Choderlos de Laclos (1741-1803)
Biographie:
Né à Amiens dans le nord de la France d'une famille de petits nobles, Laclos se destina à la carrière militaire dès 1759. Il fit une carrière médiocre - excepté en 1799 quand il devint général sous Napoléon. Laclos s'ennuya beaucoup dans sa carriere militaire qui le mena à rien. Il écrivit un roman pour chasser son ennui, "Les liaisons dangereuses" qu'il termina en 1781. Mais l'action du roman se passe vers 1769 au moment où la France occupe la Corse.
En 1788, Laclos se joint aux nobles libéraux. Il entra au sevice du duc d'Orléans, Philippe Egalité, qui était contre le roi. En 1790, il entra au Club des Jacobins. Il devint général sous Napoléon et mourut en 1803 pendant la campagne d'Italie.
 
 
Résumé des Liaisons dangereuses
Les Liaisons dangereuses sont une histoire d'intrigue, de pouvoir et de séduction, dans laquelle les deux sexes se livrent bataille. C'est un roman épistolaire où les 175 lettres révèlent les pensées, les actions et les désirs intimes de chaque personnage. Elles montrent la conquête de deux jeunes femmes, la jeune Cécile de Volanges et de la pieuse Présidente de Tourvel, par deux llibertins: la marquise de Merteuil et son accolyte, le vicomte de Valmont.
Cécile, qui vient de sortir du couvent, est fiancée au Comte de Gercourt, ancien amant de la marquise de Merteuil. Cette dernière, fâchée contre Gercourt qui l'a abandonnée, pour se venger, décide de corrompre Cécile avant son mariage. Mais la marquise a besoin d'un homme pour exécuté ce complot.
A ce moment mème, le vicomte deValmont est occupé à tenter de séduire madame de Tourvel qui lui résiste. Non seulement madame de Tourvel est fidèle et pieuse, mais elle a une amie, madame de Volanges, mère de Cécile, qui l'a avertie du personnage dangereux et sans scrupules qu'est Valmont. Ceci finit par convaincre Valmont, qui veut se venger des bavardages de madame de Volanges, et plaire à son ancienne maitresse, madame de Merteuil.
Valmont séduit facilement Cécile et plus lentement la Présidente, dont il tombe amoureux. Jalouse et furieuse madame de Merteuil le force à rompre cruellement. La pauvre présidente meurt de chagrin. La gerre entre Merteuil et Valmont s'achève avec la mort de Valmont tué en duel par le Chevalier de Danceny, jeune amant de Cécile, la rentrée de Cécile au couvent, et la fuite de Merteuil qui ayant perdu sa réputation de veuve vertueuse est obligée de s'exhiler loin de Paris.
Personnages principaux des Liaisons dangereuses (1782)
  • La marquise de Merteuil est le personnage principal du roman. Elle représente l'aristocrate libertine de l'époque Louis XV et louis XVI.
    Veuve intelligente et cultivée, elle a fait son éducation toute seule. Elle a apprit a préserver sa réputation en controleant ses passions, mais sans se priver des plaisirs de l'amour. Son personnage choqua beaucoup les générations précédentes, car sa supériorité physique et intellectuelle était jusque là réservée aux hommes. Cette assurance masculine se voit surtout dans son besoin de dominer et de gouverner les autres. Elle est le personnage le plus puissant de l'histoire et sa destruction est necessaire pour sauver la moralité du roman. (lettres LXXXI, CV, CLII et suggère que vous lisiez les lettres V, XXVII, XXIX, LXXXV, CIV, CXIII, et CXXXI.)
  • Le Vicomte de Valmont est un Don Juan manipulateur et sans scrupules. Il est cruel, méchant et hypocrite. Il est athée et fait références au langage religieux pour décrire ses exploits sexuels. C'est un grand libertin qui n'est mené ni par l'amour ni par la sensualité. Il expose sa philosophie en particulier dans la lettre CXXV. (lettres CXXV, CLXIII, XCIX et suggère que vous lisiez les lettres: XLVII, XLIV, C, ainsi que les 3 suivantes: XL, XLI, XLII)
  • La Présidente de Tourvel. C'est la femme idéale du roman. On a peu de détails sur sa vie, son éducation et ses goûts, sinon qu'elle représente l'idéal bourgeois et la vertu. "un modèle de toutes les vertues! respectée même de nos plus libertins!" (CXV) C'est une femme sincère et sensible capable de sacrifier son existence à l'homme qu'elle aime. (lettres VIII, XC, CII, CLXI + lettres XXII, XXVI, XLI, L, CXIV, CXXXVI)
  • Cécile de Volanges est une jeune fille naïve, jolie, sensuelle, sans volonté ni principes. (XXXVIII) Son charme est purement physique, elle n'a pas de qualités intellectuelles. Elle est le stéréotype de la sotte ingénue (XVI). Son cas prouve que les filles innocentes qui sortent du couvent, sont vite corrompues et tombent facilement dans la débauche. Baudelaire la décrit comme "le type parfait de la détestable jeune fille, niaise et sensuelle". Cécile est un exemple de la façon dont la société peut corrompre l'innocence originelle". (I, III, XXVII, CIX + lettres XIV, XXIX, LV, LXIX, LXXV)

QUESTIONS SUR LE TEXTE:

  • Lettres I à IV
    1. A quelle date se passe l'action?
    2. Dans quels lieux?
    3. A quelle époque sommes-nous?
    4. A quelle classe sociale appartiennent les personnages?
    5. Qui sont les personnages et comment comprend-on leurs rapports?
    • Cécile et Sophie? (Que garantie l'éducation du couvent?)
    • madame de Volange et la présidente?
    • la marquise de Merteuil et Valmont? (Pourquoi sont-ils des libertins
      Comment reconnait-on que Valmont est un don Juan traditionnel?)
  • Lettre V et VI:
    1. Portrait de la présidente vue par Valmont et par Merteuil.
    2. Valmont n'est-il qu'un simple libertin?
  • lettre IX: portrait de Valmont par madame de Volanges
  • lettre X: la marquise relance Valmont et l'action démarre
  • lettre XX: la marquise est une libertine dévergondée

La réception du roman:
Le public a réagi violemment à la publication en 1782 des Liaisons dangeureuses, car il y détecta une satire des moeurs de la haute société du dix-huitième siècle.

  • A l'époque de la Régence qui débuta en 1715, à la mort de Louis XIV, le régent Philippe d'Orléans, grand libertin, prit le pouvoir et une 1ère nouvelle commença. Ce fut une époque de libéralisme et de débauche: la religion et la vertu furent moquées et remplacée par le culte de la volupté, l'abus de luxe, l'égoïsme, le cynisme et la corruption.
    (voir film de Tavernier "Que la fête commence!")
  • A partir de 1723, sous le règne de Louis XV les libertins firent place aux "petits-maîtres". Egoïstes et méprisants, ces neo-libertins se moquaient des principes, de la vertue et de la religion.
  • En 1774, sous le règne de Louis XVI, le libertinage devint raffiné et plus élégant. Dans cet ére d'hypocrisie, le séducteur se cacha sous le titre "d'honnête homme renouvelé". Séducteur et galant, savant et amusant mais dangereux, pervers et calculateur, cet "honnête homme" intellectualisa la corruption qui devint un double jeu de l'hypocrisie.
    (Voir film de patrice Lecomte Ridicule )

Le libertinage mime le défit que l'héroique libre penseur du XVIIe portait à Dieu. Tel Don Juan de Molière.
Au XVIIIe le libertinage devient un jeu de société dramatique. C'est une réaction contre la passion et le désir de controler les êtres autour de soi.

Règles du jeu:

  • Le séducteur ne doit jamais être séduit lui-même. Le libertin est donc calculateur, cruel et méchant. Il choisit ses victimes parmis les femmes.
  • Le libertin n'est pas un courreur mais un chasseur qui choisit un gibier de qualité à la hauteur de ses talents. Il pratique avant tout la maîtrise de soi. Ainsi le libertinage est à l'opposé du délire érotico-métaphysique d'un Henri Miller. Pour le libertin le sexe est vulgaire car il fait référence à une fonction du corps.
  • Le libertinage exige l'exercise continuel de la vertu. Ainsi le libertin doit être hypocrite, dissimulateur et montrer de la froideur en toute circonstances. Il doit toujours être lucide et garder une maîtrise absolue de lui-même.

Laclos a écrit un "Traité sur l'éducation des femmes"

"Partout où il y a esclavage, il ne peut y avoir éducation; dans toute société, les femmes sont esclaves; donc la femme sociale n'est pas susceptible d'éducation." Dans ce traité qui ne fut publié qu'en 1903, Laclos décrit et analyse la situation des femmes au XVIIIe, cherchant un moyen de perfectionner leur éducation. Il défend les droits de la femme en suivant le raisonnement suivant:

  1. La femme est naturellement l'égale de l'homme
  2. Dans la société de l'ancien régime, toute femme est esclave
  3. Dans sa situation d'infériorité la femme est obligée de compenser son manque de force par la ruse.
    (La présidente est vertueuse mais elle est aussi rusée.
    Gercourt ne pourra être que cocu)
  4. La femme peut se libérer. En recourant à l'hypocrisie comme madame de Merteuil qui cache son âme de grande libertine sous des airs de dévote. Toute l'éducation de Cécile consiste à lui apprendre à profiter de l'amour sans se faire prendre = à être hypocrite.