The Workers’ Insurrection in 1848

L'insurrection ouvrière

"Vile de la place de la Bastille et de la barricade du faubourg Saint-Antoine, cul matin du 25 juin 1848"

Huile sur toile de Jean-Jacques Champin (1796-1860)

Paris, Musée Carnavalet

L'Assemblée élue en avril 1848 et dominée par le "parti de ]'Ordre" décide le gouvernement à dissoudre le 21 juin les ateliers nationaux considérés comme une "grève organisée". Cette nouvelle déclenche l'insurrection ou

vrière. L'Assemblée vote la mise en

état de siège de Paris et la concentration des pouvoirs dans les mains du

général Cavaignac, ministre de la Guerre.

Le Paris insurgé

Pas moins de 3 883 barricades soin élevées pendant les quatre jours (du 22 au 26 juin 1848) que dure la guerre

civile, essentiellement dans l'est de Paris. A quelques exceptions près, la limite est constituée par l'axe nord-sud de Paris, les rues Saint-Jacques et Saint-Martin. Une extrême densité apparaît rive gauche dans le Quartier latin et rive droite autour de l' Hôtel de Ville et dans les faubourgs Saint-Antoine et du Temple. Fortement tenu, l'Hôtel de Ville est cette fois avantposte de l'Assemblée en pays soulevé. Les faubourgs du nord-est, de la Seine à Montmartre, sont acquis à l'insurrection ainsi que la banlieue contiguë de Charonne à la Chapelle. Sur la rive gauche, Grenelle, le Gros-caillou, la rue de Sèvres, "quartiers mal habités", forment des îlots peu sûrs, mais la garde nationale y est majoritairement pour l'Assemblée. A l'inverse, les 81 et 12, légions de la garde nationale (faubourg Saint-Antoine et quartier Mouffetard) passent en totalité à l'émeute ainsi qu'une forte proportion de la 1 le (Sorbonne et École de médecine) et de la 9e (les îles, l'Hôtel de Ville). Les officiers ont souvent donné le signal. Pourtant, à la différence de 1830 et de février 1848, soldats et gardes nationaux, dans leur majorité, n'ont pas basculé du côté de l'insurrection, ce qui a

accentué le caractère frontal, la nature de classe pour certains, de la bataille sociale. Les vrais insurgés (10 à 15 000 hommes peut-être) forment une minorité, mais qui bénéficie de la sympathie plus ou moins agissante de la population.

La résistance du aubourg Saint-Antoine

Autour de la place de la Bastille, les combats font rage. L'endroit est symbolique ; la colonne de la Bastille est un hommage aux insurgés tués dans la bataille des Trois Glorieuses et le caveau funéraire des hommes morts pour la liberté en 1830. Débouchant sur la place trois axes sont bloqués : le faubourg Saint-Antoine sur lequel, entre la place de la Bastille et la place du Trône, on compte 29 grandes barricades, la rue de Charenton avec 11 barricades et la rue de la Roquette, avec 14. Le quartier Saint-Antoine est aussi protégé de l'offensive des forces de l'ordre par le canal Saint-Martin derrière lequel les insurgés ont pu se retrancher et qui constitue une barrière naturelle. Haussmann s'en souviendra puisqu'il fera couvrir cette partie du

canal par le boulevard Richard-Lenoir et murer les arcades qui soutiennent le pont de chemin de fer longeant la rue de Charenton.

Au matin du 25 juin, l'image que retient le peintre est celle d'un face-àface entre la troupe qui occupe la place et les insurgés retranchés derrière l'énorme barricade surmontée d'un drapeau rouge qui obstrue la rue du faubourg Saint-Antoine. Au premier plan, à gauche, des restes d'arbres déracinés et des pavés laissent à penser qu 1 une barricade a déjà été enlevée par les forces de l'ordre. Chez les insurgés domine encore le peuple travailleur fait de petits patrons et d'ouvriers qualifiés. Ils se battent contre la troupe, mais aussi la garde mobile, recrutée parmi un prolétariat jeune et souvent chômeur. La maison de la Belle-Jardinière qui fait angle sera détruite complètement au canon. Dans la rue Saint-Antoine et place Baudoyer, la reconquête du terrain sera longue et difficile. Le faubourg Saint-Antoine, dernier réduit de l'insurrection, capitule le 26 au matin. Plusieurs milliers de personnes sont arrêtées et déportées en Algérie.