbe mais sans perversité. Il découvre avec émerveillement la sensualité. Il y a une certaine ambiguïté sexuelle.(II,6) Il est amoureux de la comtesse et désire Suzanne et Fanchette. C'est un "courreur de jupons".
Bartholo:
Dans le "Barbier de Séville" il a le rôle du vieux monsieur qui veut épouser sa pupille= Rosine (id. Arnolphe dans l'Ecole des femmes de Molière). Grâce à la ruse de Figaro, Rosine épousera le comte Almaviva, et se retrouvera cocue dans le Mariage de Figaro. Il cherche a assouvir sa vengeance personnelle et sert d'avocat à Marcelline lors du procès.
Il est parjure et cynique avec Marcelline, qu'il avait abandonnée après lui avoir fait un enfant.
"Si pareils souvenirs engageaient , on serait tenu d'épouser tout le monde!" (III,16).
A la fin de la pièce il se compare au comte et montre qu'il est capable de se dominner soi-même: "Je suis de sang froid, moi" (V,16) "Souviens -toi qu'un homme sage ne se fait point d'affaire avec les grands." (V,2)
La comtesse:
Noble, mariée et malheureuse. Elle est vertueuse, mélancolique et digne. La lutte qu'elle mène contre le goût naissant qu'elle ressent pour Chérubin et qu'elle blâme, font d'elle un personnage de Marivaux.
Suzanne
Femme de chambre et confidente de la comtesse, il y a entre les 2 femmes une complicité qui transcende l'inégalité sociale. Fille du peuple, elle a du bon sens, de la gaieté, de la fidélité et de la vivacité. Elle se moque des autres.
Marcelline
Au début de la pièce elle apparait comme le personnage comique et ridicule de la vieille amoureuse. Elle est éduquée et courageuse. Elle dénonce la tyrannie des hommes sur les femmes (III,16). Elle incarne la mauvaise conscience de cette société féodale dominée par les hommes.
Fanchette
Jeune adolescente naïve et spontanée, comme Chérubin, elle suit ses instincts naturels (cf:Rousseau) et elle est plus amorale qu'immorale.

Parcours amoureux 1
  l'amour  le mariage  l'adultère

Parcours amoureux 2
  Le désir  la chute  la rupture  l'abandon

 l'amour populaire

 Suzanne et Figaro= l'amour populaire, constant et heureux. Sentiment simple des gens du peuple qui contraste avec la corruption des nobles et l'hypocrisie de la société.

 "le badinage"

 Il pratique "le badinage", qui est un petit dialogue amoureux mièvre et sensuel, qui est la galanterie proprement rococo. "Cet aimable aveugle qu'on nomme l'Amour (IV,1) Il personnifie l'amour comme le petit dieu ailé des peintures rococo.

 l'amour courtois

 Chérubin et la comtesse forme un couple qui rapelle l'amour courtois. La dame, femme mariéee, de condition supérieure, est placée sur un piedestal. Elle garde ses distances et ne récompense son soupirant qu'après qu'il ait réussit plusieurs épreuves. Chérubin l'a considère comme sa suzeraine dont il est le vassal. Elle le domine a titre de suzeraine, de maraine et de femme aimée. Il lui porte une vénération quasi religieuse (le ruban) qui n'exclue par pour autant la sensualité. Il complète son rôle de troubadour en lui chantant une romance (IV,2)

Anatomie du désir

 Le paysan =

de la variété

 "Est-ce un crime de changer?
Si l'amour porte des ailes
N'est-ce pas pour voltiger?(Bazile,IV,10):

 Le libertin=

de l'érotisme

 Selon la tradition galante et libertine du XVIIIe le désir doit être soutenu par l'imagination =érotisme qui peut aller de la simple réserve d'une fille qui ne veut pas faire l'amour (Cécile=viol), au jeu sophistiqué et mental de madame de Merteuil qui cherche ainsi à garder son amant le plus longtemps possible en renouvellant son plaisir.

Le comte a besoin d'érotisme. Il le trouve dans le refus de Suzanne et le jeu de rencontres clandestines qu'elle propose..."un je ne sais quoi qui fait le charme" (V,7) il declare les femmes responsables de l'infidélité des maris car "elles n'étudient pas assez l'art de soutenir notre goût,de se renouveller à l'amour, de ranimer le charme de la possession par celui de la variété. (V,7)

 l'adolescent=

du sexe

 Pour Chérubin, le désir est la voix de la nature. Il n'a pas besoin de stimulant, il n'a qu'a suivre ses impulsions sexuelles.

Manifestion de la jalousie
orgueil et instinct de possession  Le comte est "libertin par ennui, jaloux par vanité" (I,4) c'est par orgueil et instinct de possession. Iul est brutal avec Chérubin et cruel avec la comtesse.
 ranimer sa passion  La comtesse utilise-t-elle la jalousie de son mari pour ranimer sa passion? Est-elle plus découragée que jalouse?
 amour blessé  La jalousie de Figaro provient d'un amour blessé et non d'un instinct possessif.
 violence physique et verbale  La différence entre Suzanne et Marcelline qui toutes deux sont jalouses est que la plus jeune répond par des actions violentes(=gifles:V,8 )et la plus agée par des paroles méchantes(=calomnies: I,5)

Injustice sociale entre les hommes et les femmes = Tirade de Marcelline (III,16)

Marceline: ...Mon sexe est ardent, mais timide: un certain charme a beau nous attirer vers le plaisir, la femme la plus aventurée sent en elle une voix qui lui dit: "Sois belle, si tu peux, sage si tu veux; mais soit considérée, il le faut." (Acte I, scene 4)
 
Marceline: Hommes plus qu'ingrats, qui flétrissez par le mépris les jouets de vos passions, vos victimes! c'est vous qu'il faut punir des erreurs de notre jeunesse; vous et vos magistrats, si vains du droit de nous juger, et qui nous laissent enlever, par leur coupable négligence, tout honnête moyen de subsister. Est-il un seul état pour les malheureuses filles? Elles avaient un droit naturel à toute la parure des femmes: on y laisse former mille ouvriers de l'autre sexe.
Figaro: Il faut broder jusqu'aux soldats!
Marceline: Dans les rangs mêmes plus élevés, les femmes n'obtienne de vous qu'une considération dérisoire; leurrées de respects apparents, dans une servitude réelle; traitées en mineures pour nos biens, punies en majeures pour nos fautes! Ah! sous tous les aspects, votre conduite avec nous fait horreur ou pitié! (Acte III, scène 16)
 
Le Comte:...Nos femmes croient tout accomplir en nous aimant: cela dit une fois, elles nous aiment, nous aiment (quand elles nous aiment) et sont si complaisanteset si constamment obligeante, et toujours, et sans relâche, qu'on est surpris, un beau soir, de trouver la satiété où l'on recherchait le bonheur. (Acte V, scène 7)
 
Figaro: Ô femme! femme! femme! créature faible et décevante!...nul animal créé ne peut manquer à son instinct: le tien est-il donc de tromper?
--Acte V, scène 3
Injustice sociale entre maîtres et valets:
Dénonciation de la corruption de la justice (III), et de l'inégalité devant la loi "indulgente aux grands, dure aux petits" (III,5)
Monologue de Figaro (V) = contre l'arbitraire de l'ancien régime et de la société féodale, (=lettres de cachet, prisons, couvents) contre l'intolérance (=censure).
Citations:
Figaro:
(Vaudeville, septième couplet)
Par le sort de la naissance,
L'un est roi, l'autre est berger:
Le hasard fit leur distance;
L'esprit seul peut tout changer. (Acte V, scène 19)
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Le Comte: Au tribunal le magistrat s'oublie, et ne voit plus que l'ordonnance.
Figaro: Indulgente aux grands, dure aux petits...(Acte III, scène 5)
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Suzanne: On peut s'en fier à lui pour mener une intrigue.
Figaro: Deux, trois, quatre à la fois; bien embrouillées, que se croisent. J'étais né pour être courtisan.
Suzanne: On dit que c'est un métier si difficile!
Figaro: Recevoir, prendre, demander, voilà le secret en trois mots. (Acte II, scène 3)
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Figaro: ...Parce que vous êtes un grand seigneur, vous vous croyez un grand génie!...Noblesse,
fortune, rang, des places, tout cela rend si fier! Qu'avez-vous fait pour tant de biens? Vous vous êtes donné la peine de naître, et rien de plus. Du reste, un homme assez ordinaire; tandis que moi, morbleu! perdu dans la foule obscure, il m'a fallu déployer plus de science et de calculs, pour subsister seulement...
(Acte V, scène 3)
Sur la censure
Figaro: ...il s'est établi dans Madrid un système de liberté sur la vente des productions, qui s'étend
même à celles de la presse; et que pourvu que je ne parle en mes écrits ni de l'autorité, ni du culte, ni de la politique, ni de la morale, ni des gens en place, ni des corps, en crédit, ni de l'Opéra, ni des autres spectacles, ni de personne qui tienne à quelque chose, je puis tout imprimer librement, sous
l'inspection de deux ou trois censeurs...je commençais même à comprendre que, pout gagner du bien, le savooir-faire vaut mieux que le savoir. (Acte V, scène 3)
Sur l'arbitraire
Figaro: Je regarde, ma petite Suzanne, si ce beau lit que Monseigneur nous donne aura bonne grâce ici.
Suzanne: Dans cette chambre?
Figaro: Il nous la cède.
Suzanne: Je n'en veux point.
Figaro: Pourquoi?....
Suzanne: Prouvez que j'ai raison serait accorder que je puis avoir tort. Est-tu mon serviteur, ou non? (Acte I, scène 1)